Dossier

mardi 30 avril 2013

Evil Dead : de l’ultra gore sans un cheveu qui dépasse


En salles : "Mais cours, bordel, cours !"... "T’es con ou quoi ?! Va pas là !"... "Fais-le, fais-le ! T’attends quoi ?"… Conquis, le public de l’avant-première du nouvel Evil Dead, à Paris, le 19 avril dernier (voir la vidéo en fin d'article). Du moins à en croire les commentaires surexcités des sièges les plus proches pendant la projection puis les nombreuses questions posées à Fede Alvarez, le réalisateur uruguayen de 35 ans (photo plus bas) auquel les producteurs du film ont confié le remake de leur joyau de 1981, The Evil Dead.


The Evil Dead, un film culte pour des générations de fans, un bijou de terreur et de gore, pondu avec quatre francs six sous, par trois compères déjantés : Sam Raimi à la réalisation, Bruce Campbell, l’acteur principal et Robert Tapert, à la production. C’est eux qui ont pensé à Fede Alvarez (découvrez Ataque de Panico, le court-métrage qui l’a fait remarquer sur le web, en 2009) pour porter à l’écran une vision techniquement plus aboutie que celle des eighties ayant, pour certains, pris un sérieux coup de vieux. Et que les spectateurs de 20 ans ne connaissent tout simplement pas.


Faites-le moi bien dégagé derrière les oreilles

Quand on n’a pas un rond, comme Sam Raimi pour son film original, on se rabat sur la créativité. C’est ça, le petit miracle de The Evil Dead. En ce qui concerne le remake, on était donc très excité à l’idée de découvrir ce que le jeune réal avait à offrir avec des moyens actuels, sans compter ce je-ne-sais-quoi de personnel qui rendrait hommage au modèle, tout en le revisitant. Constat : Sam Raimi savait faire peur en filmant une pendule ou une branche. Fede Alvarez échoue, en montrant des clous qui s’enfoncent dans des chairs sanguinolentes.

Une question de tension, sans doute. De capacité à ménager ses effets, le suspense, à envisager les temps de pauses, la progression dramatique du récit, bref tout ce qui crée la peur. Pas le point fort de cet Evil Dead 2013. Peut-être, parce que le visage du mal est montré, dès les premières minutes, dans une introduction, certes très efficace mais qui donne tout à voir, d’emblée, de la suite des événements. Ou à cause de cette esthétisation du sordide, très en vogue pour le moment. Une esthétique de pub, où pas un cheveu ne dépasse, surtout au début du film. La cabane n’est pas simplement crapoteuse. Elle l’est jusqu’à la perfection, dans les standards du genre horrifique depuis Saw et cie. Pareil pour les rais de lumière filtrant à travers les fenêtres poussiéreuses, les murs décrépis. L’endroit idéal pour un photo-shoot porno-chic, rabâché et servi mille fois, à l’instar du prétexte bateau de la désintoxication du personnage principal, servant à expliquer pourquoi personne ne se barre pas de ce lieu pourri, à la première occase. Rien de foutraque, de zinzin, tout est bien dégagé derrière les oreilles.


Tu le sens bien, mon gore ?

D’un autre côté, rien d’étonnant à ce que pas un cheveu ne dépasse, vu les litrons, les baquets, les barils, le camions citerne - en fait quelque 25.0000 litres - de (faux) sang déversés sur les caboches des acteurs. "Plus c’est gore, mieux c’est", professait Bruce Campbell, en son temps, une leçon bien comprise par le réalisateur. Les amateurs d’ultra gore ne seront pas déçus. Fede Alvarez a mis les petites bassines d’hémoglobine dans les grandes pour satisfaire leur dada, notamment pour une scène finale de pluie sanglante des plus outrancières. Entretemps, le film égrène ses massacres à la chaîne, à coups de cutter, pistolet à clous et autres seringues, sur une bande son à décorner les bœufs, spectacle jouissif ou transgressif pour certains, éprouvant ou barbant pour d’autres, dépendant de l’envie de chacun à regarder au delà de la surface des images ou pas.

Alors, oui, on retrouve le livre des morts, la vision subjective dans la forêt, la tronçonneuse, la trappe et toutes les références qui chatouillent l’échine; oui, le remake a gagné en maîtrise technique, les possédés (qui lorgnent visuellement du côté de L’Exorciste et de la J-Horror) font bien flipper; oui, le film dégage une énergie indéniable. Mais on espérait ce petit plus magique qui relève de l’inexplicable, ce talent de réalisation qui vienne rehausser la sauce, comme la direction des acteurs ou le sens de la mise en scène. A ce moment-là, cet Evil Dead aurait pu rivaliser avec l’autre.

Rachael

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