Un bombardier abattu au-dessus du territoire ennemi, un seul survivant prêt à risquer sa vie pour une mission impossible. Avec Escape, publié par Urban Comics, Rick Remender et Daniel Acuña signent un album de bande dessinée haletant sur la deuxième guerre mondiale. Sauf qu'il s'agit d'une deuxième guerre mondiale alternative où les combattants sont des ours, des chauves-souris, des chiens mais traités dans un style réaliste anthropomorphique.
L'hommage de Rick Remender aux vétérans
Les amateurs de la série Blacksad ne seront pas dépaysés. Dans Sacrifice, Rick Remender avait déjà pris pour personnages des animaux aux traits anthropomorphiques. Il récidive avec ce récit inspiré par l'histoire vraie de son grand-père, pilote de l'US Air Force pendant la deuxième guerre mondiale. Dans une préface touchante, le scénariste évoque son retour à la vie civile "avec une addiction et une âme fracassée" qui a provoqué le départ du foyer de son fils, le père de Remender. Escape est un hommage aux héros brisés, à leur bravoure et à leurs sacrifices, mais aussi aux horreurs de la guerre et aux séquelles qu'elle a laissée sur ces jeunes gens.
Steven Spielberg en embuscade
L'album nous plonge directement au coeur d'un combat aérien, entre un bombardier et des avions ennemis. Cela m'a d'ailleurs fait penser à The Mission, l'excellent épisode de la série Amazing Stories réalisé par Steven Spielberg (1985). Flashback sur la vie du pilote, Milton, qui gagnait sa vie au pays en en réalisant des baptêmes de l'air - comme Waldo Pepper (Robert Redford) dans La Kermesse des aigles (The Great Waldo Pepper, 1975) de George Roy Hill. Il rencontre Ruth. Coup de foudre. Une vie paisible s'annonce mais la guerre éclate, Milton s'engage. Retour au présent. Milton parvient à sauter en parachute de son bombardier en flammes. Il atterrit en territoire ennemi et se fait traquer par les soldats au sol. Son objectif : faire sauter l'imposant canon qui fait des ravages dans l'aviation alliée. Et là, ce sont les images d'Il faut sauver le soldat Ryan, des Douze salopards ou de la série Band of Brothers qui se rappellent au lecteur. Non pas que Remender se soit forcément inspiré de ces oeuvres mais c'est ce que son comic book m'a évoqué.
Action haletante
On colle aux bottes de Milton, qui tente de sauver sa vie dans une ville en partie détruite, où grouillent les soldats ennemis. A pieds, en moto, à la nage, le héros tente d'échapper aux balles et combat dans de violents corps à corps. Le dessin de Daniel Acuña est somptueux et les couleurs qu'il lui applique contribuent à créer une ambiance quasi-apocalyptique, digne d'un film d'horreur. Au-delà des séquences d'action haletante, au traitement cinématographique, le dessinateur parvient également à faire passer toutes les émotions des personnages, à traduire la peur, le désespoir, la froide détermination.
Car cet album ne relègue jamais les protagonistes au simple rang de figurants dans un récit survitaminé. Au contraire, Remender relate la haine des soldats ennemis qui voient en Milton un "enfoiré de tueur d'enfants", lui et son armée qui n'hésitent pas à déverser des bombes sur une population innocente. Milton en a d'ailleurs bien conscience. Ses choix moraux sont parfaitement décrits et illustrés.
Ce tome un tient toutes ses promesses. Il se conclut d'ailleurs par un cliffhanger qui nous rend impatients de découvrir la suite.
Anderton

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