mercredi 13 août 2014

Robin Williams : 10 films cultes... ou pas


Artistes : Un choc. C’est de cette façon qu’on peut qualifier la façon dont a été reçue la nouvelle de la disparition de Robin Williams, à l’âge de 63 ans, le 12 août au matin. Et dont témoigne le très émouvant papier d’Anderton, Robin Williams : un héros disparaît. Car au-delà de ses qualités artistiques, Robin Williams incarne à l’instar d’un Bill Murray, Jim Carrey ou Steve Martin une certaine idée de l’entertainment made in Hollywood : l’irrespect, le non-conformisme, la part d’enfance, le déguisement et le travestissement. Né à Chicago en 1951, il s’impose à la télévision à la fin des années 70, avant de devenir extrêmement populaire au cinéma au tournant des années 1980-1990.

Deux lignes de force se dégagent de ses compositions : d’une part, un goût prononcé pour les rôles d’enseignants, de passeurs, auprès desquels un groupe ou bien des êtres esseulés vont trouver le chemin de la rédemption (et pour preuve, il recevra un Oscar pour ce type de personnage grâce à Gus van Sant et Will Hunting en 1998) ; et, d’autre part, à l’opposé, un vrai penchant pour les rôles d’adultes qui refusent de grandir et qui privilégient leur regard d’enfants, parfois empreint de naïveté, leur goût pour le jeu et le déguisement. Rôles qui donneront lieu à ses grands succès au BO des années 80, Hook, Jumanji, Madame Doubtfire, Au-delà des rêves ou bien le remake US de La Cage aux folles.

La dernière partie de sa carrière, en demi-teintes, laisse un goût d’inachevé. Notamment en raison d’un virage dramatique, certes bien pris par l’acteur, mais peu suivi par le public. Et peu suivi non plus par les réalisateurs de la nouvelle génération – les Soderbergh, Tim Burton ou frères Coen qui auraient pu exploiter la vis comica et le côté freak de l’acteur au profit de leurs univers. Et versant comique, on aurait aimé voir la veine comique de Robin Williams exploser aux côtés d’un Will Ferrell ou s’intégrer à l’univers d’un Judd Apatow.

Retour sur 35 ans de carrière en 10 films, pas forcément les plus populaires !


1980 : Popeye
, de Robert Altman. Premier grand rôle au cinéma pour Robin Williams, dans le rôle-titre. Le regard acerbe d’Altman s’accorde mal à l’univers du comics. Malgré un budget colossal pour l’époque, le film, produit par Disney, est un échec cuisant au BO. Et retarde son arrivée au cinéma.



1982 : Le Monde selon Garp, de George Roy Hill. Réputé inadaptable, le roman de John Irving trouve en Steve Tesich (Georgia, L’œil du témoin) le scénariste idéal. Qui est parvenu à synthétiser ce monde fantasmagorique et déjantée, créé par ses propres personnages. Une véritable symphonie de groupe qui se présente comme une radiographie excentrique de l’Amérique perdue de l’après Vietnam, brillamment orchestrée par George Roy Hill (L'Arnaque, Butch Cassidy et le Kid). Robin Williams dans le rôle-titre, y déploie tout l’arc de son jeu d’acteur, du comique pur à l’émotion la plus contenue, en passant par l’extravagance. Peut-être son meilleur rôle ?




1987 : Good Morning Vietnam, de Barry Levinson. LE rôle de la consécration. Dans le rôle de l’animateur radio chargé d’entretenir le moral des troupes engagées au Vietnam, Robin Williams s’impose à la fois aux yeux du public et de la critique. Véritable hit, maintes fois imité, jamais égalé. Le premier film de sa fructueuse collaboration avec Barry Levinson (3 films au total). 




