mercredi 26 août 2026

La Grazia : fin de règne et l'espoir malgré tout

La Grazia Blu-ray CINEBLOGYWOOD

Derniers jours du président de la République. Je ne parle pas de la situation politique française mais de la trame de La Grazia, le beau film de Paolo Sorrentino qui est sorti en vidéo chez Pathé. A (re)découvrir pour au moins trois raisons.


1) La Grazia, quand le crépuscule laisse planer l'espoir

Mariano De Santis s'apprête à quitter le palais du Quirinal. Son mandat de président de la République s'achève et le voici pris d'une forme de mélancolie alors qu'il fait le bilan de sa carrière et de sa vie. Il ne peut s'empêcher de penser à sa femme, dont il ne se remet pas de la mort. Sa fille, qui travaille à ses côtés, tente de le faire sortir de son espèce de léthargie en l'encourageant à prendre des décisions fortes : promulguer une loi sur l'euthanasie et accorder la grâce à deux personnes condamnées pour avoir tuer leur conjoint. Profondément catholique, juriste pointilleux, De Santis rechigne à agir.

Paolo Sorrentino nous amène au coeur du pouvoir. Oubliez les ors de la République. Le Palais du Quirinal semble figé dans le passé et plongé dans la pénombre. Meubles et décorations au style pesant, immenses salles vides et froides, couloirs qui n'en finissent plus. Le président y erre, profondément seul, malgré les gardes du corps et le personnel qu'il croise ici ou là. Un décor déprimant qui illustre l'état d'esprit du maître des lieux. Obnubilé par un traumatisme personnel qui le ronge, il est incapable de se projeter vers l'avenir. Et pourtant, De Santis va être interpelé, bousculé, amené à se remettre en question. Et sa petite lumière intérieure va briller de tout son éclat. Le spectateur partager les questionnements du président, notamment les choix éthiques auxquels il est confronté. Avec lui, il comprend peu à peu que rien n'est définitif, que la légèreté, la grâce peuvent se manifester même au fond de l'abyme. 

2) Toni Servillo, la grâce incarnée

Monstre sacré, monstre tout court (pour reprendre la thèse du livre d'Hélène Frappat), Toni Servillo excelle à nouveau à camper un personnage dont il nous fait ressentir les émotions et les tourments, avec la nuance et la justesse qu'on lui connaît. Son accablement, sa solitude mais aussi ses éclats d'humour, en une mimique. Le comédien a été justement récompensé par la Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine à la Mostra de Venise 2025. Dans le rôle de la fille du président, Anna Ferzetti joue à merveille une autre sorte d'enfermement intérieur, d'où elle fait jaillir parfois emportements et pleurs. Le duo incarne merveilleusement la relation complexe entre un père et sa fille, deux juristes, deux cérébraux, qui se diront leur amour en silence lors d'un bouleversant et fugace rapprochement. Les autres comédiens sont tous bons, preuve en est qu'au-delà de son art de la mise en scène, Sorrentino est un grand directeur d'acteurs.

3) Le regard de Paolo Sorrentino

A chacun de ses films, Paolo Sorrentino adapte sa réalisation. La mise en scène baroque et enlevée de Parthénope laisse place à des plans davantage figés, en phase avec le sujet. La caméra n'est pas immobile mais elle est moins expansive. Et comme à son habitude, avec l'aide de sa directrice de la photo Daria D'Antonio, le cinéaste compose des plans de toute splendeur, dont se dégage un humour inattendu et une poésie qui touche au coeur. Certains plans semblent répondre à ceux de La Grande Bellezza ou d'Il Divo. Cette fin de règne nous fait également penser aux errements du pape incarné par Michel Piccoli dans Habemus Papam (Nanni Moretti, 2011). Et puis, Sorrentino, c'est aussi l'art de mettre en musique ses images, de la musique classique au chant militaire, en passant par le rap - notamment le morceau, Le Bimbe Piangono de Guè Pequeno (qui apparaît dans le film).

L'édition de Pathé accompagne le film de la conférence de presse donnée par l'équipe lors de la Mostra de Venise en 2025. L'occasion d'entendre chacun expliquer son travail, sa démarche.

Anderton

 

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