vendredi 24 mai 2013

Cannes 2013 : Alain Delon, chefs-d'oeuvres et polars (1/2)


Artistes : Le Festival de Cannes 2013 rend hommage à Alain Delon samedi 25 mai en projetant une version restaurée du mythique Plein Soleil, de René Clément. C’est un fait : Alain Delon, c’est aujourd’hui un monument. A tel point que Gilles Jacob racontait tout récemment dans Nice-Matin que si Alain Delon vous appelle et dit "Allô, c’est Alain !", vous n’avez pas intérêt à répondre "Alain qui ?"...


Mais la longévité et les films qui composent sa carrière en témoignent également sur le plan artistique. Pourtant, il est plus souvent raillé, moqué, qu’adulé, et ce, à ses dépens. Car pour la génération Y, c’est qui, Alain Delon ? Une marque de cigarettes en Asie ? Un mannequin pour Eau sauvage, de Dior ? Le Monsieur Loyal des Miss France ? Ou pire encore, une marionnette aux Guignols ? Car force est de constater que la dernière partie de la carrière cinéma de Delon regorge de pépites. De pépites dignes de trôner au royaume des nanars. 

Alors, à cette occasion, faisons le point sur sa carrière en 4 actes : dans ce premier post, j'évoquerai les chefs-d’oeuvre qui l’ont propulsé dans l’histoire du cinéma, et les polars, qui ont assis sa popularité ; samedi, dans un second post, il sera question des nanars, qui ont entaché la dernière partie de sa carrière et dégradé son image, mais aussi des pépites méconnues, qui en font un comédien insuffisamment reconnu.

Car vraiment, s’il n’avait pas fait de tels choix, Delon aurait pu devenir notre Clint Eastwood. Acteur, réalisateur, scénariste, producteur, animé d’une réelle ambition artistique, enclin à bouger son image, il avait tout pour... Reste une carrière qui se conjugue au passé, truffée de titres étincelants.

9 titres pour la gloire

Plein Soleil (1960) : d'après Patricia Highsmith, ce polar psychologique situé dans l'Italie de la dolce vita a pour héros deux hommes - "en gros, l'histoire de deux pédés !", dira son scénariste Paul Gégauff – qui se battent pour les beaux yeux de Marge, la mystérieuse Marie Laforêt. Première rencontre avec son double ombrageux, Maurice Ronet. Inoubliable scène de voile, inoubliable duel au soleil pervers et machiavélique, magnifié par la lumière d'Henri Decae.

Rocco et ses frères (1960) : Rocco Parondi, c’est lui ! Le destin de 5 frères, dans l’Italie industrielle de l’après-guerre. Dans le rôle du boxeur, Delon est la révélation du film. Animal, candide et violent. Celui sans qui Visconti n’aurait jamais tourné Rocco et ses frères. C’eût été dommage

L'Eclipse (1962) : dans l’univers désertique et post-nucléaire d’une Romer déshumanisée, Delon prête ses traits juvéniles à un personnage du côté de la vie. Incandescent, il est l’antithèse des héros antonioniens. Le pôle solaire du soleil noir mélancolique qu’est Monica Vitti.

Le Guépard (1963) : faut-il encore le présenter ? Palme d’Or à Cannes, cette ouevre indémodable marque un tournant dans l’œuvre de Visconti. Et dans celle de delon qui, dans le rôle de Tancrède, y peaufine son personnage d’ambitieux instinctif, de combattant animal, et de représentant d’une nouvelle génération. Eblouissant.

Le Samourai (1967) : LE rôle qui minéralise définitivement Delon. Muet et hiératique, il campe Jeff Costello, tueur solitaire, avec pour unique compagnon un mainate. Melville, de Roubaix y recréent un univers parisien aujourd’hui disparu, ce qui renforce la mélancolie existentielle qui se dégage du personnage campé par Delon. Une source d’inspiration inépuisable pour les cinéastes de Hong Kong.

