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vendredi 7 novembre 2014

A Girl at my door : trajectoires de fuite


En salles : Quand une ado vulnérable se pointe sur le seuil de votre porte, ses bleus, coups et problèmes en bandoulière... ou comment, avec A Girl at my door, la réalisatrice coréenne July Jung livre un premier film âpre et sensible, servi par une justesse de jeu poignante.  


Une coccinelle, une grenouille, quelques brindilles au creux d’une flaque d’eau... une petite fille délaissée, Dohee, trompe son mal-être, en bord de rizière, de quelques jeux désoeuvrés. Première rencontre, après l’averse, avec Young-nam, chef du commissariat du petit village de pécheurs, où elle vient tout juste d’être mutée, après la révélation, source de scandale, de son homosexualité. Conjonction fugitive : déjà, la petite a disparu.

Quand les gens ont mal, ils prennent la fuite, telle est la figure de ce A Girl at my door, premier long-métrage de la réalisatrice coréenne July Jung. Les mères s’éclipsent, au bout milieu de la nuit, valise à la main. Les pères, laissés derrière, se réfugient dans la violence des coups. Les enfants, eux, encaissent. Autant de destins contrariés, candeur bafouée, fragilité foulée au pied, sexualité mal assumée. De trajectoires inabouties, coincées dans un cul de sac, dans un trou de campagne, échouées au fond d’une bouteille d’alcool ou d’eau minérale, de beaucoup, beaucoup d’eau minérale. Jusqu’à cette simple phrase, si lourde de conséquences : "Je peux venir avec vous ?".

Palette de tabous

Quand les gens ne savent pas communiquer, ils prennent la fuite. Un constat dur et brutal, asséné avec lucidité et compassion, tendresse et rugosité, alchimie émouvante des contrastes qui fait la beauté de ce film poignant, servi par la justesse de jeu des actrices coréennes Kim Sae-Ron (l’adolescente rudoyée Dohee) et Doona Bae (la chef de la police), vue notamment dans Air doll de Hirokazu Kore-eda, en 2009 ou Cloud Atlas d’Andy et Lana Wachowski en 2012.

Maltraitance, inceste, homosexualité, brutalité, alcoolisme, solitude, jusqu’à l’exploitation des sans-papiers... A Girl at my door, sélectionné au Festival de Cannes dans la catégorie Un certain regard, s’attaque à une large palette de sujets encore tabous dans de nombreuses cultures et sociétés. S’il ne porte un jugement définitif sur aucun d’entre eux - la fin, où l’un des personnages finit piégé pour le seul crime qu’il n’ait pas commis, en témoignant amplement -, le film ne sacrifie pas le message d’espoir à son constat lucide : les gens prennent la fuite, certes. Parfois, ils reviennent sur leurs pas.

Rachael

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