vendredi 13 février 2026

Le Roi Soleil : thriller labyrinthique et virtuose

Le Roi Soleil DVD CINEBLOGYWOOD

Vendredi 13. Ferez-vous partie de ceux qui vont jouer au loto en espérant empocher le pactole. Et si vous n'aviez pas besoin de jouer pour devenir multi-millionnaire ? C'est ce qui pourrait arriver aux protagonistes du film de Vincent Maël Cardona, Le Roi Soleil, présenté au Festival de Cannes 2025 et disponible en vidéo chez StudioCanal. Une éclatante réussite.


C'est l'histoire d'un vieux monsieur qui, au petit matin, entre dans le café versaillais où il a ses habitudes. Les deux policiers au comptoir et le patron le connaissent bien. Salutations chaleureuses. Le papy vérifie son billet de loterie. Il a gagné. 240 millions. Tout le monde est étonné. Le tenancier, les flics, mais aussi la jeune serveuse, deux jeunes clients qui sirotent leur café, et un type patibulaire arrivé il y a peu. 240 millions d'euros.

En dire plus serait criminel. Vincent Maël Cardona nous embarque dans une histoire qui part dans toutes les directions, explore toutes les possibilités. Comme les boules numérotées qui tournent et s'entrechoquent au moment du tirage du loto. Ou comme lorsqu'on coche les numéros d'une grille. Ou qu'on laisse la machine le faire pour nous. Une variété de choix qui suscite une infinité de rêves. Et si... Et si on devenait riche. Et si on partageait l'argent avec ceux qu'on aime. Ou qu'on le gardait juste pour soi et qu'on foutait le camp. Les personnages s'y voient déjà. Il n'y a qu'à...

Théâtre des possibilités

Le cinéaste fait monter la tension dans un huis clos qu'il distord, étire, éclate, revisitant certaines scènes qui s'y jouent, leur apportant un éclairage nouveau ou les faisant basculer dans une nouvelle direction. Autant d'occasions de donner plus de chair à chacun des personnages. Mise en scène et montage virtuoses. Magnifique photo et bande-son atmosphérique. On retrouve toute la maestria que le cinéaste avait déployée dans Les Magnétiques, notamment dans une séquence à la fois planante et tendue sur le morceau Never gonna change de Sharon Von Etten.

Le café versaillais est le coeur d'un multivers qui s'étend en d'innombrables ramifications, à l'image des souterrains qui traversent la cave de l'établissement. Et ce café versaillais, c'est plus que le théâtre d'un drame, c'est un théâtre tout simplement. Confrontée à un choix cornélien, la jeune serveuse se rassure en murmurant (je cite de mémoire) : "Nous sommes des marionnettes sur la scène d'un théâtre". Plus tard, le cinéaste osera même dans un court plan montrer l'envers du décor, celui d'un plateau de cinéma. Plus rien n'est vrai, tout est donc possible. 

Le destin des marionnettes

Et pourtant, on y croit aux situations et aux personnages. Il faut dire qu'ils sont tous impeccablement interprétés par Pio Marmaï, Lucie Zhang, Sofiane Zermani, Panayotis Pascot, Maria de Medeiros, Xianzeng Pan, Joseph Olivennes, Némo Schiffman et Claude Aufaure. Ils jouent des gens paumés qui se débattent mais s'enfoncent inexorablement dans une tragédie protéiforme. "Tape pas dans ton destin", disait Depardieu à Blanc dans Tenue de soirée. Ici, tout le monde tape mais le destin les submerge jusqu'à un final qui se jouera une fois de plus de leurs espoirs et de ceux des spectateurs.

L'édition vidéo de StudioCanal propose une fin alternative, intéressante mais que le cinéaste a bien fait d'abandonner au profit de celle qui clôt son film. Gros coup de coeur.

Anderton


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