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mardi 17 juillet 2012

Stefano Sollima : "ACAB est un film de genre intelligent"


Artistes : ACAB (All Cops Are Bastards), qui sort ce mercredi en salles, est un polar prenant, dérangeant et qui donne à réfléchir (lire ACAB : coup de matraque à l'italienne). Nous avons rencontré son réalisateur, Stefano Sollima, lors de sa venue à Paris, en juin dernier. Un type sympa qui préfère questionner plutôt qu'apporter des réponses. Découvrez son interview en vidéo ci-dessous.

Cineblogywood : ACAB raconte le quotidien d’un groupe de CRS qui accueille une nouvelle recrue. En France, comme en Italie, ces policiers sont souvent haïs car ils incarnent surtout le côté répressif et même brutal des forces de l’ordre. Ce sont des parias, y compris auprès des politiciens et des autres policiers, c’est ce qui vous a intéressé dans ce sujet ?

Stefano Sollima : Bien sûr. L'idée du film était de pousser les spectateurs à regarder la société à travers les yeux des CRS, qui sont les policiers les plus controversés que nous ayons.

Votre film interpelle le spectateur, le choque aussi parfois, car les personnages ne sont ni des héros, ni des salauds : loin d’être des brutes épaisses, ce sont avant tout des hommes avec des problèmes familiaux, des fêlures. Pour autant, ils sont fascinés par la violence ; certains sont même nostalgiques du fascisme. Mais on sent que vous avez voulu poser des questions plutôt qu’apporter un jugement…

En tant que spectateur, je n’aime pas que le metteur en scène me prenne par la main pour m’entraîner dans sa pensée. L’un des aspects les intéressants de notre métier de cinéaste, c’est d’ouvrir les yeux des gens sans jamais leur donner de réponses, mais seulement en posant des questions. 



Votre regard sur les CRS a-t-il changé depuis que vous avez réalisé ce film ?

Mmoui, un peu. Moi aussi, j’avais beaucoup de préjugés sur les CRS. C’est pour ça que le livre de Carlo Bonini [dont le film est adapté, NDLR] m’intéressait. En faisant des recherches pour préparer le film, j’ai fréquenté beaucoup de CRS. Et j’ai compris une chose évidente : on tend à déshumaniser les CRS car ils sont casqués et couverts de protection. Mais sous le casque, il y a des gens. Pour autant, il n’y avait de ma part aucune volonté de justifier la violence que, souvent, ils exercent. Je voulais comprendre les mécanismes par lesquels un policier se fait contaminer par la haine – haine adressée à l’Etat mais que celui-ci reporte en partie sur les CRS. Et c’est pourquoi ils n’arrivent pas à être froids et impartiaux comme ils devraient l’être.  



Votre expérience de reporter TV dans des zones de guerre vous a-t-elle aidé pour votre mise en scène ?

Non, je ne pense pas. Mon expérience de caméraman de news m’a enseigné qu’il n’y avait quasiment jamais une seule vérité. Tout dépend de comment tu racontes un fait, de ce que tu choisis de mettre en avant.

Diriez-vous qu’ACAB est un film engagé, comme pouvaient l’être – dans un genre un peu différent – les films de Francesco Rosi dans les années 70 ?

Lui, c’était un maître, un génie ! Mais disons qu’ACAB est un film de genre intelligent. Il a la structure d’un film de genre et porte sur un sujet de film d’auteur.

Romanzo Criminale, Gomorra, Vallenzasca, Acab... le polar est un genre qui réussit bien à la littérature et au cinéma italiens. Selon vous, est-ce la meilleure manière de décrire la société italienne ?

Absolument. Paradoxalement, c’est plus facile d’étudier l’histoire du cinéma d’un pays à travers ses films de genre qu’à travers ses films d’auteur. Cela a toujours été comme ça.

Qu’est-ce qui vous donne envie aujourd’hui de manifester ?

Bah, faire un film, cela t’engage beaucoup plus que de descendre dans la rue. Ce que j’ai essayé de raconter, c’est le malaise qu’il y a de vivre dans un pays qui, année après année, est devenu celui-là. Donc j’ai déjà manifesté en faisant ce film !

Et qu’est-ce qui vous donnerait envie de sortir votre gourdin ?

Tant de choses… Ce qui me frappe le plus, c’est la pauvreté intellectuelle qui règne en Italie depuis une dizaine d’années alors que notre pays a toujours été très riche d’un point de vue culturel. Ça, ça me donne envie de sortir le gourdin.

Votre prochain projet ?

J’écris un film, que je tournerai l’an prochain. Il s’agit d’un mélange de thriller, de film d’action et d’histoire d’amour. Et je travaille aussi sur un projet de série TV sur le crime organisé, qui sera diffusé sur Sky.

Tu es romain. Question obligatoire : Roma ou Lazio ?

Ni l’un, ni l’autre. La première fois que je suis allé au stade, c’était pour le tournage d’ACAB. Le foot ne m’intéresse pas.

Un grand merci à Stefano Sollima et son traducteur ainsi qu'à toute l'équipe de Bellissima Films.

Anderton
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