jeudi 6 février 2014

Kozo Morishita : "L’animation 2D fait partie de la culture japonaise" - INTERVIEW


Artistes : Goldorak, Les Chevaliers du Zodiaque, Dragon Ball... Kozo Morishita, le vice-président du célèbre studio japonais Toei Animation, nous a régalé de sacrés dessins animés depuis le début de sa carrière, en 1970. De passage à Paris, fin janvier, pour l’avant-première de Bouddha 2 Un voyage sans fin, le second volet de sa trilogie Bouddha, le réalisateur revient sur la genèse de cette adaptation du manga La vie de Bouddha d’Osamu Tezuka.


Cineblogywood : L’œuvre d’Osamu Tezuka, le maître du manga et de l’animation japonaise, relève du véritable monument artistique et sa bande dessinée, La Vie de Bouddha, est un récit fort, profond, universel. Pourquoi avoir décidé de raconter cette histoire spécifique dans cette trilogie produite par vos soins ?

Kozo Morishita : En effet, La vie de Bouddha est une œuvre extraordinaire, très originale, un challenge réputé inadaptable au cinéma. Pour moi, seule l’animation pouvait permettre cette adaptation. Mais j’ai également été motivé par une raison plus personnelle. Adolescent, mon fils ne connaissait pas du tout la culture du bouddhisme. Il s’y est intéressé avec le manga La vie de Bouddha qui l’a beaucoup ému. Il m’a confié cela, il y a 18 ans et ses mots me sont restés. C’est pour ces raisons, entre autres, que j’ai décidé de produire cette trilogie, d’autant plus que, le sujet étant Bouddha, de nombreuses personnes étaient prêtes à la financer.

Vous êtes le réalisateur du premier volet de la trilogie, Bouddha Le grand départ. C’est donc à vous qu’incombait le sempiternel choix à faire, lorsque l’on adapte une œuvre : soit la respecter scrupuleusement, soit en livrer une relecture différente, ce qui me semble être le cas dans Bouddha, notamment d’un point de vue graphique. Quelle a été votre approche dans ce projet ?

Pour parler de la liberté que nous avons prise pour adapter cette œuvre, il faut d’abord évoquer son contenu, la dramaturgie. Les Japonais ne connaissent pas bien le bouddhisme, alors qu’il fait partie intégrante de leur culture. Je dirais même que le bouddhisme est peut-être mieux compris dans le reste du monde, parce qu’aujourd’hui de nombreux japonais sont athées, ils ne s’intéressent plus à la religion. Avec cette trilogie, nous avons voulu montrer la vie de Bouddha de manière très simple, accessible à tous, en tant que film de divertissement. C’est-à-dire que, même si on ne connaît pas l’histoire ou le contexte dans lequel elle se déroule, on peut prendre plaisir à regarder Bouddha pour son suspense et ses rebondissements.

D’un point de vue graphique, nous avons d’abord commencé à travailler sur les animaux et la description de la nature. Dans l’œuvre de Tezuka, les animaux sont plutôt humanisés, envisagés presque comme des personnes. Dans l’adaptation en animation, nous avons décidé que les animaux seraient plus réalistes. Les animaux restent des animaux. Même chose pour la description de la nature qui entoure les personnages, les forets, les rivières, nous voulions un rendu ancré dans le réel. C’est à partir de cette démarche-là que nous avons créé tous les personnages et, particulièrement, celui de Siddartha qui deviendra Bouddha. J’ai fait pas mal de films, depuis plusieurs années. Pour moi, la trilogie Bouddha est réalisée de manière très classique, plus classique, par exemple, qu’un autre film sur lequel je travaillais en parallèle, Ashura, fruit de nombreuses expérimentations sur le plan visuel et des techniques les plus modernes du moment. Ou qu’Albator 3D, sorti en France récemment. Pour Bouddha, nous voulions vraiment rester dans le classicisme.

Est-ce la raison pour laquelle vous avez préféré travailler en 2D, dans la tradition du dessin à la main, image par image, plutôt qu’en image de synthèse, dont les Etats-Unis, notamment, sont si friands ?

L’animation en 2D fait partie de la culture japonaise, où elle est la plus poussée au monde. Elle est  à la fois traditionnelle mais aussi excessivement moderne. Les pays où cette tradition n’existe pas font appel à l’image de synthèse, tout simplement parce qu’ils ne maîtrisent pas cette technique 2D, très compliquée à mettre en œuvre, contrairement à ce qu’on l’on pourrait penser. L’animation en 2D donne beaucoup plus de liberté et, curieusement, ces films ne vieillissent pas, comme Nausicaä de la vallée du vent de Hayao Miyazaki ou certaines de mes productions, telles Saint Seiya ou Dragon Ball. Ce sont des oeuvres très actuelles. Donc, pour Bouddha, récit universel s’il en est, nous n’avons pas ressenti le besoin d’utiliser l’image de synthèse.

Puisque vous évoquez Les Chevaliers du Zodiaque, le film Saint Seiya : Legend of Sanctuary* sortira cet été au Japon. Là, contrairement à Bouddha, vous avez fait le choix de l’image de synthèse...

Oui, ce film, comme Albator 3D, incarne la volonté d’expérimentation des studios Toei Animation. Il faut savoir que notre compagnie dispose d’un nombre particulièrement important de personnages liés aux univers de Goldorak, Albator, Dragon Ball ou encore Sailor Moon, bien plus que Disney, par exemple. C’est dans ce vivier que nous allons puiser pour nos innovations futures.

* Pour avoir pu découvrir, à l’occasion de cette interview, cinq minutes confidentielles (et absolument flamboyantes) de ce très attendu Saint Seiya : Legend of Sanctuary, Cineblogywood ne saurait que trop vous conseiller une visite sur le site officiel du film.
 
Le réalisateur de Bouddha 2 Un voyage sans fin, Toshiaki Komura, était également présent à Paris pour la promotion de son film. Retrouvez son interview.
Découvrez le site de Lionel Samain, l'auteur de la photo de Kozo Morishita.

Rachael


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