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dimanche 4 octobre 2020

Last Seduction : un thriller jouissif dans un bel écrin

Last Seduction Blu-ray CINEBLOGYWOOD

En DVD et Blu-ray : Quand il s'agit d'évoquer les maîtres de la manipulation au cinéma, le nom de Keyser Söze est l'un des premiers cités alors qu'on a tendance à négliger celui de Bridget Gregory. Gloire à Elephant Films pour avoir sorti dans un beau master HD en combo Blu-ray + DVD Last Seduction (1995), un thriller jouissif  de John Dahl avec la sulfureuse Linda Fiorentino.

Bridget Gregory est une meneuse d'hommes dans un centre de télévente. Plutôt du genre à manier le bâton que la carotte. C'est dire si elle ne s'en laisse pas compter. Aussi quand son mari ramène une grosse somme d'argent illicite à la maison, elle prend les dollars et la poudre d'escampette. Pour échapper à son mari bien décidé à remettre la main sur son pognon et le visage de son épouse, Bridget s'installe dans une petite ville où elle met en action son art de manipuler le sexe dit fort. Mike Swale, qui est tombé sous son charme, est le premier à en faire les frais.

Steve Barancik signe un bijou de scénario dans lequel il donne vie à une femme comme on en a rarement vue au cinéma. Une "belle salope", comme la décrit un homme dans le film ? C'est bien une vision d'homme qui s'est fait avoir par plus intelligente que lui. Bridget est un monstre froid et calculateur qui utilise tout ce qu'elle a en son pouvoir - à savoir son cerveau et son corps - pour mener les mecs par le bout du nez (et le bout d'autre chose), parfois avec une fausse douceur, souvent avec une vraie brutalité. Elle impose ses manières de New-Yorkaise sophistiquée à Ploucland. Ton sec, sensualité affichée via un tailleur noir sur des hauts talons.

Le spectateur ressent une jubilation un poil sadique à la voir faire tourner la tête du pauvre Mike, amoureux paumé ; jouer à la chatte et la souris avec Clay, son mari ridiculisé ; faire preuve de ruse qui suscite l'admiration de son requin d'avocat ; se sortir des griffes d'un détective pourtant opiniâtre. Linda Fiorentino, dont on découvre dans un bonus le caractère bien trempé, a eu le culot d'accepter ce rôle sur le papier peu flatteur. Sa prestation est époustouflante (une première diffusion du film sur HBO l'a empêchée de concourir à l'Oscar et c'est bien dommage). Peter Berg, dont on apprécie aujourd'hui les réalisations de thrillers couillus, a lui aussi mis son ego de côté pour interpréter un grand naïf qui ne sait pas dans quoi il s'est fourré... 

Bill Pullman est excellent en mari qui veut récupérer son fric et son honneur, tout en appréciant le côté retors de son épouse. Excellent tout autant Bill Nunn, en détective un peu blasé et bien décidé à ne pas tomber dans le panneau mais... Enfin, notons la présence de JT Walsh (second rôle souvent teigneux, vu notamment dans Good Morning Vietnam), qui campe un requin du barreau admiratif des manières de sa cliente.

John Dahl signe un film noir vénéneux mais aussi drôle. Pas de chichi dans la mise en scène. Il y va frontalement, refusant de faire passer l'esthétique avant ses personnages, préférant la lumière du jour à l'obscurité, les petites rues de provinces aux ruelles humides. Belle photo de Jeff Jur d'ailleurs. Même volonté de contrepoint au niveau musical, Joseph Vitarelli signant un score jazzy guilleret.

Elephant Films nous soigne avec un magnifique master et une pelletée de bonus, sur le tournage, des scènes inédites et une fin alternative. On y apprend comment ce film d'auteur a été fait dans le dos du studio (qui voulait produire un polar érotique à la Basic Instinct), comment sa sortie remarquée en Europe (Bafta, Prix de la critique au Festival de Cognac) a relancé sa carrière au box-office US et un critique revient sur les carrières atypiques de Dahl (après trois films noirs réussis, il est devenu réal de séries), Fiorentino (qui a donné du fil à retordre sur les plateaux avant de quitter le milieu du cinéma) et Berg (qui enchaînait les rôles mineurs avant de s'imposer derrière la caméra). Un must have.

Anderton

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