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mercredi 16 septembre 2009

My own private Idaho : Boy meets boy

En salles : Bon, j’avoue. En janvier 1992, My Own private Idaho, le 4e film de Gus van Sant, ne m’avait guère emballé – « prétentieux » et « chichiteux », l’avais-je qualifié. A la revoyure, force est de constater que GVS frappait très fort, en signant une œuvre désormais culte, le Macadam cow-boy des 90’s.
C’est tout d’abord une oeuvre quasiment sociologique sur les jeunes mecs de la rue de Portland, ville pluvieuse de l'Oregon, dont est originaire GVS. Mais pas que : à partir d’anecdotes recueillies auprès de jeunes prostitués, le futur réal de Gerry et Harvey Milk signe une bouleversante histoire d'amour et d’amitié, de ruptures et de trahisons.
Le Macadam cow-boy des 90’s
Ce qui frappe dans ce film, c'est la liberté de mise en scène de Gus Van Sant. Malgré un sujet qui aurait pu facilement verser dans le sordide ou le pathétique, le réalisateur s’amuse et expérimente – plaisir d’un film dont nous découvrons la trajectoire en même temps qu’elle s’invente à l’écran. Inserts de paysages, trouées poétiques et visuelles, nuages en accéléré, maisons volant en éclat, poissons bondissant hors de la rivière, Unes de magazines gays s’animant et s’interpellant dans les rayonnages d’une librairie – autant de fulgurances et d’audaces visuelles qui imposent un rythme particulier à ce road-movie gay.
Car My Own private Idaho demeure le double récit d’un amour et d’une amitié entre deux hommes d’une beauté stupéfiante, et d’un voyage entre passé et présent, Europe et Etats-Unis, rêve et réalité. Récit qui suit la double trajectoire initiatique d’un jeune homme en perdition à la recherche de sa mère et de son paradis perdu, d’une part ; et d’un jeune bourgeois en rupture de ban, d’autre part. Tous deux sous la coupe d’un clochard céleste tout droit sorti de l’univers de Burroughs, et inspiré du Falstaff de Shakespeare. Et dont la cultissime scène sentimentale autour d’un feu de camp, d’une élégance et d’une délicatesse inattendues, constitue le sommet.
Alchimie Keanu-River
Au-delà des prouesses narratives, des inventions formelles, de la liberté formelle que s’arroge Gus Van Sant, en mixant western et beat generation, homosexualité et hétérosexualité, Shakespeare et Warhol, Europe et Etats-Unis, scènes oniriques et accélérations speedées, super-8 et 35 mm, une grande part du charisme de My Own private Idaho provient évidemment de l’alchimie de ses interprètes.
Keanu Reeves dans le rôle du prostitué en rupture de ban, n’a jamais été aussi intense et convaincant ; River Phoenix, frappé de narcolepsie, nageant entre rêve et réalité, livre une prestation d’une fiévreuse mélancolie – sans doute son plus beau rôle, avec A bout de course et Stand by me, récompensé au Festival de Venise en 1991.
Bref, redécouvrir My Own private Idaho, c’est redécouvrir la liberté de ton, l’invention formelle et la formidable direction d’acteurs d’un cinéaste qui semble depuis figé dans le statut d’auteur, certes élégant, mais vain et creux – cf Elephant et Last days – et qui semble avoir perdu une partie de la sève de son talent singulier.
Travis Bickle

mercredi 22 avril 2009

A bout de course : éloge de la fugue

En salles : Papy Travis a vu pour vous une rareté qui ressort cette semaine sur les écrans, A bout de course (Running on Empty, 1988), du vétéran Sidney Lumet. Du cinéaste, on connaît surtout les polars urbains et nerveux des années 70 : Serpico, Un après-midi de chien, Le prince de New-York. On connaît également ses films de genre, sérieusement troussés, tels Contre-enquête, Network, 12 hommes en colère ou tout récemment le dostoievskien 7h58 ce samedi-là.
On connaît également ses adaptations – Equus, La Mouette, L’Homme à la peau de serpent. On connaît également son goût pour les stars – Family Business, Verdict ou Le Crime de l’Orient-Express en témoignent. Eh bien, A bout de course est à l’opposé de tout son cinéma. Et demeure à son jour son meilleur film.
Sidney Lumet à son meilleur
Car le vieux routier du cinéma US – 84 ans au compteur – livre là son film le plus secret, le plus intime. Et le plus élégiaque – magnifique lumière de Gerry Fisher, chef op attitré de Losey, notamment sur Accident et Le Messager. Chronique d’une famille perpétuellement en fuite, traquée par le FBI pour avoir commis un attentat contre un laboratoire fabriquant du napalm, A bout de course se concentre moins sur le contexte politique que sur les relations familiales. Et plus particulièrement sur l’aîné, las de quitter tous les six mois son école, ses amis, son identité. Et incapable de se projeter vers l’avenir, obligé d’endosser la faute de ses parents.
River Phoenix, le DiCaprio des 80’s, lui apporte tout le rayonnement et la sensibilité qui caractérisaient son jeu. L’un de ses trois grands rôles, avec Stand by me et My own private Idaho.
On ne peut pas danser sur du Beethoven
"Question de tempo, on ne peut pas danser sur du Beethoven", apprend-on au cours du film. Eh bien, Lumet semble appliquer à la lettre ce principe : question de tempo, il ne peut pas filmer cette fugue familiale comme il filme New York. Pour une fois, comme l’a remarqué Bertrand Tavernier dans son indispensable 50 ans de cinéma américain, Sidney Lumet prend son temps. Et s’attache à ses personnages, plus qu’au suspense qu’aurait pu générer cette intrigue. Et c’est tout simplement bouleversant. A l’instar de la scène où le père apprend la disparition de sa mère, ou lors des retrouvailles entre la mère et son propre père, un conservateur qu’elle n’avait pas vu 14 ans durant.
Si vous ne sortez pas la gorge nouée de ce film à redécouvrir absolument, c’est définitivement que vous n’êtes pas digne de lire ce post !
Travis Bickle