samedi 10 octobre 2026

20 ans - Gilles Jacob : "Ni les séries, ni Insta ne remplaceront les films de cinéma"

Cineblogywood fête ses 20 ans.


Quel regard portez-vous sur la production cinématographique de ces vingt dernières années ? Y a-t-il un talent ou une œuvre qui vous a particulièrement marqué ?

Gilles Jacob : Si on regarde mondialement, il y a toujours eu des pays qui se détachent l’un après l’autre. Cela a été autrefois la Suisse, la Pologne, la Hongrie, l’Italie, bien sûr la France, plus récemment ça a été la Roumanie, la Corée. Les États-Unis, tout le temps sauf récemment. L’Allemagne a eu deux périodes : les années 1920 et 1930 avec d’immenses cinéastes - Murnau, Lang, Pabst, etc. - et la période Schlondorff, Fassbinder, Wenders dans les années 1970-1980.

Quels sont les succès les plus immérités et les échecs les plus injustes depuis deux décennies ?

Talents récents admirés : Hamagushi. Bong Joon-ho, Park Chan-wook. Bellocchio se bonifie en vieillissant. En France, Assayas,  Bonello, Giannoli.

Quelle est la scène de film sorti depuis 2006 qui ne vous quitte plus ?

Les scènes qui ne me quittent plus proviennent du grand cinéma classique, que je regarde principalement. Ça peut être Melville, Hitchcock, Leone, un Renoir après l’autre, par exemple Boudu sauvé des eaux, un Billy  Wilder. Existe-t-il mieux que La Garçonnière ? La réponse est non ! Il y a des films que je connais par cœur : L’Atalante, La Règle du jeu, Édouard et Caroline, Trains étroitement contrôlés, le Kubrick sur la bombe [Docteur Folamour, NDLR] ou son dernier [Eyes Wide Shut, NDLR], Citizen Kane, Les vacances de M. Hulot, etc. On peut les voir une fois par an.

Essor des plateformes, baisse de la fréquentation en salles, concurrence des séries TV, irruption de l'IA, apparition du mouvement #MeToo... le cinéma a été soumis à des bouleversements profonds depuis 20 ans. Qu'est-ce que cela vous inspire, notamment pour l'avenir du 9e art ? 

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Quelle est votre Palme d'Or préférée depuis 2006 ?

Palme d’or préférée : The Tree of Life.

Quel(le) Français(e) obtiendra le prochain Oscar ?

Christophe Julien, musicien [compositeur de musiques de film, dont Au revoir Là-haut, Adieu les cons, Délicieux, NDLR].

Quel est le film que vous rêveriez de voir dans les années à venir ?

Un remake du Corbeau à Hollywood avec Brad Pitt dans le rôle de Fresnay et Tarantino dans celui de Larquey.

James Cameron a récemment rendu hommage à la France, pays de la cinéphilie. Que faire pour que se poursuive cette belle histoire d'amour entre les Français et le cinéma ?

Il faut deux choses : 1) tourner un film en quatre semaines, quatre semaines et demi comme le fait couramment un Ken Loach. Ceci au moment où l’argent va diminuer. 2) tourner des films populaires intelligents, courts, enlevés, plaisants, genre La Salamandre de Tanner, les films à sketches de Dino Risi, ou Les bruits de Recife de Mendoça Filho, certains films de Durieux ou Mouret...

Quel conseil souhaiteriez-vous donner à l'équipe de Cineblogywood et à ses lecteurs pour aborder le futur ?

Conseil à l’équipe : montrer un film de montage avec des scènes de Peter Sellers, un autre avec Anna Magnani - celui-ci, je peux le fournir -, raconter longuement une scène géniale d’un film classique histoire de donner envie au spectateur de balancer son iPhone dans les chiottes et de retourner au cinéma, au besoin en lui promettant qu’il lui sera remis un nouveau iPhone à la caisse contre l’achat d’un billet. A noter que certains arts ont cessé de produire intensément - musique classique, jazz - mais que ni les séries, ni Insta ne remplaceront les films de cinéma. Non, mais !

P.S. : En 1976, Maurice Bessy, mon prédécesseur à Cannes, me disait tous les jours : "Le cinéma est mort". Je ne l’ai jamais cru alors qu’aucun des écueils récents n’existaient alors. Mais c’est vrai que je suis d’un tempérament optimiste...

Anderton


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