mardi 20 janvier 2026

Force majeure : Bruel et Cluzet face à leur conscience

Force majeure Blu-ray CINEBLOGYWOOD

Réalisé par Pierre Jolivet, Force majeure (1989) sort en Blu-ray chez StudioCanal dans la bonne collection Nos années 80 lancée par Jérôme Wybon. Je me demandais si ce film intense mettant François Cluzet et Patrick Bruel face à un cas de conscience avait passé l'épreuve du temps.


Il faut dire qu'à l'époque de sa sortie, il m'avait beaucoup marqué, comme pas mal de spectateurs et de critiques. L'histoire est simple comme le principe d'une expérience de sociologie : deux routards français rencontrent un Hollandais lors d'un trip dans un pays d'Asie du Sud-Est. Ils font un bout de chemin ensemble. Avant de se séparer, Daniel et Philippe, qui reprennent l'avion pour l'Europe avant leur compère batave, lui donnent le reste du shit qu'ils ont acheté sur place. Dix-huit mois plus tard, ils sont contactés par un avocat missionné par Amnesty International : Hans a été arrêté avec une quantité de shit qui en fait un trafiquant de drogue. Il est condamné à mort à moins que Daniel et Philippe acceptent de faire deux ans de prison avec lui sur place. Ils ont cinq jours pour se décider avant l'exécution de Hans.

Acteurs de conviction

De force, le film en a plus d'une. D'abord, son casting. Les personnages sont bien brossés et interprétés avec beaucoup de conviction mais sans excès. Patrick Bruel est Philippe, l'étudiant modèle qui rechigne à sacrifier ses études pour un type qu'il n'a connu que brièvement ; et François Cluzet campe Daniel, chômeur glandeur, grande gueule au grand coeur. Le cérébral et l'instinctif. Evidemment, leurs réactions spontanées vont évoluer, nous amenant par la même occasion à épouser leurs points de vue, à nous questionner nous-mêmes. 

Alan Bates joue l'avocat, figure morale qui en impose jusqu'à ce qu'il brise la glace (littéralement) pour révéler ses motivations profondes. Une scène marquante qui, dans ma mémoire, a été improvisée par l'acteur britannique - d'où la réaction choquée de Patrick Bruel. En ex-fiancée de Hans, Kristin Scott Thomas apporte de la douceur dans ce moment difficile : elle est à la fois celle qui pousse avec une bienveillance désarmante le duo à aider Hans et celle qui pourrait retenir l'un d'entre eux de partir. Egalement au générique : Marc Jolivet en journaliste alléché par le scoop et Sabine Haudepin en femme abandonnée. Les autres petits rôles sont tout aussi bien castés : Thom Hoffman (Hans), Wim Meewisse (le père de Hans dont on comprend la détresse et la colère) et Ham Chau Luong, d'une belle dignité tranchant avec les rôles d'Asiatiques souvent caricaturaux dans lequel le cinéma français l'a enfermé (Banzaï, La Zizanie...).

No pathos

Réalisé avec un petit budget en juste six semaines, Force majeure tape juste. L'histoire comme la mise en scène se déroulent sans fioritures, ni effet de manche. Direct, efficace. Aucun pathos. Jamais Jolivet ne sort les violons. D'ailleurs, la musique, composée par Serge Perathoner (compositeur et arrangeur pour la crème de la pop française, de Michel Berger à Johnny Hallyday) et Jannick Top (qui a bossé avec les précités, France Gall, Francis Cabrel mais aussi Herbie Hancock ou Ennio Morricone), s'inscrit pour le coup complètement dans le style des 80's : synthés métalliques, boîte à rythme, guitare rock saturée. C'est le seul élément qui ancre le film dans son époque : on aime ou on déteste. 

En bonus de cette édition vidéo, une présentation de Jérôme Wybon qui revient sur le film et son accueil ainsi qu'un entretien intéressant avec Pierre Jolivet. Il nous apprend que Tim Roth a failli être de l'aventure et que le remake américain, Loin du paradis (Joseph Ruben, 1998), a réuni à l'affiche Vince Vaughn, Anne Heche et Joaquin Phoenix. Toutes les conditions sont réunies pour (re)découvrir cette pépite dont l'éclat n'a pas faibli.

Anderton


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