mercredi 16 avril 2014

High-Tech : "L’avenir est au RoboCop" - INTERVIEW 3/3



Buzz : Dernier acte de notre entretien avec Olivier Levard, spécialiste des nouvelles technologies. On l’a vu, l’être humain n’a jamais été aussi connecté, grâce à l’informatique corporelle (lire : "Les écrans de Minority Report, ce n’est plus de la science-fiction"). De là à imaginer la fusion de cet "homme augmenté" avec la machine, il n’y a qu’un pas que le cinéma de SF et d’anticipation a franchi depuis belle lurette.


Cineblogywood : Dans RoboCop, le film de Paul Verhoeven, en 1987, et dans son remake cette année, un policier assassiné est ramené à la vie sous forme de super flic, bourré de prothèses. Mi homme-mi machine, est-ce là notre avenir ?

Olivier Levard : Ma conviction est que l’avenir est au RoboCop. On se rend compte, au travers du cinéma, que cette vision mêlant biologique et technique nous inspire plutôt de l’horreur et de la peur. Mais je pense que cette crainte est destinée à disparaître dans le futur. Nous allons passer d’une évolution darwinienne très lente à une évolution technologique beaucoup plus rapide, où l’on n’hésitera pas à remplacer des parties du corps humain avec de la robotique et de la mécatronique. On remplace déjà les membres des soldats d’Afghanistan et d’Irak avec des prothèses futuristes, en "recâblant" leur système nerveux. C’est tout à fait au point.





L’étape d’après et on y arrive, c’est de redonner le toucher au patient, par exemple, de lui permettre de ressentir la force de sa prothèse de main pour ne pas briser les choses qu’il touche. Pour l’instant, nous sommes dans la réparation du corps humain mais la transition qui prendra dix ans, trente ans, trois siècles, nul ne le sait, c’est que nous aurons le choix d’améliorer notre corps. Peut-être les riches bénéficieront-il de ces avancées technologiques, au détriment des couches de la population plus défavorisées... Ils auront les meilleurs bras ou les meilleures jambes. C’est un thème traité dans le film Elysium.



Justement, dans Elysium, un homme, Max, joué par Matt Damon, s’oppose à ce système inégalitaire en fusionnant avec un exosquelette multipliant ses capacités physiques. C’est le cas également dans Pacific Rim de Guillermo del Toro, où les humains combattent dans des robots géants...

Tous les films de mecha, dans lequel s’insèrent des individus, comme Pacific Rim, les dessins animés japonais, les jeux vidéo, incarnent une version exagérée de ce qu’on appelle l’exosquelette, un dispositif robotique autour du corps humain.



Beaucoup d’entreprises de par le monde fabriquent des exosquelettes. Cela va du modèle de base, en métal, le plus souvent, en version jambe ou torse, choisie en fonction de l’action à réaliser. La version jambe est déjà utilisée, au Japon, par des personnes âgées ayant du mal à se mouvoir. Elles servent dans l’industrie, avec la version supérieure, pour les travailleurs qui doivent déplacer des charges très lourdes. J’ai essayé, au Japon, des versions pneumatiques permettant d’être plus costaud. Il existe, de même, des options plus évoluées, véritable direction assistée du corps humain qui captent les signaux électriques, à la surface de la peau, pour améliorer les mouvements. Elles sont utilisées pour rééduquer des victimes d’accidents du cerveau.

Des applications dans le domaine militaire, comme dans le film Edge of Tomorrow, avec Tom Cruise ?

Barack Obama a plaisanté en disant, il y a quelques semaines, que les Etats-Unis développaient Iron Man. Ce qui est vrai. Un géant de l’armement américain, Lockheed Martin, fabrique un exosquelette destiné aux soldats américains, pour les aider à porter de lourdes charges et à se déplacer de manière plus puissante. En France, l’exosquelette de la Direction Générale de l’Armement répond au prénom d’Hercule. Au Japon, la boîte qui crée des exosquelettes s’appelle Cyberdyne, en référence au nom de l’entreprise qui construit le Terminator, dans le film de James Cameron. Et leur robot s’appelle Hal, encore un clin d’œil au cinéma, puisque c’est le nom de l’intelligence artificielle dans 2001 : L'Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. Les Japonais que j’ai rencontrés veulent même inventer des courses futuristes d’exosquelettes, un peu comme des écuries de formule 1 avec des pilotes dans des mechas. Pour le coup, on est dans Transformers. A la lumière de ces exemples, il est clair que le cinéma et la science-fiction sont l’influence majeure de la recherche.









Nous avons évoqué la manière dont l’homme s’adapte aux évolutions technologiques de notre société mais cette dernière n’utilise-t-elle pas les mêmes outils pour le fliquer ? N’est-ce pas là un des dangers qui guettent l’individu ?

En devenant plus technologique, devient-on moins humain? Telle est la question. Le danger est réel, puisqu’aujourd’hui le Big Brother de 1984 est déjà là.



Partager avec ses amis, sur Facebook,  le nombre de pas que l’on effectue, pourquoi pas. Mais toute donnée n’a pas vocation à être partagée. Les malades d’Alzheimer peuvent être suivis, grâce à un bracelet connecté, pour rassurer les familles mais jusqu’où a-t-on le droit de "pucer" les gens? C’est ce qui peut poser problème avec les outils de santé disposant de fonctionnalités de partage. L’important est de rester maître des ses propres données. Les états doivent travailler à la protection des données personnelles. Ainsi, si tous les outils existent pour favoriser Big Brother, des lois aussi existent. A nous de les utiliser. 


Photographie d’Olivier Levard par Lionel Samain

Lisez les deux premières parties de l’entretien avec Olivier Levard : 
"Dans le futur, il y aura des robots travailleurs du sexe, comme dans A.I."
"Les écrans de Minority Report, ce n’est plus de la science-fiction"


Cineblogywood vous recommande la lecture du livre d’Olivier Levard, Nous sommes tous des robots, comment Google, Apple et les autres vont changer votre corps et votre vie, publié aux éditions Michalon, 2014. Et suivez @levard sur Twitter.

Rachael

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