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dimanche 11 janvier 2015

Francesco Rosi : cinéaste spectateur engagé


Artistes : A 92 ans, le cinéaste italien napolitain Francesco Rosi vient de disparaître. Réalisateur scandaleusement négligé ces temps-ci, qui a pourtant su faire preuve d'une lucidité et d'une exigence artistique et politique à nulle autre pareille dans son pays, à propos de son pays. Et à propos de l'exercice du pouvoir en général. Sans Michel Ciment en France, jamais son œuvre n'aurait eu le retentissement et l'écho qu'elle a eu dans les années 60 et 70. Malgré une fin de carrière un peu en deça de son âge d'or, Francesco Rosi demeure, pour ceux qui auront la curiosité de replonger dans son œuvre, un cinéaste lucide et engagé, "politique" au sens noble du terme, exigeant dans sa méthode visant à débusquer les mensonges pour atteindre une vérité souvent inaccessible. On peut résumer son œuvre en 3 périodes majeures : les films de la parole , les films du silence, les films de l'intime. 

Francesco Rosi, ce sont donc 17 films, de 1958 à 1997, du Défi à La Trêve, d'après Primo Levi, dominés par un genre – le film politique, sous forme d'enquête et de dénonciation, comme Main basse sur la ville, L'Affaire Mattei ou Cadavres exquis – avant de prendre une tournure plus intime avec ses dernières oeuvres – Le Christ s'est arrêté à Eboli, Chronique d'une mort annoncée, Oublier Palerme. Sans compter ses incursions dans le film de guerre – Les Hommes contre – l'opéra – Carmen (1984) – et même le conte fantastique – La Belle et le cavalier (1967). Souvent accompagné de Tonino Guerra au scénario, il a composé une œuvre qui épouse les méandres de l'histoire italienne, de sa sociologie, tout en leur conférant une dimension universelle et humaniste. Injustement oubliée ou négligée, son œuvre s'impose comme une des plus imposantes du cinéma, par sa dénonciation des abus du pouvoir, sa peinture de l'ambition, et son approche à la fois physique et métaphysique des ressorts du pouvoir et des relations humaines, qui le rapprochent aussi bien d'un Shakespeare que d'un Borges en littérature. Ajoutons l'apport considérable de ses fidèles collaborateurs, notamment Tonino Guerra pour ses scénarios, Pasqualino de Santis à l'image, et Gian-Maria Volonte, avec lequel il tourna 5 films.

Alors, partons à la découverte de sa filmographie en évoquant 10 de ses 17 films, avec pour ligne directrice les propos de Michel Ciment que ce dernier a tenus dans l'impressionnante monographie qu'il a consacré au cinéaste, Le Dossier Rosi : "Son œuvre ne cherche pas à nous faire oublier lâchement la nuit qui nous entoure. (…) Au cœur de sténèbres, elle apparaît plus que jamais à nos regards comme un infracassable noyau de lumière".