samedi 14 mars 2026

Jinx : quand Brian Michael Bendis bouscule les codes des comics

Brian Michael Bendis Jinx BD comics CINEBLOGYWOOD

Avant d'apposer sa griffe sur les univers de Marvel et DC Comics, Brian Michael Bendis a revisité le polar en bande dessinée en y apportant une narration et un style graphique inédits. La réédition, augmentée, de Jinx chez Delcourt permet d'en saisir toute l'originalité.


Jinx en anglais désigne la malchance, la poisse. C'est aussi le prénom d'une chasseuse de primes. Forcément, elle va porter la scoumoune à deux pitoyables escrocs qu'elle a croisés dans un bar miteux. Elle aurait pu arrêter Goldfish et Columbia mais il a fallu qu'elle s'amourache du premier. Et puis, les deux acolytes sont à couteaux tirés : ils ont appris l'existence d'une planque où les attendent trois millions de dollars. Problème : le magot appartient à la mafia. La tension est à son comble au sein du binôme d'autant que Jinx est bien décidée à croquer une part du gâteau.

Brian Michael Bendis Jinx BD comics CINEBLOGYWOOD

Tarantinesque

Sorti chez un petit éditeur américain à la fin des années 1990, Jinx évoque le cinéma indie US de l'époque. On pense notamment aux premiers films de Tarantino : comme dans Reservoir Dogs et Pulp Fiction, on retrouve dans cette BD de BMB des personnages barges et un peu cons qui se perdent dans des conversations sans fin, avec quelques digressions sur la pop culture, et que viennent interrompre des explosions de violence.

Brian Michael Bendis construit un récit façon puzzle, avec quelques flashbacks qui permettent d'en apprendre davantage sur les protagonistes, et révèle son art du dialogue. Un dialogue qu'il n'hésite pas à faire courir sur les pages. Jusqu'à seize bulles peuvent être associées sur plusieurs cases. Ce qui rend les propos vivants et authentiques, jusque dans les hésitations qui entrecoupent les phrases.

Collage xérographique

L'autre grande originalité de Jinx, c'est son style graphique. Pour illustrer certaines séquences, l'auteur s'est inspiré de photos qu'il a faites avec deux comparses ; dans d'autres cas, il a intégré les clichés à ses planches selon la technique du "collage xérographique". En résulte un patchwork étonnant, qui peut même déconcerter, de dessins stylisés et de photos dégradées qu'unit un traitement en noir et blanc, avec des zones d'ombres et de lumière franches, tranchées (découvrez les premières planches).

Delcourt propose dans ce recueil de 464 pages plus de soixante pages de bonus sur la création de l'oeuvre. Bendis y détaille son approche et sa vision de la bande dessinée, partageant au détour quelques "mantras philosophiques" et conseils à l'attention des futurs auteurs de comics. Un art dans lequel tout n'est pas que question de chance.

Anderton


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