Dossier

jeudi 27 avril 2017

Alain Jessua à la Cinémathèque : 9 films à (re)découvrir

Artistes :  En 9 films,  de 1964 à 1997, Alain Jessua a imposé sa marque dans le cinéma français. Une marque indélébile, et surtout bien à lui, qui emprunte une voie peu prisée dans le cinéma français : celui de l’anticipation et du fantastique social. Jeunisme, insécurité, marchandisation du bonheur, villes nouvelles, folies du quotidien, ses thèmes de prédilection ont une connotation sociale et subversive et restent aujourd’hui d’une force et d’une actualité inattendues ! 



Marginalisé par la critique qui ne l’a jamais reconnu, Jessua a dû produire la plupart de ses films, malgré le succès commercial de la plupart de ses titres. La Cinémathèque française rend hommage (jusqu'au 29 avril) à ce cinéaste rare et discret, stagiaire sur Casque d’Or et Madame de..., qui a fait tourner le gotha du cinéma français : Depardieu, Dewarere, Delon, Yanne, Girardot, Denner, Cassel, Rochefort, Serrault, Baye...


La Vie à l’envers (1964). Portrait d’un schizophrène, qui fait le bonheur des gens en se retirant progressivement du monde, souvent étudié en école de médecine. Et dont on dit que Scorsese l’admire. Denner y explose en malade du quotidien, pour une fable qui rappelle les thématiques du Nouveau Roman – la déréliction, l’ennui – et l’injonction sociale au bonheur. Pour beaucoup, son meilleur film.


Jeu de massacre (1967). Formellement très étrange, qui même images réelles et planches dessinées – réalisées par Peelaert – Jeu de massacre est critique assez féroce de la société de consommation , dans laquelle un jeune homme de bonne famille va peu à peu s’identifier à la créature de bandes dessinées qu’un auteur de BD crée spécialement pour lui. Récit subversif à la Chabrol, animé par deux éminents acteurs chabroliens, Jean-Pierre Cassel et Michel Duchaussoy.

Traitement de choc (1971). Son plus gros succès commercial, bien qu’interdit aux moins de 18 ans et dans lequel on voit Alain Delon nu. Tourné à Belle-Ile-en-Mer, avec Annie Girardot, star de l’époque, le film stigmatise la course à la jeunesse, à la beauté à tout prix et le recours à des méthodes médicales, au prix du sang des autres. Une charge glaçante d’une actualité brûlante. Et dont l’intrigue reflétait également les préoccupations tiers-mondistes de l’époque, en tant que métaphore de l’exploitation du Tiers monde par les pays industrialisés.




Armaguedon (1976). Sous couvert d’un affrontement entre un psychiatre et un psychopathe - Alain Delon et Jean Yanne – Armaguedon dénonce le poids de l’audiovisuel dans la société, et l’emprise qu’il peut avoir sur des esprits faibles ayant de soif de reconnaissance, respectabilité et pouvoir. Ou comment il donne l’illusion au quidam d’accéder à une forme de célébrité…. Sujet ô combien d’actualité, malheureusement pas abouti, malgré la musique d’Astor Piazzolla et sa faculté à faire sourdre de l’angoisse en filmant des lieux parisiens ultra-balisés.

Les Chiens (1979). Confrontation entre un médecin de ville (Victor Lanoux) et un éleveur de chiens (Gérard Depardieu) dans une banlieue non-identifiée, Les Chiens est peut-être le film le plus fort sur l’imaginaire anxiogène que peut générer ce qu’on appelait alors les villes nouvelles dans les années 70 : déshumanisation, repli sur soi, idéologie sécuritaire, fascisme rampant. Formellement très abouti, c’est à mon sens son meilleur film. Première apparition de Fanny Ardant à l’écran.

Paradis pour tous (1982). Autre variation sur l’injonction au bonheur, version médicalisée. Patrick Dewaere y incarne un dépressif qui après une tentative de suicide, retrouve une forme de bonheur artificiel, suite à un traitement médical par lobotomisation douce et médicalisation à outrance. Fable qui prend une tournure étrange quand on sait qu’il s’agit du dernier film tourné par l’acteur.

Frankenstein 1990 (1984). Variation farcesque made in France du mythe de Frankenstein, le film d’Alain Jessua ne trouve malheureusement pas les accents futuristes et subversifs de ses films précédents. Dommage pour Jean Rochefort et surtout Eddy Mitchell qui s’en donnent à cœur joie.

En toute innocence (1987). Jeu du chat et de la souris dans le cadre des vignes du Médoc, En toute innocence s’apparente à une commande, brillamment exécutée, mais très éloignée de l’univers d’Alain Jessua. Reste un spectaculaire duo Michel Serrault-Nathalie Baye, doublé d’un suspense qui tient haleine jusqu’à son dénouement.



Les Couleurs du diable (1996). Sur une variation du mythe de Faust, tirée d’un de ses romans, Alain Jessua ne parvient pas à être aussi subversif qu’à ses débuts. Ultime coup d’épée qui rate sa cible, pour un cinéaste suffisamment passionnant, original et audacieux qui ne mérite pas qu’on s’arrête sur son dernier opus. La faute à un casting à côté de la plaque, Ruggero Raimondi en tête, aux côtés de Wadeck Stanczak et Isabelle Pasco.




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