mardi 17 mars 2026

Signes extérieurs de richesse : l'amour du fisc

Signes extérieurs de richesse Blu-ray CINEBLOGYWOOD

Merci à Rimini Editions ! Je n'avais pas revu Signes extérieurs de richesse (1983) depuis bien avant que je commence à payer des impôts, c'est dire ! Sa sortie en Blu-ray, dans une belle version, m'a permis de le redécouvrir, moi qui avais usé la VHS sur laquelle nous l'avions enregistré lors d'un passage à la télé. Et rien n'a bougé grâce à Brasseur, Balasko, Marielle et une tripotée de bons seconds rôles, des dialogues et situations très drôles, avec du Johnny Hallyday en prime.  


Il faut remettre le film dans son contexte. François Mitterrand a été élu président en 1981 et la Ve République connaît sa première alternance. La constitution d'un gouvernement composé de socialistes et de communistes inquiète nos alliés (l'ambassadeur des Etats-Unis demande à être reçu à l'Elysée pour savoir si la France va rejoindre le bloc soviétique !) tandis que nos compatriotes dotés d'un petit (ou gros) capital font le voyage en Suisse pour aller planquer leurs économies. Laurent Fabius, alors ministre délégué au Budget, décide de s'attaquer à la fraude fiscale. Thierry Le Luron, immense vedette de l'époque et soutien de Giscard qui dézingue la gauche le samedi soir dans les émissions de variétés, en fait les frais, enchaînant trois contrôles fiscaux. Bref, la France de droite a peur.

Le deuxième film de Jacques Monnet, après Clara et les chics types, plonge au coeur de cette psychose. Vétérinaire parisien et jetsetteur, le docteur Jean-Jacques Lestrade apprend qu'il va faire l'objet d'un contrôle fiscal. Au grand dam de ses proches, il prend la nouvelle avec humour et sérénité. Mais il va vite déchanter : Jérôme, son ami qui tient ses comptes, lui avoue ne pas être expert-comptable mais expert en comptabilité (!) tandis que Béatrice, l'inspectrice des impôts, s'avère incorruptible et coriace.

My casting is rich

Jacques Monnet, qui a fait le comédien notamment dans deux films de Jean-Jacques AnnaudLa Victoire en chantant et Coup de tête (il fait une courte apparition dans Signes extérieurs...), évite l'écueil du pamphlet politique. Tout juste apprend-on que Lestrade a soigné le chien d'un homme qui a voté pour le RPR ! La mise en scène est sobre mais efficace, et le scénario, que Monnet signe avec Alain Godard (collaborateur d'Annaud sur plusieurs de ses films), choisit la nuance. Situations et répliques sont très drôles et parfaitement interprétées par un casting impeccable. Il y a a d'abord les têtes d'affiche : Claude Brasseur (qu'on a tendance à oublier, je trouve) campe avec beaucoup de finesse un toubib qui perd de sa superbe et dévoile ses touchantes faiblesses ; touchante aussi, Josiane Balasko qui joue la retenue pour incarner une inspectrice un peu coincée et solitaire ; et Jean-Pierre Marielle, énorme, tout en éclat de voix et fanfaronnade dans le rôle de l'expert en comptabilité qui n'y connaît que dalle.

Et puis, il y a toute une galerie de seconds rôles, le sel du cinéma français. Tous au taquet, dans le ton. Il y a le regretté Xavier Saint Macary, en couturier aussi élégant et inquiet que lâche, qui partage d'ailleurs une scène avec son frère, Hubert Saint Macary. Il y a aussi Roland Giraud, en employé de banque égoïste, Charlotte de Turckheim en épouse délaissée, l'également regrettée Pascale Ogier en "Pierrette" lunaire dont chaque réplique est hilarante, et même le tout jeune Jean Reno en inspecteur des impôts. Et puis, toutes ces "gueules" familières : Jean Rougerie ("Achtung" dans La 7e Compagnie), Jean-François Rémi, Jean-Paul Muel, Louis Navarre ("Monsieur, vos slips !" dans Je suis timide mais je me soigne), Patricia Karim (la femme du chef Chaudard dans La 7e Compagnie au clair de lune), Etienne Draber ("Tu seras un homme mon fils" dans Les Sous-doués), Max Mégy, Serge Sauvion (dont on entend juste la voix si reconnaissable), Claude Legros, qu'on voit de loin, en pêcheur mécontent et même Jean-Marie Proslier grimé en vieille dame dans un cadre photo !

Johnny en embuscade

Le film nous replonge dans une époque, celle du début des années 1980, qu'on regarde avec étonnement et un brin de nostalgie pour ceux qui l'ont vécue. Marielle se gare, ferme la portière de sa voiture avec une clé et entre dans la clinique vétérinaire avec un sac Prisunic... Autre madeleine : le jingle du générique annonçant les pubs sur TF1, suivi de la chanson pour Hollywood chewing-gum.

La chanson-titre, catchy, est interprétée par notre Johnny Hallyday national. Egalement soutien de VGE, l'idole des jeunes verse dans la politique. En témoignent ces paroles : "Quand je pense que dans mes disques, Ma voix vibre sous un diamant, Je me dis que je prends des risques, Des risques d'or évidemment". On retrouve Jojo dans l'll make you believe in love again, un slow avec paroles en anglais if you please ! La musique du film est d'ailleurs composée par Hallyday avec deux de ses collaborateurs : Pierre Billon (qui signera La Bamba triste) et Eric Bouad (futur moustachu des Musclés connu pour son art du yodel). Schnockissime !

En bonus de cette édition vidéo, un entretien avec Josiane Balasko qui partage quelques anecdotes de tournage et évoque son premier contrôle fiscal ! Il manque le formidable strip-tease de Jean-Pierre Marielle, venu faire la promo du film chez Drucker en 1983 donc on vous le pose là.

Que ça ne vous empêche pas d'acquérir le Blu-ray de cette excellente comédie. Et pas besoin de le déclarer sur votre feuille d'imposition ! 

Anderton


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