Dossier Super Bowl

mardi 30 juin 2020

La Rumeur : un bouleversant drame

En DVD et Blu-ray : Juste après Ben-Hur (1959), grandiose péplum tourné en Technicolor, William Wyler décide de tourner un drame contemporain en noir et blanc, La Rumeur (The Children's Hour, 1961), que Wild Side a la belle idée de sortir dans une magnifique édition vidéo. L'occasion de (re)découvrir comment Audrey Hepburn, Shirley McLaine et James Garner se retrouvent broyés par les propos d'une gamine.



Après des débuts difficiles, Karen (Audrey Hepburn) et Martha (Shirley McLaine) ont réussi à faire de leur pensionnat pour jeunes filles une institution prisée de la bourgeoisie locale, au sein d'une petite ville américaine sans histoires. Tout file pour le mieux entre ces deux amies d'enfance jusqu'au jour où la petite Mary, une pensionnaire menteuse et indisciplinée, prend mal sa punition. A partir de propos et situations qu'elle déforme volontairement, l'écolière raconte à sa grand-mère que les deux directrices entretiennent une relation très intime. Scandale. La rumeur se répand dans la bourgade cossue. Les parents retirent leurs enfants du pensionnat. Martha, Karen et son fiancé Joe (James Garner) tentent tant bien que mal de rétablir la vérité.


Adapté d'une pièce de théâtre datant des années 1930, le film dépeint une Amérique puritaine qui, près de trente ans plus tard, impose toujours un carcan moral à ses citoyens. L'homosexualité est un tabou absolu. Encensées pour leur enseignement et la tenue de leur établissement, les deux jeunes femmes deviennent des proscrites qui vivent recluses, fuyant la médisance et les moqueries. Audrey Hepburn et Shirley McLaine sont bouleversantes : leur joie de vivre laisse place aux pleurs, leurs visages s'éteignent à l'instar de la photo du film, qui devient progressivement plus lugubre. Le spectateur assiste impuissant à leurs tourments, les regarde se débattre pour essayer de corriger l'injustice dont elles sont victimes. Voici leur complicité entachée tandis que le doute s'instaure insidieusement entre Karen et Joe - impeccable James Garner

La force du film tient à son trio d'interprètes (Shirley McLaine a été récompensée de l'Oscar du meilleur second rôle féminin) et à ses partenaires. Formidable composition de la jeune Karen Balkin (encore une Karen !) qui  rend tout de suite son personnage de Mary insupportable. Fay Bainter campe également avec beaucoup de justesse une grand-mère qui, sous ses dehors avenants, révèle son intraitable intolérance. La "bonne société" dans toute son horreur. Il y aussi une autre écolière qui se fait malmener par Mary : son visage se tord de peur ; de ses yeux exorbités, jaillissent des torrents de larmes. On la reconnaît tout de suite ! C'est Veronica Cartwright qui s'est fait autant malmenée mais par un monstre plus imposant dans Alien

Pudeur et sentiments

Wyler filme ce drame avec beaucoup d'intelligence et de sensibilité, parvenant par des habiles choix de mise en scène à évoquer ce qui, à l'écran aussi, ne peut même pas être prononcé. Tout est clair, rien n'est dit, encore moins montré. Le cinéaste s'attache à capturer les émotions qui jaillissent sur les visages. D'où beaucoup de gros plans mais également de plans où le premier plan et l'arrière-plan sont nets en même temps - un procédé souvent utilisé par Brian De Palma (lire les explications techniques sur le site Retour vers le cinéma). A découvrir dans cet extrait (à 1'37).


Le spectateur compatit mais est également amené à se poser des questions. Le voici également manipulé, constatant lui-même avec honte les dégâts provoqués par la rumeur. Un très beau film film.

Anderton

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