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mardi 11 mars 2014

Patéma : "Avez-vous déjà eu l’impression de tomber dans le ciel?" - INTERVIEW


En salles : Regardez cette affiche. Un garçon et une fille, fermement enlacés, tête-bêche. Retient-il sa chute vers le haut ? L’entraîne-t-elle dans son envol ? Cette image défiant la  théorie de la gravité, Yasuhiro Yoshiura l’a dans la tête, depuis qu’il a rêvé son film Patéma et le monde inversé, long métrage d’animation japonais, sur les écrans dès ce mercredi. Le réalisateur en dit plus à Cineblogywood sur ce projet vertigineux. 


Cineblogywood : Votre film, Patéma et le monde inversé, décrit la rencontre de deux adolescents que tout oppose : elle, Patéma, issue d’un monde souterrain, lui, Age, vivant à l’air libre, dans deux univers aux lois de la pesanteur diamétralement inconciliables. A quelles difficultés techniques avez-vous dû faire face pour créer un monde aussi complexe que celui-là ?

Yasuhiro Yoshiura :
Pour moi, les problèmes étaient moins d’ordre technique que liés à la difficulté de faire passer l’émotion. Puisque les personnages évoluent dans des univers inversés, les cadrages sont, eux-aussi, en toute logique, inversés. Mais ce que je voulais par dessus tout communiquer, c’est la sensation de vertige. Voilà ce que j’appréhendais : allais-je réussir à transmettre aux spectateurs cette peur du monde inversé vécue par Patéma ? Allaient-ils ressentir son angoisse de tomber dans le ciel, lorsqu’elle regarde en bas, par exemple ?

Justement, comment avez-vous bâti votre film, pour transmettre ces sensations particulières ? Aviez-vous, à la base, une vision précise des lois physiques régissant ces mondes inversés, un socle sur lequel construire votre récit ?

Pas du tout. La seule chose que j’avais en tête, c’est une image. Celle de l’affiche. C’est bien simple, le dessin du dossier de projet de mon film était presque identique à celui de l’affiche finale. Je n’ai donc pas du tout pensé aux spécificités d’un univers où la force de gravité serait inversée. Je n’avais aucune idée de l’intrigue du film. Simplement cette vision d’une fille, dont j’avais envie de raconter l’histoire, une adolescente qui vit seule, dans un monde où tout est différent des expériences vécues par les autres personnages. Une fille dans une situation extrêmement vulnérable, puisque sans l’aide du garçon, elle ne peut pas exister dans son univers inversé. C’est la symbolique même du film. C’est à partir de ce visuel que j’ai commencé à réfléchir à l’histoire.



En quoi cette image était-elle importante pour vous, au point d’avoir voulu la partager avec les spectateurs, sous forme d’un film ?

Quand j’étais petit, qu’il faisait beau et que je regardais le ciel, j’avais l’impression de vivre dans un monde inversé, que les nuages étaient vers le bas et la terre ferme vers le haut. C’est comme si j’avais la sensation d’être rivé au sol ou, plutôt, au ciel. J’ai demandé aux gens de mon entourage : "Avez-vous déjà eu la sensation de tomber dans le ciel ?", pour savoir s’ils ressentaient la même chose que moi, mais ils m’ont tous répondu par la négative. Depuis, je n’ai eu de cesse de vouloir partager cette impression de mon enfance avec les autres. Je me suis dit que cette idée ferait une un excellent film de divertissement.

Dans Patéma et le monde inversé, il y a beaucoup de renversements de cadres, de phénomènes visuels aux perspectives intrigantes, comme le fait regarder, "en bas", les étoiles… comment êtes-vous arrivé à désorienter le spectateur à ce point ?

En alternant les points de vue des personnages, Age et Patéma. Revenons un instant à l’affiche. Si vous la regardez en vous plaçant dans la peau du garçon et, ensuite, que vous la retournez pour la contempler sous l’angle de la fille, vous avez deux perceptions des choses totalement différentes. C’est en pensant aux sensations des spectateurs que j’ai alterné le point de vue des personnages. Nous aurions pu filmer ce long métrage d’un seul point de vue mais l’impression de vertige aurait été moins réelle, moins surprenante.

Si le film fait visuellement "perdre le nord", ce n’est pas, m’a-t-il semblé, au détriment de l’émotion...

C’était très clair dès le début du projet, je ne voulais pas que cette alternance, cette inversion soit une simple curiosité visuelle. J’ai voulu l’utiliser pour émouvoir le public, en reflétant les sentiments des protagonistes. A vrai dire, votre commentaire me fait très plaisir, en tant que réalisateur. Car c’est ce que j’espère avoir réussi.

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Relativité des points de vue personnels, éloge de la solidarité au delà des antagonismes... une fable bien touchante que ce Patéma et le monde inversé, à la virtuosité visuelle captivante. Pour vous en convaincre, découvrez ci-dessous la bande-annonce et les premières minutes du film

Photo par Lionel Samain

Rachael


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