Dossier

mardi 15 avril 2014

"Les écrans de Minority Report, ce n’est plus de la science-fiction" - INTERVIEW 2/3


Buzz : Deuxième partie de notre entretien avec Olivier Levard, auteur de Nous sommes tous des robots, publié aux éditions Michalon. Après les robots (lire : "Dans le futur, il y aura des robots travailleurs du sexe, comme dans A.I."), ce spécialiste des nouvelles technologies dresse l’inventaire du "wearable computing", tous ces objets à porter sur le corps, montres, bracelets, lunettes, qui vont faire de nous l’homme "augmenté" de demain. 



Cineblogywood : Dans votre livre, vous avez pisté, à travers le monde, toutes les nouveautés en matière d’informatique corporelle. Voyons les exemples concrets, dans notre vie de tous les jours : avons-nous déjà des gants pour interagir avec des écrans virtuels comme Tom Cruise dans Minority Report de Steven Spielberg ?

Olivier Levard :
Cela existe déjà et ça va se développer encore plus. C’est Kinect, la technologie de Microsoft, sur toutes les consoles Xbox. Avec Kinect, on n’a même pas de gants. Des capteurs et de l’infrarouge permettent de modéliser le corps humain dans l’espace. C’est à dire que si ma tête est à un tel endroit, forcément, mon épaule ne va pas être très loin. Cela permet à la console d’interpréter en permanence mes mouvements dans l’espace. Il y a énormément de recherche sur la compréhension de l’homme par les machines. Kinect, et Kinect 2, sorti il y a trois mois, avec la nouvelle Xbox, arrive à comprendre ce qu’est un corps humain, ses mains, ses doigts. En ce sens, Kinect ressemble très fort à Minority Report. A la différence près que, dans le film, Tom Cruise touche un écran virtuel, alors que Kinect agit sur un écran géant à distance.



Comme Siri (lire la première partie de notre interview), Kinect a aussi une intelligence auditive, puisque je parle avec ma console pour l’ouvrir, l’éteindre, naviguer dans les menus. C’est la console à l’écoute du corps. Et ça va arriver dans les téléphones et les tablettes. Grâce à un système d’ultrason, comme les dauphins, votre téléphone sait où vous vous situez dans l’espace. Google va bientôt sortir un téléphone capable de voir toute la pièce autour de lui, en 3D. Donc, Minority Report, ce n’est plus de la science-fiction. Ce qui demeure de la SF, c’est les hologrammes. On reste encore sur les écrans. Nous avons du mal à interagir avec des choses lumineuses dans l’espace.

C’est ce qu’on voit dans le film Her de Spike Jonze, quand il neige virtuellement dans le salon, où Joaquin Phoenix joue à un jeu vidéo ?

Non, pas tout à fait. Dans Her, le jeu vidéo de Joaquin Phoenix est projeté dans toute la pièce autour de lui, au lieu d’être sur un écran vidéo. C’est génial et ça arrive, comme en témoignent de nombreuses démos faites récemment, même si elles sont moins évoluées que ce qu’on voit dans Her.



Déjà, la technologie de Microsoft, IllumiRoom, illumine une pièce, tandis que les télévisions de Philips, dotées d’Ambilight, créent une ambiance dans la pièce, en projetant, par exemple, un halo rose, pendant que des images de cette couleur sont diffusées. Bientôt, quand on jouera à un jeu vidéo se déroulant dans une forêt, la console projettera des arbres sur les murs de la pièce. L’essentiel de l’action se passera sur la télé mais au niveau ce l’immersion, ce sera enthousiasmant, ça ressemblera un petit peu à Her. En revanche, grosse déception, tout le monde attendait cette technologie pour la sortie de la Xbox One, il y a trois mois. Ce sera, sans doute, pour la prochaine console de Microsoft dans cinq ou dix ans. On n’y est pas encore.

Les gros casques sur la tête pour accéder à une réalité virtuelle, comme dans Johnny Mnemonic ou Videodrome, c’est complètement dépassé, ça, non ?

Et bien, non! C’est l’avenir. Je ne peux pas m’empêcher de vous parler d’un nanar, Fantôme avec chauffeur de Gérard Oury, avec Philippe Noiret et Gérard Jugnot. Un jeune garçon, passionné de jeux vidéo, naviguait avec un casque sur la tête, dans un jeu égyptien épouvantablement nul et pouvait voir le fantôme de son père qui venait de se faire assassiner.


Fantome avec chauffeur - Bande annonce FR par _Caprice_





Ces casques-là arrivent, tant et si bien qu’il y a quelques jours, Facebook a annoncé qu’il rachetait la boite Oculus fabriquant les premiers casques virtuels réussis, déjà commandés par les développeurs du monde entier. Mark Zuckerberg a confié, à l’occasion de ce rachat pour deux milliards de dollars que, pour lui, c’était évidement le futur. Je suis tenté de le croire. L’avenir de ces dispositifs, c’est de pouvoir être miniaturisés et ça commence à être au point. Sony a annoncé travailler sur ce genre de casques et l’on prête les mêmes intentions à Microsoft. Il y a eu beaucoup de ratés mais ils vont y parvenir pour de bon, dans les deux prochaines années.

