Cette édition, c’est vraiment Versailles ! Si Versailles m’était conté est désormais disponible en Blu-ray... mais aussi en 4K UHD, édité chez Rimini, et restauré grâce à Studio TF1.
La crème de la crème du cinéma français
Datant de 1954, voici une fresque de trois heures, avec la crème de la crème du cinéma français : Sacha Guitry en maître de cérémonie, avec une distribution pléthorique : le maître Guitry lui-même en Roi Soleil (qui d’autre ?), entouré de Claudette Colbert (La Montespan), Jean Marais (Louis XV), Gérard Philipe (D’Artagnan), Bourvil, Pauline Carton, Micheline Presle, Jean-Louis Barrault, Edith Piaf, Annie Cordy, Charles Vanel, et même Orson Welles, ainsi qu’une certaine Brigitte Bardot). A la clé : 7 millions de spectateurs. Bref, une oeuvre de patrimoine, dans tous les sens du terme, belle comme de l’antique, pour une édition de toute beauté !
C’est sans aucun doute le film le plus célèbre de son auteur, souvent diffusé dans les écoles. Son auteur, c’est donc Sacha Guitry, homme de théâtre (plus de 100 pièces à son actif) et de cinéma, qui vient alors d’achever un film considéré comme l’un de ses chefs d’œuvre, La Vie d’un honnête homme, avec Michel Simon, dans un double rôle de frères jumeaux. Comédie noire et cruelle.
Porte d’entrée royale pour découvrir Guitry
Composé d’une succession de tableaux retraçant l’histoire du château de ses origines à la Révolution française, le film est, au regard de l’ensemble de sa carrière, est le plus linéaire, le moins inattendu, peut-être le plus académique, diront certains. Ce qui ne lui interdit pas des fulgurances formelles et des traits d’esprit qui en font une excellente porte d’entrée dans l’univers de celui qui ne rechignait pas à ce qu’on l’appelât Maître.
Si cette fresque historique s’inscrit dans la lignée de celles qu’il avait réalisées avant-guerre (Les Perles de la couronne, Remontons les Champs Elysées), comment Guitry en est-il venu à tourner ce blockbuster historique ?
Opération commando de sauvetage
Fin 1952, le secrétaire d'État aux Beaux-Arts André Cornu lance à la radio une souscription nationale en faveur de la restauration du Château de Versailles, qui était alors en état de délabrement. Il fonde le Comité national pour la sauvegarde du château de Versailles, chargé de trouver les ressources nécessaires à sa restauration, alors estimée à 5 milliards de francs. Le tournage s’inscrit dans ce contexte, mais doit s’effectuer dans des délais extrêmement serrés :
- Deux mois pour la préparation et l'écriture, en partie depuis Londres où Sacha Guitry jouait au théâtre,
- Composition du casting sur papier (249 portraits !). Tous les acteurs pressentis ont accepté - sauf Charles Boyer, au grand dam de Guitry,
- Tournage de trois mois – pas un jour de plus – sur place, entre le 6 juillet et le 6 septembre 1953 !
Double revanche sur l’Histoire
Accepter ce tournage, c’était une manière pour Guitry de prendre sa revanche sur les déboires et la mise au ban dont il avait été l’objet à la Libération. La critique, particulièrement féroce avec Guitry depuis des années, attaque le film sur un point essentiel : ses libertés historiques. Il est vrai que Guitry comprime, coupe, raccourcit, rapproche, fait résonner des événements entre eux, sans nécessité historique. Exemple : six futurs décapités sont dans une pièce et dissertent sur les dangers de l’échafaud – historiquement, cela n’a aucun sens ; mais d’un point de vue narratif et cinématographique, c’est puissant et réjouissant.
Résultat : une avant-première à l’Opéra de Paris, une sortie le 9 mars 1954, et près de 7 millions de spectateurs. Sacha Guitry allait, dans les mois suivants, poursuivre sur sa lancée et donner à Si Versailles m’était conté… deux films de même inspiration : Napoléon (1954) (Daniel Gélin et Raymond Pellegrin) et Si Paris nous était conté (1955), relativement similaires dans leurs intentions,
Une édition gorgée de suppléments
Parmi les très nombreux bonus, on peut retenir :
- L’Histoire selon Sacha Guitry, signée Noel Herpe, détaille les conditions de production du film.
- À vous aussi Versailles sera conté (32 min). Inédit, et peut-être le plus original. À partir des rushes conservés par l'INA, le documentariste cinéma Jérôme Wybon a reconstitué une émission TV perdue, diffusée fin décembre 1953, dans laquelle Sacha Guitry raconte les coulisses de son nouveau film.
- Autre curiosité, qui permet de découvrir les multiples talents de Guitry : une émission radio, Et Versailles vous est conté (13 min). Première des 12 émissions diffusées à la radio, entre octobre et décembre 1953, quelques semaines avant la sortie du film. Guitry, inventeur de podcast ?
Bref, vous l’avez compris : une magnifique édition, qui s’avère indispensable pour entrer et découvrir l’univers d’un des plus grands réalisateurs français.
Travis Brickle

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