Dossier

vendredi 13 janvier 2017

Harmonium : "La noirceur du cœur des hommes"

En salles : Dans Harmonium, de Koji Fukada, un ex-truand s’immisce dans le quotidien d’une famille japonaise, moins idéale qu’il n’y paraît. Un huis-clos éprouvant, sec et âpre, bouleversant de justesse.



Tout d’abord, il y a l’affiche d’Harmonium. Intrigante. Un homme de dos, penché sur l’instrument, une fillette à ses côtés. Puis, sa silhouette fantomatique, dès les premières images du film, en pantalon de costume et chemise immaculée, sur le trottoir de l’autre côté de la rue ou en salopette blanche d’ouvrier, derrière son établi. Inquiétante.
 
Cet homme, c’est Yasaka, un ancien yakusa qui se présente à l’atelier de son ami Toshio, après dix ans passés en prison. A la surprise d’Akié, son épouse, Toshio lui offre un emploi et lui ouvre les portes de sa maison. Doucement, tel un coucou dans un nid parasité, Yasaka va se rapprocher d’Akié et de sa petite fille, en lui apprenant l’harmonium et perturber le quotidien de la famille, à l’équilibre trompeur. Jusqu’au basculement terrifiant.
 

 
"Les tréfonds de l’âme"
 
Au bord du gouffre (Fuchi ni tatsu), tel est le titre japonais de ce long métrage, Prix du Jury au Festival de Cannes 2016, dans la sélection Un certain regard. C’est de là que le réalisateur Koji Fukada a choisi de scruter "la noirceur de l’âme humaine", a-t-il confié, expliquant : "Dépeindre les hommes est un exercice que je décrirais comme se pencher au bord du gouffre pour bien les observer, au risque d’y tomber (…) Ce film, comparé aux précédents, est un pas de plus en avant vers les tréfonds de l’âme".


 
Sec et âpre, Harmonium explore les dysfonctionnements de la famille japonaise, où la solitude érigée en habitude et les non-dits tuent à petit feu, dans leur jus de violence sourde et de rancoeurs confites. "Je crois que mon portrait de la famille du XXIe siècle pourra interpeller le spectateur, dans cette société où l’on commence à se rendre compte que la conception de la famille, qui nous avait protégés, tout en nous étouffant, n’était qu’une construction illusoire", conclut le cinéaste. Un constat péremptoire qui pourrait verser dans le désespoir, s’il n’était  nullement dénué d’empathie et de compassion, cœur vibrant de la réussite du film.
 
Rachael
 
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