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samedi 25 mai 2013

Cannes 2013 : Alain Delon, nanars et pépites (2/2)


Artistes : Suite et fin de notre coup de projecteur sur la carrière du grand Alain Delon, auquel le Festival de Cannes 2013 rend hommage aujourd'hui. Après avoir évoqué ses chefs-d'oeuvre et ses polars, il est temps de s'intéresser à ses choix de carrière douteux, de bien coupables égarements ! Et pour ne pas rester sur cette note amère, j'évoquerai sept perles méconnues ou mésestimées dans la filmographie de l'acteur.


 
D'abord, la caverne à nanars. Il y en a pour tous les goûts, et tous les genres ! Focus sur 9 d’entre eux, et il y en a – plein ! – d’autres.

Doucement les basses (1972). Alain Delon en curé défroqué, appelé Médieu, dans une comédie prétendument paillarde, vous y croyez ? Non, hein…Malgré Paul Meurisse et Julien Guiomar, Delon ne fait pas rire. Gros flop. Réalisateur ? L’inégal Jacques Deray

Zorro (1975). Officiellement, un film pour faire plaisir à son fils Anthony. Résultat : un film aussi lourdingue que Fanfan la Tulipe de Luc Besson, hein… Rien à sauver, pas même son entrain, ou Stanley Baker. Réalisateur ? Duccio Tessari

Airport 80 : Concorde (1979). Eh oui, Delon est capable de faire du looping au Concorde, d’ouvrir la fenêtre et de lancer une fusée pour détourner un missile à ses trousses ! La fin d’une franchise, digne de Zuckers et Abrahams, si vu au 36ème degré.

Le Choc (1982). Polar adapté de Manchette par Delon, réalisé par un yes man, Robin Davis, Delon en duo avec Catherine Deneuve en éleveuse de dindons en Bretagne…Tout est dit, non ?!

Le Passage (1986). On a souvent dit que le cinéma français et le genre fantastique s’accordaient mal. La preuve ? Ce Passage d’une ringardise totale ! Outre la tentative rate d’intégrer de l’animation dans des images réelles, le film fait plus rire qu’il n’effraie. La Mort qui saisit le nom de ses victimes sur un clavier de PC, ou bien ces listings Bull… Dignes de figurer dans une anthologie du nanar ! En prime : Francis Lalanne à la musique…

Ne réveillez pas un flic qui dort (1987). Ah, Delon en flic incorruptible face à Serrault en commissaire facho… Nauséabonde adaptation d’un roman de Fajardie, dans laquelle le duel entre les deux acteurs n’a pas lieu. Réalisateur ? José Pinheiro

Dancing Machine (1990).
Là, c’est le premier pompom : scénario de Paul-Loup Sulitzer et Loup Durand, Delon en vieux loup blessé de la danse classique qui s’appelle... Wolf, musique de Cerrone, des meurtres inexpliqués de jeunes danseuses affriolantes, Patrick Dupond qui fait ce qu’il peut, et Claude Brasseur cachetonne – le tout sous la caméra de Gilles Béhat, revenu de sa Rue barbare. No more comments!

L'Ours en peluche (1994). Sur le papier, l’association Delon-Deray adaptant Simenon, on salive. En voyant le film, on se demande où sont passés l’argent, le talent, les acteurs et le réalisateur…. Une catastrophe comme le cinéma en a peu produit !!

Le Jour et la nuit (1996).
Pompom, 2ème ! Ah, cette affiche à la Autant en emporte le vent ! Ah, ces montgolfières ! Ah, Arielle en actrice perdue dans la révolution de ce pays d’Amérique du Sud ! Ah, Delon en grand écrivain hustonien reclus dans sa villa d’Amérique du Sud ! Ah, ce casting – outre Delon-Dombasle, on y trouve Lauren Bacall, Xavier Beauvois, Karl Zéro et Francisco Rabal… Ah, BHL, quoi ! Comme si Max Pecas signait Au-dessous du Volcan. Le plus gros nanar de Delon

7 perles méconnues

L'Insoumis (1964). Pour son 2ème film, Alain Cavalier traite d’un sujet brûlant la guerre d’Algérie, à travers le destin d’un soldat déserteur qui passe à l’OAS. Delon y est magnifié, irradiant de beauté et de grâce. Coïncidence : au même moment, son jumeau ombrageux Maurice Ronet tenait un rôle existentiel similaire dans le très beau Feu Follet de Louis Malle. 

William Wilson (1968). Dans ce sketch de Louis Malle adaptant une des Histoires Extraordinaires de Poe, Delon se trouve face à 2 mythes : Brigitte Bardot et… lui-même ! Une fable troublante et très réussie. Dommage que la mésentente Malle-Delon n’ait pas permis à ce fructueux duo de se reconstituer

Le professeur (1972), de Valerio Zurlini. Dans le rôle d’un professeur de littérature dépressif, s’adonnant au jeu et à l’alcool, mal rasé, mal habillé, Delon excelle en dans ce rôle tout en nuances initialement prévu pour Mastroianni. Enthousiaste, Delon coproduit le film, qui a pour cadre la station balnéaire de Rimini, plongée dans la brume et la morosité.

Scorpio (1973).Dix ans après Le Guépard, nouveau duel Delon-Lancaster, dans ce film d’espionnage signé Michael Winner. Son unique incursion réussie dans le cinéma américain, le reste étant constitué de vrais nanars (Les tueurs de San Francisco ou Texas, nous voilà !)

Attention, les enfants regardent (1978). Un thriller bien étrange signé Serge Leroy, sur les rapports enfance, violence et télévision. Dans le rôle d’un inconnu aux prises avec un groupe d’enfants abandonnés à eux-mêmes, Delon est étonnant d’ambiguité. Et rappelle bien des fois Mitchum dans La nuit du chasseur – c’est dire ! Un film à redécouvrir.

Notre histoire (1985). Alcoolique et garagiste, Delon semble hagard, égaré dans l’univers labyrinthique de Bertrand Blier. Robert Avranches à la reconquête de Donatienne, Nathalie Baye, à travers une France peuplée d’autoroutes, de dancings et de trains. Etonnament, Delon y trouve toute sa place dans ce rôle de loser. Son seul César. 

Nouvelle vague (1991). Godard s’attaque au mythe Delon pour une nouvelle histoire de double. Godard n’est pas ma tasse de thé, mais là, on ne peut qu’être subjugué par la lumière, le cadrage et la musique. Et Delon, filmé comme une montagne, comme un être là.

Travis Bickle
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