Présenté au Festival de Cannes 2025 et récompensé aux César 2026, La Femme la plus riche du monde sort en vidéo chez Blaq Out. Son réalisateur Thierry Klifa nous fait pénétrer dans les demeures et la psyché des ultra-riches, avec pour guide Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Marina Foïs et Raphaël Personnaz. Est-ce que ce film le vaut bien ? On vous donne notre avis sans spoiler.
Inspiré d'une histoire vraie
La Femme la plus riche du monde est inspiré de la relation que Liliane Bettencourt, milliardaire et fille du fondateur de L'Oréal, a entretenu avec l'artiste François-Marie Banier. Dans le film de Klifa, Marianne Farrère, héritière d'un groupe de cosmétiques, s'ennuie au sein de son hôtel particulier de Neuilly. Pour lui changer les idées, sa fille Frédérique la convainc de poser pour un magazine à la mode. C'est le photographe Pierre-Alain Fantin qui vient faire son portrait. Malgré sa réputation sulfureuse de séducteur de vieilles dames riches, il s'attire les faveurs de Marianne, amusée par son insolence et sa joie de vivre. Elle devient son mécène, en fait son confident. Sa fille, son mari, son majordome se méfient de l'artiste, dont les manières détonnent et choquent. Découvrez la bande-annonce :
Bienvenue chez les ultra-riches
Dans un entretien proposé dans l'édition vidéo, Thierry Klifa révèle avoir voulu faire découvrir un monde rarement montré dans le cinéma français : celui des ultra-riches. Un microcosme où règne l'entre-soi, où l'argent s'étale et n'a plus aucune valeur, où les bonnes manières cachent des comportements odieux, où les sentiments sont étouffés, tout comme les secrets de famille. Difficile d'imiter la richesse ; c'est pourquoi les décors et accessoires sont particulièrement soignés. Le cinéaste souligne qu'Isabelle Huppert porte de vrais bijoux. Le chic ne supporte pas le toc. Et nous, spectateurs, pénétrons dans ces demeures élégantes, ces villas de rêve avec une curiosité un peu malsaine et teintée de jalousie. On est frappés par leur silence, l'absence de vie. Lugubres dorures.
Les maîtres offrent à leur personnel une politesse condescendante ; les valets présentent une irréprochable soumission. Jusqu'à ce que, dans l'intimité, les masques tombent, les barrières s'évaporent et le tutoiement surgisse. Comme dans Masques justement (Claude Chabrol, 1987) ou Django Unchained (Quentin Tarantino, 2022).
Un scénario et des dialogues piquants
Avec ses coscénaristes Cédric Anger et Jacques Fieschi, Thierry Klifa signe une histoire captivante, habitée de personnages fantasques ou effacés dont on découvre progressivement la profondeur et l'humanité derrière le rôle qu'ils se donnent ou acceptent de jouer. Les répliques claquent et font mouche. On ricane, on rit fort.
Lafitte et Huppert, couple flamboyant
Le César du meilleur acteur à Laurent Lafitte, il est mérité mais c'est le billet de 500 euros qui cache le compte en Suisse. Tout le casting est excellent. Honneur au récompensé : on le sait que Laurent Lafitte peut tout jouer, sait tout jouer, du drame à la comédie, toujours dans la nuance même quand il lâche les chevaux. Ici, il campe un exubérant qui ne dissimule pas son goût pour le fric. Il parle fort, se fout des codes, pisse sur les roses, envoûte la patronne. Plus ses flatteries sont énormes, plus Marianne est séduite. C'est un gamin capricieux donc franc et méchant. On devrait le détester mais Lafitte ne le permet pas. Il rend même Pierre-Alain touchant. Et si derrière tout ce cinéma, il y avait une vraie histoire d'amour ?
Isabelle Huppert est une reine. Forcément à l'aise dans ce rôle de grande bourgeoise que l'ennui pousse à la dépression et qui revit grâce à un gigolo dont elle a compris les agissements dès le premier jour. Qu'importe ! Sa fortune incalculable, elle s'en sert pour s'acheter de la joie. On devrait la mépriser mais Huppert ne le permet pas. Elle rend Marianne bouleversante. Et si derrière cette apparente faiblesse, il y avait une vraie histoire d'amour ?
Casting au diapason
Encore une fois, Marina Foïs nous cueille par la justesse de son interprétation, à la fois sobre et intense. Elle campe une fille en mal d'amour maternel, consciente d'avoir poussé sa mère dans les griffes d'un profiteur. Raphaël Personnaz est parfait en majordome d'une loyauté absolue et dont on comprend que sa vie d'avant n'a pas toujours été simple. Parfait également, André Marcon en mari veule et lâche et Mathieu Demy en gendre bien comme il faut. Joseph Olivennes, qu'on a bien aimé dans Le Roi Soleil, incarne avec beaucoup de naturel Raphaël, le compagnon de Pierre-Alain. C'est le seul personnage sain, sans arrière-pensée. Et puis plaisir de revoir Anne Brochet, sa courte apparition est un moment de grâce.
La Femme la plus riche du monde est une comédie corrosive, interprétée par un casting impeccable, et qui lève autant le voile sur l'univers des nantis que sur leurs secrets mesquins et les souillures de la société française. Ultra réussi.
Anderton

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