Deux albums de bande dessinée, deux genres très différents, deux récits où les protagonistes font cracher les armes à feu, un même éditeur : Delcourt. Blood & Thunder réinvente le duo de justiciers tandis que Le Massacre du gang Enfield revisite l'histoire sanglante du Far West.
Robert Kirkman, Benito Cereno, E.J. Su : Blood & Thunder 01
Un dangereux alien s'évade d'un quartier de haute sécurité au sein d'un vaisseau-prison. Il débarque sur un satellite où humains et extra-terrestres coexistent selon une organisation sociale très inégalitaire. Evidemment, les descendants des Terriens occupent les fonctions et les espaces les plus importants tandis que les autres espèces s'entassent dans les autres niveaux et font les sales boulots. L'évasion de l'alien met les forces de sécurité sur les dents. Le commissaire Amundsen (qui ressemble beaucoup à l'acteur Leslie David Baker, qui interprète Stanley Hudson dans The Office) fait alors appel à Akeidama Bledsoe, une chasseuse de primes surnommée Blood pour sa chevelure flamboyante et ses méthodes qui ne font pas dans la nuance. La Miss part à la recherche du criminel alien avec son fidèle partenaire, Thunder, un fusil doué de la parole et d'une intelligence artificielle.
Scénariste de Walking Dead et créateur de toute une galaxie de comics (Invincible notamment), Robert Kirkman a imaginé cette nouvelle série de science-fiction boostée à l'action. Benito Cereno a développé une histoire qui fait la part belle aux courses-poursuites et affrontements sanglants donc tout en créant un monde futuriste très hiérarchisé, entre humains et extra-terrestres mais aussi Terriens et humains nés dans les colonies. Un background bien foutu qui contribue à l'intérêt de ce premier tome trépidant et traversé par quelques réflexions pertinentes sur la société, l'accès à la culture, la diversité... Le récit est mis en scène par E.J. Su, dont j'apprécie le dessin souple, alerte, expressif (découvrez les premières planches). A suivre !
Chris Condon et Jacob Phillips : Le Massacre du gang Enfield
C'est un western crépusculaire et violent, à la Sam Peckinpah, que signe le duo d'auteurs. L'album s'ouvre sur une fête foraine qui a planté les piquets de ses tentes en Oklahoma, à la naissance du XXe siècle. L'une des attractions est le cadavre momifié de Montgomery Enfield, un hors-la-loi dont le gang a mis à sac la région de Fort Lehane (hommage à Dennis Lehane, l'auteur de Mystic River et Shutter Island ?), au Texas. Pour savoir comment il vécut, comment il est mort, flashback. 1875. Le bandit et ses complices dévalisent une banque pour la troisième fois en trois mois. Pas un coup de feu. La confrontation avec le banquier est presque bon enfant. Les voleurs s'en vont avec leur butin. Sauf qu'un peu plus tard, le banquier est découvert horriblement mutilé. Le capitaine Ely, Texas Ranger, décide alors de se débarrasser une fois pour toutes du gang Enfield (découvrez les premières planches).
Condon et Phillips racontent l'histoire de l'Ouest sauvage, où la justice est rendue à coups de revolvers et de pendaisons publiques. Les gentils sont des salauds et les salauds nous apparaissent moins méchants que leur réputation. Des personnages entiers, des affrontements sanglants. Le dessin de Jacob Phillips (apprécié dans la série Newburn) va droit au but, avec un côté sombre et sale qui sied au récit. Son art de la mise en couleurs (Phillips est aussi coloriste) permet de conférer à chaque séquence l'ambiance adéquate. Un one-shot qui vise juste. En pleine tête.
Anderton



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