CANNES 2024

samedi 17 juin 2023

Marcel le coquillage : un concentré de tendresse

Marcel le coquillage CINEBLOGYWOOD

En salles : Il vous est certainement arrivé de ramasser un coquillage sur la plage, d'en admirer les élégantes spirales et de le ramener chez vous... où il a très certainement fini au fond d'un tiroir. Imaginez que cette coquille vide abrite un drôle de petit bonhomme, doté d'un gros oeil curieux, d'une petite bouche bavarde et de grands pieds chaussés de baskets. Voici Marcel, le jeune héros de Marcel le Coquillage (avec ses chaussures). Le film de Dean Fleischer-Camp, qui associe prises de vues réelles et animation en stop motion, s'avère étonnant, émouvant, craquant.


Dean s'installe dans un Airbnb le temps de se reconstruire. On apprendra vite qu'il vient de divorcer. La belle maison où il a pris ses quartiers est chargée de souvenirs, ceux d'un couple qui s'est lui aussi séparé. Elle est pourtant encore habitée par deux coquillages : le jeune Marcel et sa grand-mère. Dean saisit sa caméra pour filmer leur quotidien. Chaque recoin de la maison et du jardin donne l'occasion au petit bonhomme de faire preuve de son ingéniosité. De son unique oeil, il porte un regard curieux et facétieux sur le monde qui l'entoure. Sa petite voix fluette en fait un moulin à paroles. Peu à peu, avec méfiance d'abord, il s'ouvre à Dean, racontant un traumatisme qui le ronge : sa famille a disparu, probablement emportée dans les valises d'un des anciens propriétaires. Dean décide d'aider son nouvel ami à retrouver les siens, en publiant une vidéo sur YouTube. Marcel devient un phénomène planétaire.

Marcel le coquillage est un film improbable. Pour son sujet : l'histoire d'un créature minuscule laissée quasi à elle-même dans une grande maison. Pour son ton, oscillant en permanence entre la drôlerie et la mélancolie. Et le héros aurait pu être rapidement gonflant, avec sa petite voix hésitante et sa personnalité 100 % positive, sans aucune once de malice ou de méchanceté. Tellement éloigné de notre époque.

Mais voilà, Dean Fleischer-Camp réussit à désintégrer tout cynisme chez le spectateur. Grâce à Marcel, on redécouvre le moindre objet du quotidien. Et on est amené à se poser avec lui des questions à la fois simples et fondamentales : à quoi ça tient l'amour ? pourquoi a-t-on besoin de s'exposer au monde entier ? sait-on encore profiter des émotions pures que nous procure la vie ? pourquoi avons-nous perdu notre capacité d'émerveillement, notre bonté d'âme ? Et de penser au célèbre vers de Lamartine : “Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ?”.

Naïf et sincère

Le film aurait pu être gnagnan, cucul, neuneu et c'est tout le contraire, il réchauffe le coeur et rend parfois les yeux humides. Peut-être que dans sa toute dernière partie, le réalisateur aurait pu se passer d'une ou deux séquences pas vraiment fondamentales, mais je n'ai pas envie de chercher la petite bête. J'ai plutôt envie de vous inciter à passer un peu de temps avec elle. A vous laisser emporter dans un univers tout mignon, créé avec maestria, au point qu'on ne cherche pas à savoir comment c'est fait, quelle technique a été employée. On y croit spontanément et on ouvre grand ses yeux. Le retour à la réalité n'est pas brutal : on emporte un peu de l'ingénuité de Marcel avec nous. Et ça fait du bien.

Anderton


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