DOSSIER

dimanche 17 mai 2026

La Vénus électrique : Salvadori et sa troupe font des étincelles

La Vénus électrique Pierre Salvadori CINEBLOGYWOOD

Présenté en ouverture du Festival de Cannes 2026, La Vénus électrique a emballé les festivaliers et réalisé le "meilleur démarrage pour une ouverture cannoise depuis 2010", avec 80 000 entrées en deux jours, selon Box-Office. Au-delà des chiffres et de la réaction dans le Grand Auditorium Louis Lumière, que vaut le film de Pierre Salvadori ? Mon avis, sans spoiler.  


Ivre de femmes et de peinture

Dans une foire qui a déployé ses attractions aux portes de Paris, Suzanne est la Vénus Electrificata. En un baiser, elle donne le coup de foudre aux crédules grâce à un stratagème électrique. Un soir qu'elle se retrouve seule dans la roulotte d'une collègue diseuse de bonne aventure, elle tombe sur Antoine, ivre et désespéré : peintre, il cherche à entrer en communication avec Irène, sa compagne défunte, sa muse. Suzanne l'embobine, Antoine est persuadé d'avoir parlé à son amour perdu. Il veut poursuivre les séances à son domicile ; appâtée par le gain, Suzanne accepte. Armand, marchand de tableau et ami d'Antoine, découvre le pot aux roses mais demande à Suzanne de continuer son petit manège : Antoine a repris goût à la vie et s'est surtout remis à la peinture. 

Avec une telle histoire, je ne pouvais que rendre hommage à Ivre de femmes et de peinture, le magnifique titre du film de Im Kwon-taek, prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 2002.

Le merveilleux manège de Pierre Salvadori

A l'image des trucs de forains, qu'il dévoile en passant, au début du film, Pierre Salvadori réalise une comédie romantique malicieuse, aux mécanismes bien huilés et qui pourtant réserve bien des surprises. Comme l'auditoire devant le stand de la Vénus Electrificata, le spectateur est hypnotisé par cette histoire qui se révèle progressivement dans toutes ses nuances et sa complexité. "De l'amour ! Du chagrin ! De la manipulation ! De la trahison !", pourrait annoncer le metteur en scène (qui fait une apparition fugace) dans son portevoix. Il joue avec les ressorts des mélodrames en vogue à l'époque (l'entre-deux guerres, très bien reconstituée dans les décors, les costumes et via de discrets effets spéciaux) et fait entrer ses personnages comme les spectateurs dans de délicieuses montagnes russes émotionnelles. Tout n'est que tromperie (à tous les sens du terme), faux-semblants et en même temps recherche désespérée de l'amour. Tout au long du film, on craint un final dramatique et on espère une happy end.

Joli travail du cinéaste sur le regard, l'aveuglement, la duperie, la mise en abyme. Des lentilles oculaires distordent la réalité et nous voici dans un tableau impressionniste. Des scènes au bord d'un étang évoquent Renoir, père et fils. Un drap tendu derrière lequel évoluent les personnages et c'est le cinéma qui s'invite à l'intérieur du film.

Un casting électrisant

Sur ce scénario prenant (d'après une idée de Rebecca Zlotowski et Robin Campillo), Pierre Salvadori colle des dialogues ciselés que font virevolter un quatuor de comédiens inspirés. Anaïs Demoustier donne à Suzanne détermination et fragilité : elle rend sympathique une jolie canaille, sans sortir les violons. Idem pour Gilles Lellouche (Armand), tout en nuances, qui reste sur le fil, entre ami sincère et maquignon manipulateur. Face à eux, Pio Marmaï campe un Antoine désemparé, dont les larmes nous émeuvent autant qu'elles nous font rire. L'acteur nous captive par l'intensité rentrée de son jeu et suscite un attachement immédiat. Encore une formidable interprétation. Quant à Vimala Pons, elle nous emballe par son naturel (qui évidemment reflète l'ampleur de son travail de comédienne), incarnant Irène en femme libre et volontaire. Ses silences en disent long, tout comme ses yeux qui se voilent parfois de larmes contenues. Petit aparté : décidément, après L'Attachement, pour le couple formé à l'écran par Pons et Marmaï, l'amour n'est pas un long fleuve tranquille. Deux bons seconds rôles itou : Madeleine Baudot et Gustave Kervern.

Tout au long du film, on ressent le plaisir des talents impliqués. Un plaisir qu'ils nous transmettent et qui nous accompagne bien après que les lumières se soient rallumées.

Une dernière chanson (spoiler)

La Vénus écarlate se termine sur un grand écart temporel, alors que retentit par dessus les crédits la Venus du groupe Shocking Blue. Cela m'a fait penser à L'Etranger : François Ozon accompagne le générique de fin du morceau de The Cure, Killing an Arab. Dans les deux cas, les réalisateurs savent que le public pense à ces chansons. Ils répondent à notre attente et concluent leurs oeuvres dans un décalage pop du meilleur effet. 

Anderton


Aucun commentaire: