Dossier

jeudi 25 avril 2013

Stoker : Sympathy for Lady Vengeance


En salles (le 1er mai) : Bon, alors clôturons dès à présent le sujet : oui, dans Stoker, les références à Hitchcock fourmillent – de L’Ombre d’un doute à Psychose, en passant par Vertigo – elles forment une trame esthétique, elles constituent le canevas sur lequel s’est bâti ce bien étrange film, soyeux et vénéneux comme une orchidée. En s’inscrivant dans les pas d’oncle Alfred et reprenant le flambeau de son aîné américain Brian de Palma, le Coréen Park Chan-wook met la barre haut. Très haut. Et la franchit haut la main, bien loin de son compatriote Kim Jee-won dont le véhicule made in US formaté pour Schwarzie, Le Dernier rempart, avait fortement déçu, lui qui nous avait envoûté et apeuré avec J’ai rencontré le Diable.

Mais réduire sa traversée du Pacifique à une simple relecture d’Hitchcock serait passer à côté de sa renversante beauté, de sa constante invention et de sidérante perversité. Bref, un film tout à fait cohérent avec le reste de l’œuvre d’un réalisateur désormais majeur, auteur des mémorables Old Boy ou Lady vengeance.

 

Ne pas se contenter d’Hitchcock

Au départ, et sur le papier, il y a de quoi frémir : premier film américain d’un cinéaste coréen, donc ; hommage avéré à Hitchcock signé…Wentworth Miller, oui, le héros de Prison Break ; casting fourre-tout où l’on retrouve autour de l’ex-gloire Nicole Kidman,  une jeune comédienne made in Gus van Sant, Mia Wasikowska ; un clone d’Anthony Perkins déjà vu dans le premier film du styliste Tom Ford, les frères Scott Ridley et Tony à la production, des caméos de Harmony Korine et Judith Godrèche, Philip Glass et le duo Sinatra-Hazlewood pour la BO…. Bref, un peu n’importe quoi…

Ecrin pour grammaire cinématographique époustouflante
Sauf que Park y trouve un écrin magnifique pour y déployer sa grammaire cinématographique. Transcender son sujet. Et transformer un projet a priori à 1000 lieues de son univers en un vrai film personnel, sulfureux et pervers, sexué et manipulateur. Car Stoker, c’est d’abord et avant tout le portrait d’une jeune fille qui s’éveille au désir, au sexe, à l’amour. India, à la mort de son père, se trouve confrontée à son oncle Charlie, qu’elle n’avait jamais vu, et qui s’installe dans son manoir, qu’elle occupe avec sa mère, une cougar qui porte les traits diaphanes et mystérieux de Nicole Kidman, une quasi-héroïne hitchcockienne.

Là où n’importe quel cinéaste se serait contenté d’un hommage au maître du suspense, aussi brillant soit-il, le Coréen, lui, dépasse son sujet pour livrer une leçon de mise en scène. Et de manipulation. A l’instar d’une mémorable scène de douche qui démarre sur un hommage angoissant à Psychose pour déboucher, le temps de multiples flash-back fractionnés, sur une véritable scène d’éveil des sens….Ou de cette partie de piano à deux filmée comme une joute de sexe et de désir.

Sexe, mensonges et manipulation

Une manipulation du spectateur via une mise en scène, qui joue sur les faux semblants, les reflets et les regards de biais : qui désire qui ? Qui manipule qui ? Qui se venge de qui ? Qui est la victime ? Un enchantement de perversité, à quoi s’ajoute une réalisation extrêmement graphique qui d’un seul mouvement associe séance de coiffure cheveux et herbes folles dans le vent, éclats de sang projetés dans la nature et chambre aux décors et tapisseries d’un rouge ardent comme le désir. Dominé par des tonalités blanches et noires, vertes et rouges, la lumière et le montage, d’une fluidité détonnantes, imposent un rythme et un univers à la fois gothique et extrêmement contemporain. Surimpressions, voix off, retours en arrière s’imbriquent, se répondent, se correspondent, pour notre perte, parfois, mais surtout pour notre plus grand plaisir.

Travis Bickle

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