Il y a un peu plus d'un quart de siècle, avant de mettre Tom Cruise sur une moto pour le faire sauter d'une falaise, Christopher McQuarrie (quatre Mission Impossible au compteur) a réalisé son premier film, Way of the Gun. Une pépite atypique, entre néo-noir et western, que L'Atelier d'images propose pour la première fois en France dans une édition vidéo 4K UHD et Blu-ray.
Récompensé par l'Oscar du meilleur scénario pour Usual Suspects (Bryan Singer, 1995), Christopher McQuarrie se sent comme Jack sur le Titanic : "The King of the world !". Et comme Jack, il se prend peu après un énorme iceberg en pleine face : Hollywood. Lui qui se voyait déjà seul maître à bord derrière le gouvernail de son premier film en tant que réalisateur doit rapidement déchanter. Les producteurs ne sont pas prêts à lui signer un chèque en blanc. A moins qu'il accepte de refaire un film dans le genre de Usual Suspects. McQuarrie refuse, s'entête et enchaîne les films... en tant que scénariste, crédité ou non. C'est Benicio Del Toro qui le convainc de creuser à nouveau le sillon du film noir pour enfin passer derrière la caméra.
Il signe le script de Way of the Gun. Les producteurs, alléchés à l'idée de refaire un coup à la Usual Suspects, lui en confient la réalisation. Histoire tordue, action, casting alléchant... tous les ingrédients sont présents pour braquer le box-office. Las ! Le public et les critiques ne suivent pas. C'est une balle perdue. Et pourtant, quel film ! L'excellente édition vidéo (comme d'hab chez L'Atelier d'images) permet de (re)découvrir une oeuvre singulière qui préfère emprunter les routes poussiéreuses en territoire inconnu plutôt que filer sur les highways de l'attendu.
Criminables lourdement armés
Voici Parker et Longbaugh. Deux truands à la petite semaine, deux branleurs (au sale comme au figuré) qui décident de kidnapper la mère porteuse d'un riche couple. Problème : le mari bosse pour la mafia. Il met ses gardes du corps sur le coup ainsi qu'un "intermédiaire", chargé de négocier... avant de défourailler. Le duo de criminels refuse de lâcher la poule à l'oeuf d'or. On sait alors que ça ne va pas bien finir.
McQuarrie a soigné ses personnages. Parker et Longbaugh ne sont pas des plus sympathiques. Les autres ne valent pas mieux. Et avant de nous servir un final peckinpesque, le néo-réalisateur prend un malin plaisir à casser chaque code du film d'action. Une course-poursuite en voiture ? Pas de bagnoles fonçant à toute allure dans des crissements de pneus : tout se passe à 20 kilomètre-heure, avec un arrêt tous les 500 mètres. Quant à la scène d'enlèvement, elle débouche bien sur des échanges de coups de feu. Sauf que le spectateur ne fera que les entendre derrière les murs d'un immeuble.
Frustrant ? Pas pour moi en tout cas ! J'ai été embarqué dans ce récit tendu que McQuarrie fait monter crescendo jusqu'au final où, rassurez-vous, vous aurez le droit à un déluge de plomb brûlant dans la chaleur étouffante du Mexique. La mise en scène est clinique mais tranchante. La version restaurée met en valeur la belle photo de Dick Pope, collaborateur fidèle de Mike Leigh, tandis que Joe Kraemer accompagne les images d'une score percutant qui revisite le western spaghetti.
Les huit salopards
Pour interpréter la bande de salopards qui traversent cette histoire, une belle brochette d'acteurs : Benicio Del Toro (impassible et menaçant), Ryan Phillippe (qui s'affranchit de sa bogossitude pour incarner un bandit presque bête et pas loin d'être méchant), James Caan (impérial en vieux gangster implacable sous une apparente bonhommie), Juliette Lewis (qui parvient à donner du relief à la kidnappée sur le point d'accoucher), Taye Diggs (en tueur sans état d'âme). Egalement au casting : Dylan Kussman (ado à baffes dans Le Cercle des poètes disparus), Sarah Silverman dans un petit rôle de fille énervée et énervante et Geoffrey Lewis (le père de Juliette), une gueule du cinéma de papa, souvent vu dans les films de ou avec Clint Eastwood.
En bonus de cette bonne édition, un entretien avec Geoffrey Crété (Ecran Large), qui décortique la production du film et met en parallèle son histoire avec la carrière de son réalisateur. Très bien vu. Ai-je besoin d'en rajouter ?
Anderton

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