La Piscine (1968) : sur une intrigue à la Chabrol, le jeu pervers et sexy d'un quatuor au sommet de sa beauté : Delon, Schneider, Ronet, Birkin, autour d'une piscine tropézienne. Une miraculeuse réussite.

Le Cercle rouge (1970) :
avant-dernier des trois films qu’il tourne sous la direction de Jean-Pierre Melville, c’est le polar français archétypal. Delon y campe la figure d’un repris de justice, en cavale et qui prépare un casse. Un des rares films où Delon est entouré d’une solide équipe d’acteurs – et quels ! Montand, Volonté, Bourvil, Périer.

La Veuve Couderc (1971) : d’après Simenon, réalisé par Pierre Granier-Deferre, il se confronte à Simone Signoret dans le rôle titre. Affrontement, puis un amour naissant entre ces deux monstres, lui bagnard en cavale, elle en paysanne en lutte contre sa famille, dans la France des années 30. Classique indémodable.

Monsieur Klein (1977) :
destin kafkaïen pour cet amateur d’art, pris pour un autre, et broyé dans l’engrenage de la France de 1942, de la collaboration, de l’antisémitisme, de la déportation et des camps de la mort. Magnifié par Losey, Delon sous-joue l’essence tragique de la condition humaine. Admirablement.

10 polars, 10 flics ou voyous, 5 réalisateurs

Henri Verneuil - Mélodie en sous-sol (1963) / Le clan des Siciliens (1967). Que ce soit en voyou héritier filial ou rebelle face à Gabin, Delon s’impose, en être déterminé, prêt à tout pour exister selon ses propres règles. Duels mythiques. Musiques encore plus. Scènes qui ont marqué notre enfance : les dollars dans la piscine ; l’avion atterrissant sur l’autoroute.

José Giovanni - Deux hommes dans la ville (1973) / Comme un boomerang (1976). Deux sujets à thèse – la peine de mort, la drogue – pour des réussites mitigées. Mais l’honnêteté de Giovanni emporte tout, même les approximations de scénario, et les points de vue moralisateurs. Delon y est également pour beaucoup.

Georges Lautner : Mort d'un pourri (1977). A la revoyure, on se pince : en plein giscardisme finissant, un polar décomplexé qui a pour toile de fond l’affairisme giscardien… Un quasi brûlot politique sous couvert de polar et de règlements de comptes entre politiques, affairistes et voyous. Musique de Stan Getz, s’il vous plaît ! Delon y polit sa stature de justicier pris dans un écheveau qui le dépasse. Très bon polar, à revoir. 

Jacques Deray : Borsalino (1970) / Flic story (1975). Deux duos (Belmondo / Trintignant) ; deux époques (les années 30/ les années 50) ; deux types de rôle (le voyou / le flic). Delon dans sa dualité, accompagné par son complice Jacques Deray – 8 films au compteur tous les deux. Deux exemples de l’apogée de Delon, star du cinéma français : invincible, entêté, solitaire. L’inverse donc de son double solaire et moins ombrageux Bébel.

Alain Delon : Pour la peau d'un flic (1980) / Le Battant (1982). Ca devait arriver, surtout après avoir tourné avec autant de maîtres, et dans un genre qu’il affectionne : Delon passe derrière la caméra pour deux polars. De facture assez classiques, certes, mais qui témoignent d’un vrai sens de la mise en scène : dans le 1er, un long plan séquence introductif, de Delon traversant Paris à moto, sur un morceau d’Oscar Benton ; dans le second, un sens de l’auto-dérision et de masochisme, assez inattendu, qui le rapproche d’un autre acteur qui effectuait au même moment sa mue vers la réalisation, Clint Eastwood. Mais pour le Français, l’expérience s’arrête là. Dommage.

La suite de la carrière d'Alain Delon... demain !

Travis Bickle
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