Avec Elle entend pas la moto, Dominique Fischbach nous emmène haut et loin, pas seulement dans les magnifiques paysages de Haute-Savoie mais aussi dans les contrées de l'intime et de l'émotion. Elle nous fait assister aux retrouvailles d'une famille dont deux des trois enfants sont nés sourds et cette famille, marquée par la joie, la douleur et la résilience, devient un peu la nôtre.
Un quart de siècle devant la caméra
C'est l'histoire de Manon. Elle entend pas la moto, comme résume son jeune fils, offrant ainsi un joli titre au film. Car Manon est sourde et pendant 25 ans, la réalisatrice Dominique Fischbach l'a filmée, ainsi que sa famille. Cette proximité n'avait rien de planifié. Un premier tournage pour la télévision puis un autre et enfin, cette idée de faire un film à l'occasion de retrouvailles familiales dans le chalet des parents, Laurent et Sylvie. Manon est venue avec son compagnon Anthony et son fils, Mathéo. Barbara, la soeur aînée, la seule enfant non sourde de la famille, n'a pas voulu faire le déplacement. On comprend que ces retrouvailles sont organisées autour d'un événement douloureux, dont le père se remet à peine. Un soir, un drap est tendu dans le salon, un projecteur allumé. Devant nos yeux, défilent des images tournées au camescope : on y découvre Laurent et Sylvie avec leurs jeunes enfants, Barbara, Manon et Maxime, leur petit frère, sourd également. Maxime dont la ressemblance avec Mathéo est troublante.
Le monde du silence
Pourquoi Barbara et Maxime ne sont-ils pas venus rejoindre le reste de la famille en ce bel été où le soleil dore les flancs des montagnes ? Un non-dit pèse sur cette réunion familiale. La préparation d'un repas, une balade à vélo dans la nature, la construction d'un mur, le montage d'une table en bois... autant de séquences dont l'apparente banalité semble empêcher chacun d'évoquer l'indicible. Puis les mots jaillissent, un peu timidement, comme si de rien n'était, jusqu'à ce que ce ruisseau se transforme en torrent émotionnel.
Bataille contre le handicap
Et pendant ce lent dévoilement, Dominique Fischbach mêle présent et passé, images tournées par ses soins et par la famille. On découvre comment Laurent, Sylvie, Barbara, Manon et Maxime ont fait face au handicap. Comment ils l'ont surmonté pour certains, comment ils l'ont contourné pour d'autres, avec plus ou moins de réussite. On est confronté au difficile choix des parents (oralisme ou langage des signes ?), aux difficultés des enfants (pas de classe adaptée, un professeur qui se tourne vers le tableau et Manon ne peut plus lire sur ses lèvres), aux rêves qu'ils sont contraints d'abandonner (la gymnastique pour Manon) ou auxquels ils s'accrochent. On ressent leur grande solitude et leur volonté de ne pas se laisser abattre, avec une calme résolution pour Sylvie ou une détermination alimentée par la rage pour Manon. Et puis, il y a Barbara, grande soeur exemplaire, prévenante mais aussi sincère.
Une famille comme les autres
La réalisatrice filme l'universalité des liens familiaux, les rires partagés, les disputes d'ado, les jeux d'enfants, les parents qui emmènent leurs enfants chez le docteur ou au gymnase. La découverte d'un monde nouveau (celui du handicap) se fait dans un cadre ultra-familier. Notre guide, c'est Manon, une battante qui trouve les mots justes malgré une élocution pénalisée par son handicap. Elle nous transmet son énergie solaire, sa colère intacte, son goût de la vie, son amour. Et nous sommes bouleversés.
Manon et Dominique Fischbach reviennent sur cette aventure cinématographique hors du commun, dans deux bons bonus proposés par Epicentre Films dans son DVD. Que vous recommande donc chaudement.
Anderton

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