jeudi 8 janvier 2026

Eddington : le western dingo d'Aster

Eddington 4K UHD Blu-ray CINEBLOGYWOOD

Un vent de folie s'empare d'Eddington, la petite ville du Nouveau-Mexique qui donne son nom au film d'Ari Aster. Présentée au Festival de Cannes 2025, cette oeuvre hallucinante et protéiforme est désormais disponible en vidéo chez Metropolitan Films. Bonus à la clé.


Un vent de folie souffle donc sur la bourgade entourée de rocaille, à la limite du territoire autogéré par les Pueblos. Il y a cette pandémie de Covid qui oblige chacun à porter un masque et les élections municipales qui approchent. Deux sujets sur lesquels le shérif Joe Cross s'oppose au maire Ted Garcia. C'est au moment où le gardien de l'ordre enlève son masque, contre l'avis de l'édile, que tout bascule. Remonté, le policier décide de se présenter aussi aux élections. La campagne est perturbée par le mouvement Black Lives Matter. Et c'est comme si une de ces boules d'herbe séchée, un tumbleweed, s'était enflammée, provoquant un gigantesque incendie sur son passage. Tout part en vrille, les barrières sautent, les flingues parlent.

Affreux, bêtes et méchants

Ari Aster a pondu un récit hallucinant qui nous entraîne au coeur de l'Amérique pour que nous y découvrions notre monde de tous les jours. Complotisme, bêtise crasse, populisme, violence prête à exploser... La politique est dévoyée, tout comme le mouvement antiraciste. Les fascistes sont aux aguets, les réseaux sociaux sont le déversoir de toutes les théories fumeuses et manipulations. Au sein d'une impressionnante galerie de personnages, on ne trouve que des paumés et des freaks, complètement dépassés par les événements qui leur tombent dessus ou qu'ils provoquent avec inconscience. Ou irresponsabilité. Aucun n'en sort grandi et pourtant, Aster parvient à ne pas les rendre complètement détestables. Chapeau (de cowboy) aux comédiens qui les campent malgré tout avec humanité, aussi imparfaite soit-elle. Joaquin Phoenix (exceptionnel), Emma Stone, Pedro Pascal, Austin Butler, Micheal Ward et Luke Grimes se mettent tous au service de ce film choral qui emprunte autant les codes du western que du drame psychologique avant de virer au thriller horrifique.

La mise en scène est semblable à un puzzle en mouvement, un mouvement qui s'accélère. La tension grimpe alors que les séquences se mettent en place. Toute cette rage, ces frustrations à peine contenues... on sait qu'elles vont faire sortir les armes de leurs étuis. C'est la loi du Far West. Aster se fend même d'un "hommage" à Rambo.

Metropolitan accompagne notamment le film d'un making of et d'entretiens avec les comédiens à Cannes (on reconnaît fugacement la voix de l'intervieweur, l'incontournable Didier Allouch) - c'est tellement rare de retrouver en vidéo ces échanges sur la Croisette qu'on ne peut qu'applaudir. Interrogé dans un bonus sur l'histoire d'Eddington, Ari Aster semble peiner à la résumer en quelques mots. Il admet toutefois que son film est parfois drôle, parfois déconcertant, parfois inquiétant, parfois ridicule avant de préciser qu'il est à l'image de notre époque. Je n'aurais pas mieux dit. Un des meilleurs films de l'année 2025 et un très grand film tout court.    

Anderton


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