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lundi 15 juin 2026

Stalag 17 : du Billy Wilder pur jus

Stalag 17 Blu-ray CINEBLOGYWOOD

Derrière sa sobriété quasi-administrative, Stalag 17 (1953) est un titre un peu oublié dans la carrière de Billy Wilder. Et pourtant, c’était l’un de ses préférés. La sortie d'une belle édition vidéo chez Rimini Editions permet de le redécouvrir.


De Broadway à Hollywood

Le point de départ, c'est une pièce de Broadway, écrite en 1951 par Donald Bevan et Edmund Trzcinski, tous deux anciens prisonniers de guerre au Stalag 17B en Autriche, qui avait connu un succès considérable. Après l'échec financier de son film précédent Le Gouffre aux chimères (The Big Carnival, 1951), Billy Wilder décide de s'emparer de ce succès qu’il va considérablement modifier pour l’écran avec la complicité de son collaborateur Edwin Blum. Wilder lui-même dira qu'il l'a "améliorée à 100%" - du Billy Wilder pur jus ! 

Détecter la taupe 

L'histoire se déroule donc dans ce camp de prisonniers américains sur les bords du Danube, en décembre 1944. L'atmosphère y est tendue : une taupe fournit des informations au commandant du camp sur les plans d'évasion. Deux soldats ont même été abattus alors qu'ils sortaient du tunnel qu'ils avaient creusé. Les soupçons se portent sur le sergent Sefton — incarné par William Holden — un opportuniste qui s'enrichit malgré sa captivité, qui commerce avec les gardiens, et qui parie même sur l'échec des tentatives d'évasion de ses camarades. Forcément, dans ce contexte, c’est le coupable idéal. 

Libre au stalag

Ce qui rend Stalag 17 passionnant, c'est précisément ce personnage de Sefton. Wilder donne la voix du narrateur non au héros mais à son seul ami, Cookie, un être effacé et timoré, pour maintenir une certaine distance avec ce héros jugé coupable par ses camarades, dont les combines frôlent en permanence la trahison. Ce qui force le spectateur à se confronter à ses propres préjugés avant de comprendre le sens du film. 

Sefton est lynché par ses compagnons parce qu'il réussit là où ses camarades échouent : il fait de sa situation de prisonnier une victoire plutôt qu'une défaite. C’est là le cœur wilderien du film : ce que les autres ne lui pardonnent pas, c'est moins d'être un traître que d'être libre, dans sa tête et dans ses actes. Les glorieux soldats américains se révèlent sans peine être des bourreaux. 

Du pur cynisme wilderien

Le cinéaste de La Garçonnière ne fait pas de Sefton un héros romantique pour autant. S'il démasque le coupable, ce n'est pas par patriotisme, mais pour continuer son manège en toute tranquillité. S'il risque sa vie en s'évadant avec le lieutenant Dunbar, c'est parce que Dunbar est riche. Et sa dernière réplique avant de disparaître dans la nuit résume tout : "Si nous nous rencontrons un jour dans la rue, faisons comme si nous ne nous connaissions pas." Du cynisme pur, de la grande écriture. 

Mais Stalag 17 n'est pas seulement un film noir et amer. Le duo comique formé de Robert Strauss et Harvey Lembeck permet au dixième film de son réalisateur de ne jamais sombrer dans le psychodrame guerrier. Ils inventent des stratagèmes pour égayer leurs camarades, tromper les officiers allemands et approcher les prisonnières russes. Il y a même une scène où l'un se travestit en Betty Grable pour offrir à son ami une danse avec la femme de ses rêves — le travestissement, grand topos du cinéma de Wilder et qui évoque là les grandes heures de La Grande Illusion de Jean Renoir. 

Oscar pour William Holden

Du côté de la distribution, outre William Holden, préféré à Charlton Heston et Kirk Douglas, et qui remporte l’Oscar, mentionnons une curiosité : le rôle du commandant du camp est tenu par le réalisateur Otto Preminger (Bonjour Tristesse ou Bunny Lake). Wilder, qui avait fui l'Autriche, tout comme Preminger avant 1939, avouait que son compatriote et ami ressemblait si bien à un nazi qu'il en avait un peu peur !

Certes, Stalag 17 est aujourd'hui un peu oublié à côté des grandes réussites du cinéaste comme Assurance sur la mort, Sunset Boulevard ou Certains l'aiment chaud. C'est pourtant un des films préférés du réalisateur. Un huis clos sous tension, une comédie de guerre aux allures de film policier, une méditation acide sur la lâcheté humaine et le prix de l'individualisme. 

Du grand Wilder, tout simplement, à redécouvrir dans une formidable édition vidéo Rimini, qui comprend des documents d’archives, cinématographiques et historiques, et une passionnante interview croisée entre les critiques Frédéric Mercier et Mathieu Macheret, qui permet de replacer le film de Wilder dans son œuvre. Un livret de 24 pages signé Marc Toullec, intitulé À la guerre comme à la guerre, complète l’ensemble. 

Travis Brickle


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