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mardi 28 juillet 2020

Terrible jungle : la grosse rigolade qu'on attendait

En salles : Et si la comédie française venait à la rescousse du cinéma ? Après Tout simplement noir, voici que Terrible jungle taille son chemin ce mercredi dans les salles, emmené par un quatuor au top (et même Otopi) : Catherine Deneuve, Vincent Dedienne, Jonathan Cohen et Alice Belaïdi. Le résultat est tellement drôle que vos rires couvriront les cris du singe hurleur à la période des amours.



Il est des familles où l'on est charcutier de père en fils. Chez les Bellabre, c'est la passion de l'anthropologie que la mère a transmise à son enfant. Tant pis pour le fromage de tête, tant mieux pour la science. Sauf qu'Elliott a la jeunesse rebelle. Désireux de s'affranchir des pratiques douteuses de sa mère Chantal, l'admirateur de Claude Lévi-Strauss s'envole pour la Guyane où il veut étudier les Otopis, un peuple amérindien qui vit reclus dans les profondeurs de l'Amazonie. Sur place, l'approche universitaire d'Elliott ainsi que ses préjugés naïfs volent éclat, tout comme son portefeuille et sa santé mentale. Chantal décide alors de rejoindre à son tour la Guyane pour ramener son fils à la raison puis au bercail. Une opération commando menée avec des gendarmes aussi pieds nickelés que bras cassés.


Pour un premier film, les réalisateurs Hugo Benamozig et David Caviglioli ont frappé fort. Certes, il y a bien quelques maladresses ici ou là et le début du film est un peu poussif mais il a le mérite de nous présenter les caractères diamétralement opposés d'Elliott et de Chantal, ainsi que leur relation tendue, faite de ressentiment familial et de compétition scientifique. L'arrivée dans la jungle change la donne. L'aventure commence et les premiers rires fusent. Ils ne s'arrêteront qu'au générique de fin, avec entre temps quelques grands éclats à vous étouffer sous votre masque ou à vous faire avaler votre popcorn de travers. 

Le duo derrière la caméra nous sert une comédie comme on les aime : insolente, méchante juste ce qu'il faut et originale, autant dans les situations que dans le ton. Pas de respect pour la maréchaussée, les chercheurs, les Indiens ou les aventuriers. Tout le monde il est bête, tout le monde il est méchant. Chacun en prend pour son grade, surtout s'il a le grade de lieutenant-colonel. Et les réal se délectent à faire interagir cette drôle de faune au coeur d'une Guyane dépeinte au vitriol, mi-paradis perdu, mi-Far Ouest. Avec en passant, l'air de rien, un regard sans concession sur la relation de la métropole à ses territoires lointains, sur le rapport du "civilisé" au "sauvage" et sur les ravages de la société de consommation. 

Quatre tons, c'est bon

Un film corrosif, oui mais surtout hilarant. Grâce aux situations bien barrées, aux dialogues bien écrits et aux comédiens bien inspirés. Quatre têtes d'affiche, quatre styles qui se répondent. dans sa jeunesse, devant la caméra d'un Rappeneau, Catherine Deneuve aurait été parfaite dans le rôle de la jeune chercheuse exaltée qui fuit l'autorité parentale. Ici, renversement des rôles, elle campe la marâtre pète-sec qui mène son monde à la baguette et elle est aussi à l'aise qu'un piranha dans l'Orénoque. Pour le coup, c'est Vincent Dedienne qui interprète le rejeton idéaliste : il apporte au rôle une naïveté touchante et une inquiétude bavarde qui le rendent attach(i)ant. C'est un délice de le voir partir en vrille comme un Colonel Kurtz de sous-préfecture. 

Alice Belaïdi ajoute pour sa part une nouvelle corde à son arc : la comédienne sait autant nous faire rire que nous émouvoir (cf notamment sa prestation dans Budapest) et v'là-t-y pas qu'elle nous régale en incarnant une chef de tribu taiseuse et inquiétante, frange taillée à la machette et dents en or, regard mauvais au-dessus d'un décolleté aussi large qu'un déboisement en forêt amazonienne. Et puis il y a Jonathan Cohen. A la base, je suis fan. Il est annoncé sur l'affiche que j'ai déjà payé ma place. Et là, il est tout simplement énorme. Il incarne Raspaillès, un chef de gendarmerie complètement à l'ouest, dont l'assurance est proportionnelle à l'incompétence et qui passe son temps à balancer des ordres absurdes à des hommes à la ramasse. Petite parenthèse : les Fabrice, il faudra être très forts (les Didier et les Régis vont enfin pouvoir respirer). Les séquences avec les gendarmes sont un film dans le film. C'est bien simple, le képi ne m'a pas fait autant marrer depuis Les Gendarmes. Et le plus fort, c'est que dans Terrible jungle, il n'y a ni nudiste, ni bonne soeur. Personnellement, j'exige que Benamozig et Caviglioli enchaînent avec un spin-off sur Raspaillès et sa troupe. Qu'ils les envoient chez les zadistes, à la montagne ou en zone rurbaine, tout me va mais je veux les revoir !

J'aurais aimé vous parler d'autres gags improbables ou de répliques inattendues, qui vont vous faire bidonner grave, mais je ne veux pas vous gâcher les surprises. Avec Terrible jungle, le spleen est mort ce soir. 

Anderton


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