mardi 18 juin 2013

INTERVIEW - Barry Levinson : "J'ai abordé The Bay comme une fouille archéologique"


Artistes : Quelle est la différence entre les vilaines bébêtes dévoreuses de chair du film The Bay et le requin morfale des Dents de la Mer ? Barry Levinson a répondu à cette question (et à bien d’autres), lors de l’entretien accordé aux blogueurs français, en avril dernier à Paris (voir notre photo, avec l'ami Florian le barbu de Filmgeek). 

L'occasion d'en savoir plus sur les raisons qui ont poussé le réalisateur de Good Morning, Vietnam (1987) et de Rain Man (1988) à tourner son film d’horreur, sous forme d’un faux documentaire, où des créatures aquatiques très mal lunées décident de dégommer, de l’intérieur s’il-vous plaît, la population d’une petite ville de la Baie de Chesapeake, dans le Maryland. Elles s’y prennent (évidemment) le jour de la fête nationale américaine, alors que la bourgade de Claridge est occupée à élire son plus gros mangeur de crabe, c’est dire si elles sont torves. Entre prise de position écologique et film qui dérange les intestins, The Bay sort mercredi. Et hop, voici l’interview !



Cineblogywood : Pourquoi avoir choisi le genre du faux documentaire pour votre film, mêlant des images provenant de supports aussi divers que des webcams, des caméras de surveillance ou encore des téléphones portables ?

Barry Levinson : Je n’ai pas nécessairement pensé au genre dans lequel s’inscrirait The Bay, parce qu’en tant que personne dont le métier est de raconter des histoires, je ne sais pas vraiment où situer mon travail, après toutes ces années. Je me suis simplement demandé comment raconter cette histoire et le faux documentaire m’a semblé une manière naturelle d’y arriver. J’ai abordé cette tâche comme si je faisais une fouille archéologique qui me permettrait de mettre à jour tout ce qui se trouve autour de nous à l’heure actuelle. Images de caméras digitales, documents issus d’internet… tout cela est disponible et je voulais l’utiliser. Un peu comme si on retournait à Pompei et qu’un survivant nous disait : "J’y étais, voilà ce qui c’est passé". Mon film est une espèce de collecte d’informations qui montre le déroulement d’un événement précis. Opter pour une manière de tourner plus traditionnelle que ce kaléidoscope d’images de caméras de surveillance, d’extraits de conversations Skype, etc., ne m’aurait pas permis de raconter cette histoire particulière.

En quoi cette manière d’appréhender le tournage était-elle stimulante pour vous ?
 
Le langage du cinéma continue à évoluer et l’apport des technologies digitales fait partie de cette transformation inévitable. Dans The Bay, que les gens aient filmé des choses en rapport direct avec l’événement ou des éléments plus périphériques, l’important est qu’ils aient filmé quelque chose. Après, je mets en place les pièces du puzzle. C’est ce qui m’a intéressé.

Le parasite aquatique "dévoreur de langue", le Cymothoa Exigua, existe réellement. On voit d’ailleurs sa note Wikipedia brièvement dans The Bay. Pourquoi avoir basé votre film, en partie, sur des faits authentiques ? 

 
Et pas seulement sur des faits imaginaires ? Pour la simple raison que des éléments véridiques renforcent la crédibilité de l’œuvre. Les isopodes qui mangent les poissons de l’intérieur sont présents sur la Côte Ouest des Etats-Unis. Les stéroïdes déversés dans les eaux entraînant des mutations de l’environnement où les poissons morts flottant sur la côte du New Jersey, toutes ces choses sont vraies. Elles se déroulaient encore pendant que nous tournions le film et elles étaient fondamentales pour son réalisme.

Pourquoi cette prise de position écologique ?

Je suis conscient de la détérioration des eaux de la Baie de Chesapeake, depuis que je suis enfant. Tout le monde sait que se baigner dans la baie est dangereux, notamment en raison des bactéries mangeuses de chair. J’ai rassemblé une partie de nos connaissances actuelles sur ce sujet pour construire le film. Je souhaitais mettre en avant cette question que personne ne veut vraiment considérer pour des raisons économiques : que se passe-t-il dans nos eaux, à l’instant où je vous parle ? Et comment allons-nous réagir ? Nous pouvons certainement mieux faire que maintenant, même si les choses ne seront jamais parfaites.

Pourquoi un film d’horreur ?

Je veux toujours sortir de ma zone de confort et, dans le cas de l’horreur, trouver un moyen de la rendre intéressante et réaliste. L’important, c’est que les choses aient l’air vraies. Voilà qui nécessite une véritable réflexion. Comment mettre en place ce puzzle cinématographique pour y arriver ? Comment filmer une scène qui instillera la peur entre un garçon et une fille au bord de l’eau ou celle d’une patrouille de police qui va mal tourner ? C’est ça qui est amusant dans le développement du script et dans la technique de tournage.

Intimidant de faire un film d’horreur aquatique, après l’incontournable Les Dents de la mer de Steven Spielberg ?

En un sens, parce que si vous réalisez un film centré sur l’eau, vous allez toujours être comparé avec Les Dents de la mer. Quand on a compris cela, on peut aller de l’avant et commencer à travailler. La différence entre les deux films étant que, dans Les Dents de la mer, si vous arrivez à sortir de l’eau, vous êtes sauvé !

Rachael
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