Et les Google Glass dans tout ça ?

Elles arrivent encore plus vite. Mais il ne s’agit pas de casques de réalité virtuelle, comme Oculus. C’est de la réalité augmentée. Les Google Glass relèvent plus d’une nouvelle forme de téléphone portable qui se portera au niveau du visage. Un peu comme Terminator disposant d’informations permanentes sur son environnement. Les casques de réalité virtuelle, eux, te plongent dans un autre environnement.



Augmenter la réalité ou passer dans une autre réalité, les deux existent et déboulent très vite. C’est l’avenir de toutes les consoles de jeu, puisque Sony et Microsoft s’y mettent. On va brancher des casques de réalité virtuelle à sa PlayStation et à sa Xbox. Et on va avoir des Google Glass. Peut-être pas tout le monde mais ça arrive, j’y crois énormément.

Est-ce que notre carte de crédit sera notre bras comme dans Time out ?

Time out, c’est l’avenir du bracelet connecté. Cette année signe l’arrivée des bracelets montre connectés avec les écrans. Il y a la Gear de Samsung. Mais surtout la montre d’Apple, un secret de polichinelle qui va bouleverser le marché.



Le phénomène de masse sera tel que Google a annoncé un système d’exploitation spécialement dédié à ce type d’appareils. Et comme Google, c’est Android, Motorola, LG, Sony et Samsung (qui a son propre système), bref, tout ce monde-là va faire des montres connectées, cette année. On va tous avoir des écrans sur les bras et le corps. Ce ne sera plus de la science-fiction mais une évidence.


 
 Olivier Levard

On fait quoi avec ces montres ?

On fait tout ce qui nous oblige à sortir notre téléphone de notre poche. La montre connectée donne l’heure, affiche les SMS, etc. On peut lui demander d’appeler quelqu’un par reconnaissance vocale. La vraie révolution, c’est que mon téléphone est sur mon corps, je n’ai plus à le sortir, à le chercher dans ma poche. C’est l’idée d’avoir accès à tout moment à l’information, les deux seuls endroits où l’on puisse mettre de l’info, se situant, à court terme, près du regard, avec les Google Glass et, près du poignet, avec les bracelets et les montres. C’est la prochaine étape, après le téléphone.

Vous évoquiez Terminator... Si ces bracelets sont si près de notre corps et nous suivent partout, nous donnent-ils des indications sur notre état physique ?

Terminator voit, en temps réel, les parties abimées de son corps. Nous n’en sommes pas encore là, mais ces bracelets nous disent, d’une certaine manière, si nous sommes en bonne santé, puisqu’ils vont de plus en plus observer nos signes vitaux. Ils nous aident à être à l’écoute de notre corps. Pour ma part, j’en porte un en permanence. Par exemple, la dernière fois que j’ai bougé, il était 14 heures 12. J’ai fait 25% de l’objectif de marche que je me fixe chaque jour, à savoir 8 kilomètres. Mon bracelet observe également mon activité de la nuit, mon sommeil profond, sommeil léger. FitBit, Jawbone, Withings... il en existe plusieurs sur le marché. Certains peuvent même prendre le pouls d’une personne.

A terme, disposerons-nous, comme dans les films Prometheus ou Elysium, de blocs chirurgicaux qui réalisent seuls des diagnostics et nous soignent directement ?

Oui. Considérons tout d’abord l’ADN, un sujet qui fascine le cinéma, de Jurassic Park à Welcome to Gattaca.  Le diagnostic de l’ADN se démocratise. Il y a vingt ans, cela coutait des centaines de milliers de dollars, maintenant quelques centaines. On y arrive, très simplement, il suffit d’un petit prélèvement de salive pour savoir, notamment, si l’on a des prédispositions à certaines maladies. Des centaines de milliers d’Américains ont déjà fait scanner leurs gènes.









Le diagnostic automatisé est l’avenir. L’imagerie médicale évolue très vite avec des produits high-tech. Je pense également au Cinquième élément de Luc Besson et à l’idée d’imprimer un être humain, comme c’est le cas avec Leeloo, jouée par Milla Jovovich.
 



Dans certains laboratoires, on travaille à créer des foies artificiels avec des imprimantes 3D. On a appris récemment qu’une jeune femme souffrant d’une déformation du crâne qui comprimait son cerveau s’est vue imprimer un nouveau crâne. Les médecins ont enlevé son crâne humain et l’on remplacé par un crâne imprimé avec une imprimante 3D. On n’est pas loin de Leeloo dans le Cinquième élément, finalement. Techniquement, imprimer quelqu’un, c’est de la science-fiction mais ce n’est pas du n’importe quoi.


Lisez les deux autres parties de l’entretien avec Olivier Levard : 
"Dans le futur, il y aura des robots travailleurs du sexe, comme dans A.I."
"L’avenir est au RoboCop"


Cineblogywood vous recommande chaudement le livre d’Olivier Levard qui s’intitule Nous sommes tous des robots, comment Google, Apple et les autres vont changer votre corps et votre vie (éditions Michalon). Et suivez @levard sur Twitter.
 

Photographie d’Olivier Levard par Lionel Samain

Rachael
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