vendredi 30 mai 2014

L'île de Giovanni (2/2) : "La rencontre des cultures se retrouve aussi dans l'esthétisme du film" - INTERVIEW


Artistes : L’île de Giovanni, réalisé par Mizuho Nishikubo (lire notre interview), raconte l’annexion de l'archipel des Kouriles, alors japonais, par les Soviétiques en 1945, à travers le regard d'un enfant. Cineblogywood a rencontré Santiago Montiel, directeur artistique de ce film d'animation japonaise.


Cineblogywood : L’île de Giovanni retrace le destin tragique de deux enfants japonais, sur fond d’annexion des îles Kouriles par les soviétiques en 1945, bientôt suivie de la déportation de la population nippone sur l’île de Sakhaline. En tant qu’illustrateur, quel a été votre apport dans le création de ce film d’animation japonaise ?

Santiago Montiel : L’histoire est vécue à travers les yeux d’un enfant. C’est à ce niveau-là que je suis intervenu, dans les décors du film, dans les scènes du passé, dont la force imprègne encore la mémoire de Junpei, le personnage qui se souvient de la guerre. Mon but était de définir une esthétique qui corresponde le mieux à la subjectivité des souvenirs. Ma recherche m’a emmené du côté de lignes fragiles et sensibles.

Comment avez-vous travaillé sur ce projet ?

J’ai reçu l’histoire, à peine terminée, un court synopsis. Des informations sur l’île de Sakhaline et l’historique des îles Kouriles. Quelques images mais pas beaucoup, pour ne pas trop influencer la démarche créative. J’ai ensuite commencé à faire de la recherche, afin d’exprimer mes premières sensation par rapport à l’histoire, recherche qui s’est précisée au fur et à mesure des feedbacks. J’ai proposé des esquisses, des crayonnés, puis suis passé sur ordinateur, tout en sachant que de la peinture à l’huile a également été utilisée. C’est ma petite cuisine pour rendre un style unique.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Je me suis inspiré de la ligne d’Egon Schiele. Je connaissais ses peintures de nu mais pas ses paysages, découverts en feuilletant un livre. J’ai été ébloui. Le thème de la rencontre des cultures, chère au film, se retrouve aussi dans la fusion esthétique de sources d’inspiration qui me touchent, des estampes de Kawase Hasui [peintre japonais du début du XX siècle, célèbre pour ses paysages, NDLR] au travail de Van Gogh. Ce rapprochement des cultures, je l’ai par ailleurs vécu au sein même du processus de création du film, moi qui ai travaillé avec des Japonais, sans parler leur langue, tout en réussissant à communiquer avec eux pour réaliser une œuvre émouvante. Il faut se dépouiller un peu de soi-même pour aller vers les autres. C’est une expérience unique.

* Les œuvres poétiques et délicates de l’illustrateur argentin Santiago Montiel font l’objet d’une exposition au Dernier bar avant la fin du monde, jusqu’au 22 juin, à Paris. Découvrez le travail de l’artiste sur son site internet.

Photo par Lionel Samain

Rachael


1 commentaire:

Santiago Montiel a dit…

Super article (la photo ça fait un peu matador par contre^^) merci!!!