1988 / 1991 : Baron Münchausen / Fisher King, de Terry Gilliam. Ces deux-là ne pouvaient que s’accorder : excentriques, rois de l’onirisme et des coqs à l’âne, leur collaboration a généré deux des meilleurs films de Terry Gilliam. Si dans le premier, Robin Williams est à peine crédité au générique – il faut dire qu’il n’y joue qu’avec sa tête, dissociée de son corps ! – dans le second, son duo avec Jeff Bridges reste dans les annales. Variation sur la légende du Roi Arthur, Robin Williams y joue le rôle d’un ex-professeur de littérature clochardisé qui va, malgré lui, permettre à son acolyte d’accéder à la rédemption. Le meilleur Terry Gilliam.
 




1989 : Le Cercle des poètes disparus, de Peter Weir. Mr Keating, ou le rôle d’une vie. S’il ne devait rester qu’un seul titre de sa filmographie, c’est évidemment celui de ce professeur atypique, qui préfère initier ses élèves à la vie et la liberté plutôt qu’aux savoirs académiques, éveilleur les forces vives et pulsionnelles des individus plutôt que leur intellect. En tout point conforme aux thématiques du réalisateur de Mosquito Coast, Le Cercle doit beaucoup à l’interprétation lyrique et passionnée de Robin Williams. Immense succès au BO.





1992 : Toys, de Barry Levinson. Rien à faire : c’est le film le plus méconnu de sa carrière. Une usine à jouets devient le théâtre de l’affrontement entre un général martial, des héritiers généreux et des jouets détournés de leurs fonctions ludiques. Fable amère et freak sur l’Amérique contemporaine qui mériterait d’être réévaluée. Et qui aurait pu être signée Tim Burton. Casting monstre – Michael Gambon, Robin Wright, LL. Cool J, Jamie Fox, et le vétéran Donald O’Connor, Four monstrueux à sa sortie…





1996 : Jack, de Francis Coppola. Castor. Là encore, un trésor à réévaluer, qui livre des clés pour mieux comprendre son acteur et son réalisateur. En racontant l’histoire de cet homme dont le corps vieillit 4 fois plus vite que son âge, Coppola et Williams y délivrent une part de leurs secrets : la quête de l’éternité, la nécessité de conserver un esprit d’enfant le plus longtemps possible. Et ce, sans éviter les régressions scatologiques qui vont avec ! A redécouvrir. Et malgré cette double association, nouveau four au BO.
 




1997 : Harry dans tous ses états, de Woody Allen. Un rôle mythique : celui de cet acteur qui devient flou, « out of focus » symptôme involontaire de l’impuissance créatrice et sexuelle qui guette le héros du film, joué par Woody Allen himself. Comme de nombreuses autres stars américaines ayant joué dans les films du réalisateur, Robin Williams n’y fait qu’un caméo, mais mythique !.
 




2002 : Insomnia
, de Christopher Nolan. Dans ce remake d’un polar norvégien, Robin Williams joue un serial killer qui fait chanter un inspecteur (Al Pacino) frappé d’insomnies dans le cadre estival de l’Alaska, où le soleil ne se couche jamais. Virage résolument à contre-courant pour Robin Williams, dans ce rôle de pervers manipulateur. Et qui vient confirmer que les grands acteurs comiques font souvent les meilleurs méchants.  





2006 / 2011 : Happy Feet 1 & 2, de George Miller. Impossible de passer sous silence ici la voix de Robin Williams. Capables d’imitations et de prestations vocales hors du commun, il a prêté sa voix à de nombreux longs métrages – Intelligence Artificielle, de Spielberg – comme à de nombreux films d’animation, la voix du génie d’Aladin, c’est lui ! Mais sa – double ! – prestation vocale la plus notable reste sans conteste celle de Happy Feet. Que ce soit en Lovelace, sorte de Barry White de banquise, et en Ramon, le manchot en mal d’amour épris de Carmen, il donne vie à ses personnages comme peu d’acteurs vocaux ont su le faire.




Travis Bickle


1 commentaire:

Jérome Sopoçko a dit…

Oui Toys est un film interressant - et dont personne ne parle jamais, ahem presque jamais - j'ai une copine qui l'avait compare a une oeuvre de Magritte. Le film est superbe, lent et bizarre avec Robin Williams deja dans un role de Peter Pan