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mercredi 27 mai 2026

Urgence et Tir à vue : le double visage du polar français des années 1980

Urgence Tir à vue polar Blu-ray CINEBLOGYWOOD

Néons, bitume et politique... le milieu des années 1980 marque un véritable âge d'or pour le polar français, avec près de trente productions annuelles sur les écrans. C'est dans ce contexte d'effervescence que sortent deux œuvres singulières, et, avouons-le, un peu oubliées, récemment remises en lumière par les éditions Arcadès : Tir à vue (1984) de Marc Angelo et Urgence (1985) de Gilles Béhat.


Urgence : thriller politique au rythme des synthétiseurs

Après le succès colossal de Rue Barbare, Gilles Béhat délaisse le western urbain post-apocalyptique pour un thriller politique plus ancré dans le réel. Co-écrit par Jean Vautrin, le film suit Jean-Pierre Mougin (Richard Berry), un journaliste sportif projeté dans une enquête dangereuse après le meurtre d'un confrère qui détenait des preuves sur un complot néo-nazi.

Prototype d’une esthétique purement eighties - caméra portée, usage massif des synthétiseurs et atmosphères nocturnes pluvieuses – Urgence, malgré ses outrances, reste un divertissement souvent haletant qui parvient à imposer des standards d'action américains dans un cadre typiquement français. Si la prestation de Richard Berry est parfois excessive, le film frappe les esprits par son efficacité et son refus de faire des policiers des héros. Et témoigne frontalement de la montée de l'extrême droite et ses collusions avec le pouvoir. Qui pour faire de même aujourd’hui ? Peu de monde au portillon du polar français...

Tir à vue : Bonnie & Clyde à la française

Unique incursion de Marc Angelo – frère du célèbre chef opérateur Yves Angelo - au cinéma, Tir à vue s’apparente à un Bonnie & Clyde à la française. On y suit Richard (Laurent Malet), un jeune marginal ivre de vengeance après la mort de son frère, qui entraîne Marilyn (Sandrine Bonnaire) dans une spirale de braquages et de meurtres.

Avec le recul, malgré ses défauts, le film demeure une curiosité, oscillant entre le polar urbain et interlope, et le film érotique chic et choc, si prisé dans les années 80 – souvenons-nous de La Femme publique, par exemple. Malgré l'invraisemblance du duo d'enquêteurs incarné par les improbables Jean Carmet et Michel Jonasz, et des dialogues parfois maladroits, la performance de Sandrine Bonnaire, alors âgée de 17 ans, constitue le cœur du film. Elle y campe, aux côtés d’un Laurent Malet, simili Bernard Giraudeau, jeune star montante des années 80, un personnage sauvage et fougueux, loin de son rôle de Suzanne dans A nos amours, qui l’avait révélée au grand public. Prestation qui restera sans lendemain, en raison de l’échec du film et des difficultés qu’elle rencontre sur le tournage. 

Plaisirs coupables et témoignages esthético-sociologiques

A l’instar de Poussière d’ange, d’Edouard Niermans (1987), ces deux films témoignent à un leur façon d'une époque où le cinéma de genre à la française cherchait ses limites avant d'être happé par les productions télévisuelles, type Julie Lescaut ou Navarro. Si Urgence se distingue par sa qualité technique, (lumière signée Pierre Lhomme et décors Jean-Pierre Kohut-Svelko), Tir à vue agit comme un plaisir coupable pour son aspect interlope et sa description d'une jeunesse déshumanisée, propre aux années 80. Malgré leurs défauts, ces films constituent de remarquables témoignages esthético-sociologiques pour comprendre le paysage audiovisuel de l'époque.

Bonus et compléments

Les éditions Blu-ray proposées par Arcadès, bien que techniquement perfectibles (souvent de simples numérisations HD plutôt que de réelles restaurations), offrent un accompagnement éditorial de qualité grâce à l'historien du cinéma Jérôme Wybon.

Pour les deux éditions :

  • Le Polar des années 80 / Le Cinéma français en garde à vue (env. 18 min) : un document passionnant où Jérôme Wybon revient sur l'évolution du genre, depuis le virage réaliste de La Guerre des polices (1979) jusqu'à l'explosion des années 80 incarnée par des réalisateurs comme Luc Besson ou Bob Swaim, ou des vétérans, tels Alain Corneau ou Jacques Deray.

Bonus spécifiques à Urgence :

  • Un thriller politique (env. 8 min) : Wybon recontextualise la production du film en 1985, année pic pour le polar français, et analyse les changements opérés par rapport au roman original de la Série Noire, Qui vous parle de mourir ?

Bonus spécifiques à Tir à vue :

  • Un Bonnie & Clyde moderne (env. 8 min) : Une présentation qui resitue le film dans la carrière de Marc Angelo (ancien assistant de Boisset) et pointe des anecdotes techniques, comme la présence d'Yves Angelo au cadre.

Travis Brickle

 

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