vendredi 17 avril 2015

Cinéastes 80 : Hugh Hudson le rebelle


Artistes : A partir du 18 avril, OCS Géants présente une magnifique série consacrée à dix cinéastes anglo-saxons des années 80, produite par Jean-Pierre Lavoignat et Christophe d'Yvoire, tous deux anciennement critiques du magazine phare des années 80 consacré au cinéma, Studio Magazine

Belle initiative qui permet de renouer avec la mythique Cinéastes de notre temps. Et qui nous permet de revisiter des  filmographies bien décriées en leur temps. Et dont certaines oeuvres passent allègrement l'épreuve du temps. Premier acte samedi soir à 22h20, avec l'interview d'un Britannique à la carrière d'une météore, victime d'un "accident" industriel aussi dévastateur que celui rencontré par Michael Cimino avec Heaven's Gate : Hugh Hudson, réalisateur des Chariots de Feu et de Revolution.


Montagnes russes

Réalisateur de quatre films pendant les années 80, Hugh Hudson a connu les montages russes, du triomphe inattendu des Chariots de feu à la ruine excessive due à Révolution. Né le 25 août 1936, issu de l'aristocratie, il fait ses études à Cambridge, mais se sent en rupture avec son milieu. C'est pourquoi a toujours voté à gauche, au point de filmer la campagne du travailliste de Neil Kinnock en 1987. Et qu'il se lance dans le cinéma, manière pour lui de régler ses comptes avec son milieu. Et d'embrasser une thématique commune à tous ses films : le récit d'un individu qui transgresse son milieu et qui cherche à s'affirmer en tant qu'être libre et affranchi, le tout dans une tonalité épique.

Big Five à Hollywood

Issu de la publicité, comme ses confrères Ridley et Tony Scott, Adrian Lyne et Alan Parker, surnommés les Big Five, il tourne son premier long métrage tardivement à 40 ans, un biopic consacré à Fangio. Avant de connaître le triomphe commercial et artistique en 1981 avec Les Chariots de feu : "Ce film était pour moi (...) Bizarre qu'on le regarde encore" ! A la clé, quatre Oscars, dont celui du Meilleur film en 1981. Une date qui marque l'entrée des cinéastes britanniques des années 80 dans le cercle de Hollywood.



Viggo Mortensen, le Greystoke idéal ?

Pourtant, il ne se laisse pas attirer par le miroir aux alouettes. Il refuse, par exemple, L'Empire contre-attaque, pour se consacrer à Greystoke (1984). Une manière pour lui de régler ses comptes avec son milieu. Très belle réussite artistique et commerciale, qui lance la carrière de ses deux acteurs principaux, Christophe Lambert et Andie McDowell. Pourtant, il s'en est fallu de peu : Hugh Hudson raconte avoir longtemps hésité avec Viggo Mortensen et Julian Sands pour le rôle titre. Et, objet d'un pressing insistant de la part de Glenn Close, il la refuse au profit d'Andie McDowell. Mais comme celle-ci ne sachant pas poser sa voix, il la fait finalement doubler par... Glenn Close !


Le naufrage Révolution

Vient ensuite l'épopée Révolution... Proposé à Al Pacino, alors qu'il jouait à Londres la pièce de David Mamet, American Buffalo, le film signe le début d'une longue amitié avec l'acteur. Qui se traduira au-delà du tournage et du bide commercial du film par la version commune qu'ils livreront du film en 2008, en version director's cut. Tourné caméra à l'épaule, les pieds dans la glaise, le film connaît un tournage épique au Royaume-Uni, en raison d'une météo catastrophique. A quoi s'ajoutent des problèmes de santé côté Pacino, psychologiques côté Nastassja Kinski. Hudson se trouve lâché par son producteur Irwin Winkler, en plein tournage: "Je ne lui pardonnerai jamais (...) Ma carrière en souffre encore, mais c'est mon meilleur film !"


Retour aux affaires

Et depuis ? Le cinéaste passe rapidement sur Lost Angels, son film contemporain tourné à L.A. en 1989, avec Adam Horovitz, des Beastie Boys. "Il n'est jamais sorti", ou quasiment, la société de production Orion faisant faillite juste avant la sortie du film.

Il essaye de monter pendant huit ans Nostromo, après le décès de David Lean, avec le producteur Serge Silberman. Puis il se consacre à ses engagements politiques et caritatifs, ainsi qu'au combat de sa femme, l'actrice Maryam d'Abo, ex-James Bond girl dans Tuer n'est pas jouer (1987), contre les effets de l'AVC, dont elle fut victime en 2006. Bonne nouvelle :il vient de finir le tournage d'un nouveau film avec une distribution internationale (Antonio Banderas, Rupert Everett, Pierre Niney) en Espagne, sur la découverte des grottes d'Altamira à la fin du XIXe siècle.

Lucidité du cinéphile

Ce qui frappe chez le cinéaste, c'est sa lucidité. Peu de regrets, peu d'apitoiement sur lui-même. "L'échec est essentiel, déclare-t-il, On ne peut pas être toujours James Cameron". Ou bien ses propos sur ses acolytes britanniques : "Je ne suis pas sûr qu'on ait changé grand chose" car Coppola, Scorsese et Rafelson étaient passés avant...

Cinéphile, féru de Visconti, d'Antonioni et de Nouvelle Vague, il voue un culte au Danton de Wajda. Et déclare deux grandes admirations au cinéma britannique : Lindsay Anderson et David Lean, qui le félicite de son Oscar pour Chariots de feu : "Le plus beau film de ces dernières années". Quelques piques sont lancées contre Karel Reisz et John Schlesinger, qui l'ont critiqué du fait qu'il venait de la pub. Ce qu'il retient des années 80 ? "La fin des grands réalisateurs : Bergman, Antonioni, Fellini ne donnent plus rien, ou presque". Et aujourd'hui, mis à part Christopher Nolan et Ang Lee, il rejette les images de synthèse : "Il est plus intéressant de faire les choses en vrai". 

Et vous, que retenez-vous de la carrière de Hugh Hudson ?

Travis Bickle



Les cinéastes des années 80 - chaque samedi sur... par OCS

Aucun commentaire: