Dossier

mardi 18 juillet 2017

Baby Driver : fun, en roue libre et à pleins tubes

En salles : Pneus qui crissent, morceaux qui claquent. Avec Baby Driver, Edgar Wright signe un polar musical survitaminé. Grosses sensations mais dérapages pas toujours contrôlés.



Baby Driver, c'est le rejeton de Dominique Pinon dans Diva et Ryan Gosling dans Drive. Soit un as du volant taiseux et introverti avec les écouteurs vissés aux oreilles. Sauf qu'il n'est pas branché musette (comme Pinon) mais pop-rock-soul. Avec une prédilection pour les tubes que les rappeurs ont archi-samplés. Pilote hors pair pour braqueurs, Baby (c'est le nom du personnage) choisit ses morceaux en fonction du casse et de la course-poursuite. Ce qui donne lieu à des séquences d'anthologie dans lesquelles Wright fait montre de toute sa virtuosité de metteur en scène. Les mouvements de caméra épousent les mélodies, les bruitages aussi. Il y a notamment une scène de canardage où les coups de feu claquent au rythme de Tequila !


Et comme Baby écoute de la musique non stop, les morceaux s'enchaînent plus rapidement qu'un Top 10 sur MTV. D'où l'impression d'assister à une succession de clips - bourrés de références, of course. Pour autant le récit a du sens. De même que la mélomanie exacerbée (pathologique pour être plus exact) de Baby. Je n'en dis pas plus.

 Disney filmé par Tarantino

La première partie du film mise tout sur le fun. Humour et morceaux de bravoure. Aussi bien musicaux et sonores que cinématographiques. Comme l'a bien résumé le compère Marcel Martial, on dirait du Disney filmé par Tarantino. Et c'est vrai que Baby Driver ressemble à un conte de fée moderne. Le gentil est un vrai gentil, les méchants des sacrés salopards. Et il y a une princesse. Love story mimi. Mais par petites touches, l'envers des braquages se dévoile. La violence se fait plus présente. Le film bascule vers un polar plus sombre. Sanglant. Avec toujours la musique, prépondérante. Jusqu'à un final que, pour ma part, j'ai trouvé too much. Zik saturée, séquence grand guignolesque. Edgar Wright en roue libre a voulu nous en mettre trop plein la vue... et l'ouïe.

Au-delà des séquences survoltées et de la qualité de la B.O., le film tient grâce à son casting. Jamie Foxx, Jon Bernthal, Jon Hamm, Kevin Spacey et Eiza Gonzalez incarnent des bandits certes caricaturaux mais ils les jouent à fond, sans chercher à trop mettre de psychologie là où l'on n'en attend pas en fait. Concernant Ansel Elgort (Baby) et Lily James (son amoureuse), je suis partagé. Ils manquent un peu de caractère et en même temps, ils apportent une fraîcheur bienvenue dans ce monde de brutes sanguinaires. Et l'effacement relatif d'Elgort est raccord avec le caractère de son personnage. 

Atlantata Land

Enfin, le dernier attrait du film est lié à Atlanta, une ville souvent utilisée par Hollywood pour servir de décor à ses blockbusters (notamment les Marvel ou les Hunger Games). Au départ, Wright avait situé l'action de Baby Driver à L.A. Quand il a appris que le tournage se déroulerait dans la capitale de Géorgie, il a réécrit son scénar. Et intégré des lieux cultes (ou amenés à le devenir), tels la pizzeria Goodfellas, l'Octane Coffee ou la boutique Criminal Records, comme l'explique bien cet article de Paste.

A l'instar des plans de roues, de vinyls ou de tambours de machines à laver, Baby Driver est un film qui tourne à plein. Quelquefois, le moteur s'emballe, l'auto-radio se dérègle, les pneus patinent mais Wright remet son bolide sur la bonne voie, dans un crissement de pneus. Ces imperfections n'empêchent pas de sortir de la salle en se disant qu'on a pris son pied. Au plancher.

Anderton


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