jeudi 22 octobre 2026

Autofiction : Almodovar et ses doubles

Autofiction Pedro Almodovar Blu-ray CINEBLOGYWOOD

"Emma Bovary, c'est moi." Flaubert a parfaitement résumé le lien intime que chaque auteur tisse avec ses personnages. Dans Autofiction, présenté au Festival de Cannes 2026 et que Pathé vient de sortir en vidéo, Pedro Almodovar explore cette relation singulière dans une brillante mise en abîme.


Cinéastes au bord de la crise de nerfs

Réalisatrice à succès, Elsa fait des crises d'angoisse. Son compagnon, un pompier qu'elle a rencontré dans un club de striptease où il se produit pour arrondir ses fins de mois, la soutient du mieux qu'il peut. Mais Elsa étouffe. Aussi décide-t-elle de prendre quelques jours de vacances aux Canaries avec une amie dont le couple bat de l'aile. Raul est aussi cinéaste. Et lui aussi vit une crise : celle de la page blanche. Les vies de Raul et d'Elsa se répondent dans un déconcertant jeu de miroirs jusqu'à ce que le spectateur comprenne que le premier a inventé la seconde. L'une comme l'autre tentent de reprendre pied en écrivant un scénario basé sur les drames et les vies de leurs proches.

Les peaux qu'habite Pedro

Pedro Almodovar nourrit son cinéma de sa propre expérience, de façon plus ou moins marquée selon les films. Ici, il construit une brillante mise en abîme entre Elsa, Raul et lui-même. Trois cinéastes, un véridique et deux de fiction, qui s'emboîtent comme des poupées russes. Almodovar étale l'anxiété du créateur et le représente en fragile vampire qui absorbe les histoires de vie de ceux qu'ils côtoient. L'inspiration est aspiration. Une démarche vitale pour l'artiste, aussi amorale qu'égoïste. Confidences et malheurs se transforment en récits de fiction. Les proches sont mis devant le fait accompli. La trahison n'en est que plus forte. L'artiste se retranche derrière son statut, évoque un acte purement créatif. Peine perdue. Les amitiés se déchirent.     

Douleur et gloire de l'artiste

Autofiction est un beau film sur le douloureux acte de création. Douloureux pour l'artiste comme pour son entourage. Almodovar livre sa confession qui est aussi un constat : "Voici qui nous sommes, les artistes". Au réalisme cru et sec de beaucoup d'écrivains français adeptes de ce genre introspectif, l'Espagnol préfère un mélo coloré (magnifiques photo et décors) et nourri d'émotions fortes. Les personnages pleurent en écoutant Amarga Navidad (Noël amer), chanson de Chavela Vargas qui donne son titre original au film. Une cancion ranchera sur une rupture pendant les fêtes que la chanteuse mexicaine interprète avec sa voix rauque et qui prend aux tripes. 

En chair et en os

Pour incarner Elsa, Almodovar a fait appel à Barbara Lennie (formidable dans Los Tigres). Elle dégage une force qui n'est qu'apparente, livrant son personnage à un flot de tensions et d'émotions que la comédienne fait affleurer, et parfois jaillir, avec beaucoup de justesse. Nuance encore de la part de Leonardo Sbaraglia, qui rend compte de la fragilité de Raul en même temps que de sa grande détermination à poursuivre son oeuvre, contre tous.

Pathé accompagne le film dans l'édition vidéo par un bonus sur les coulisses du tournage et un entretien avec Pedro Almodovar.

Anderton


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