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vendredi 11 novembre 2022

La Chaîne : un grand film de Stanley Kramer à (re)découvrir

La Chaîne Blu-ray CINEBLOGYWOOD

En Blu-ray : Incompris, voire mal aimé par la critique, Stanley Kramer a pourtant réalisé quelques grands films au sein d'une filmographie il est vrai inégale. Parmi ses réussites, figure La Chaîne (The Defiant Ones, 1958) que L'Atelier d'images propose en vidéo dans une version restaurée HD accompagnée de bonus passionnants.


Quelque part dans le Sud des Etats-Unis, un camion transportant des prisonniers se renverse sur la route. Enchaînés l'un à l'autre, Noah et John s'en sortent indemnes et s'enfuient dans la nature. Leur échappée est compliquée par la haine que John, blanc, voue à Noah, noir. Mais il n'ont pas le choix, ils doivent collaborer pour espérer échapper aux forces de l'ordre qui ont organisé une battue, sous la responsabilité du shérif Muller.

Stanley Kramer met en scène avec efficacité et inventivité ce qui aurait pu être une bonne série B. Dès le premier plan, on est captivés par la manière dont le cinéaste filme le récit qui réserve son lot de suspense et de rebondissements. Kramer parvient à maintenir tendu le fil de l'action tout en soignant les personnages, dont les personnalités tranchées les rendent immédiatement marquants, y compris les seconds rôles (bonne interprétation toute en nuances du shérif par Theodore Bikel). Mais ce sont évidemment les deux protagonistes qui confèrent au film son originalité et sa force.

Métaphore et Lefort

Ce binôme malgré lui est comme une métaphore de l'Amérique de la fin des années 1950. Les Afro-américains sont relégués au rang de citoyens de seconde zone par des Blancs, qui oscillent à leur égard entre racisme décomplexé et méfiance exacerbée. C'est même la défiance (du titre original du film) qui caractérise les relations entre les uns et les autres, entre Noah et John. Ils partagent pourtant des traits communs : ces deux laissés pour compte se sont rebellés contre l'injustice dont ils étaient victimes, enragés par la morgue des puissants. Une rage qui alimente leur esprit de survie de même que l'animosité qu'ils entretiennent l'un pour l'autre. 

Les personnages sont incarnés avec force par deux comédiens habités, Tony Curtis qui exprime sa colère avec expressivité et Sidney Poitier qui la fait ressentir de manière toute aussi implacable mais avec une retenue qui en dit long sur la maîtrise de soi de son personnage. Là encore, le spectateur est fasciné par cet échange entre deux artistes qui donnent le meilleur d'eux mêmes.

Dans un passionnant entretien, Sylvain Lefort (cofondateur de Revus & Corrigés et de Cineblogywood) revient en détail sur la carrière de Stanley Kramer, l'injuste purgatoire dans lequel il est confiné (lui qui fut le premier artiste à avoir son étoile sur le Walk of Fame d'Hollywood Boulevard) mais aussi le contexte du film et sa production. Autre bonus : l'analyse de la séquence d'ouverture, qui révèle tout le savoir-faire d'un cinéaste à (re)découvrir d'urgence.

Anderton


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