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samedi 22 avril 2023

Public Domain : comics, ton univers impitoyable

Public Domain BD comics CINEBLOGYWOOD

A lire : C'est l'histoire d'un dessinateur qui a inventé un super-héros mais n'en est pas propriétaire. Cela vous évoque quelque chose ? Dans Public Domain, dont Urban Comics publie le premier tome, Chip Zdarsky évoque le combat des artistes face aux grandes maisons d'édition pour conserver les droits de leurs créations. Drôle et féroce.


Super-héros de bande dessinée, The Domain est devenu une star du grand écran, rapportant des millions de dollars à la maison d'édition Singular. Le scénariste Jerry Jaspers, son co-inventeur, profite des royalties depuis sa luxueuse villa sur la Côte Ouest. L'autre créateur du personnage, le dessinateur Syd Dallas, vivote dans un pavillon de banlieue sur la Côte Est : il avait abandonné ses droits à l'éditeur. Au grand dam d'un de ses deux fils, bien décidé à ce que son père touche sa part du gâteau et redevienne propriétaire de sa création.

Tout amateur de comics pense immédiatement aux affaires similaires qui ont impliqué Stan Lee et certains de ses partenaires (Jack Kirby ou Steve Ditko), Jerry Siegel et Joe Shuster pour Superman ou encore Bob Kane et Bill Finger pour Batman. A chaque fois, les dessinateurs se sont faits gruger, n'obtenant la reconnaissance de leur paternité sur leur créature qu'au terme d'une longue et épuisante bataille judiciaire. Urban Comics a d'ailleurs publié deux excellents romans graphiques sur les destins brisés de Joe Shuster et Bill Finger

Le droit dans l'engrenage

Chip Zdarsky connaît ces histoires, et beaucoup d'autres. Car l'industrie des comics a exploité bien des talents et broyé de nombreuses existences. Dans la préface, l'auteur explique qu'il savait à quoi s'attendre en rejoignant cet univers exaltant mais impitoyable. S'il a accepté les règles du jeu édictées par Marvel, DC & Co, il indique avoir tout de même veillé à "consacrer une grande partie de [son] énergie à des créations dont [il] détiendrai[t] la propriété".

Dans Public Domain, il accorde beaucoup de soin à ses personnages, des losers magnifiques qui nous émeuvent par leur naïveté. Il y a Syd, le cocréateur qui semble avoir accepté son sort, se réjouissant de toucher quelques miettes d'un immense pactole, heureux comme un môme de voir son personnage prendre vie à l'écran. L'artiste déconnecté de la réalité dans toute sa splendeur. Miles, l'un des fils, est enragé par cette injustice. Tel Don Quichotte, il veut partir à l'assaut de l'éditeur, un géant de l'entertainment. Si son frère se contenterait bien de récupérer quelques billets pour éponger ses dettes et si son père hésite à attaquer son ancien employeur, Miles espère pour sa part une compensation bourrée de zéros, et surtout il exige que les droits de Syd Dallas soient pleinement rétablis.

Evidemment, ce combat de bras cassés contre une entreprise implacable donne lieu à des situations cocasses mais aussi touchantes. Zdarsky nous tient en haleine tout au long de ces cinq premiers chapitres (découvrez les premières planches). Une belle découverte, au prix de lancement riquiqui : dix euros. Cela les vaut. Et ils iront (en grande partie) dans la poche de Chip. 

Anderton


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