Pour la première fois, Guillaume Massart vient présenter un film au Festival de Cannes en tant que réalisateur : La Détention (ACID). Nous lui avons soumis notre Questionnaire cannois (découvrez toutes les interviews), auquel il a répondu avec franchise, humilité et générosité. Retour sur des souvenirs touchants et de grandes attentes.
Qu'allez-vous faire à Cannes ?
Je vais accompagner mon deuxième long métrage, La Détention, qui fait sa Première à l'ACID Cannes le 19 mai.
Combien de fois avez-vous participé au Festival ?
En tant que réalisateur, c'est la première fois. Les deux dernières années, j'étais là en tant que producteur : ma société, Triptyque Films (qui co-produit La Détention avec TS Productions), portait Un Pays en flammes de Mona Convert à l'ACID en 2024 et Imago de Déni Pitsaev à la Semaine de la Critique en 2025. Mais ma toute première fois à Cannes, c'était en 2009 : j'étais encore un jeune cinéphile, aspirant réalisateur, et j'étais venu en simple spectateur. Grands souvenirs ! On était entre copains, on dormait dans des baignoires, on allait mendier des places à droite-à gauche, on essayait de s'incruster aux fêtes... C'était bizarre, inconfortable, un peu violent aussi parce qu'on voyait bien qu'on n'avait pas notre place ici, qu'on était un peu trop pouilleux pour ça. Et en même temps, c'était assez drôle. Je n'aurais jamais imaginé être un jour de l'autre côté ! Je m'efforce de ne pas trahir le jeune homme que j'étais et je n'oublie pas que je suis un peu ridicule au milieu de cette démesure.
Qu’attendez-vous de cette édition 2026 ?
Ça fait plus de 5 ans qu'on se bat, avec toute mon équipe, pour que ce film existe. Alors évidemment, ce que j'attends avec le plus d'impatience et d'angoisse, c'est la Première ! Et je suis curieux d'entendre les spectateurs et les spectatrices s'approprier le film, de lire les premiers papiers dans les journaux... Et je vais rêver à la suite aussi, à partir de là : la future sortie en salles, les débats à venir, etc. C'est précieux. Et puis mon film, qui est un documentaire, porte sur les questions carcérales, qui sont explosives en France ces temps-ci. Le film n'arrive pas dans une période neutre, au contraire : il débarque au moment où des syndicats de surveillants pénitentiaires en viennent à bloquer les accès aux prisons pour dénoncer l'intenable surpopulation carcérale sur tout le territoire, et où, au même moment, le Syndicat de la Magistrature appelle à se mettre en grève contre la réforme de la justice criminelle ! Cette mise en lumière tombe donc à point nommé.
Quel est votre plus grand plaisir pendant le Festival ?
Voir des films ! Je vais essayer d'en voir un maximum. Autant que possible, ceux de mes camarades de l'ACID et des autres sections parallèles. Je mets en avant les sections parallèles, parce que je m'efforce de repérer les films qui risquent de ne pas arriver jusque dans le circuit commercial. Je veux saisir la chance de les attraper sur la Croisette, car je sais que je risque de ne plus jamais les recroiser.
Qu’est-ce qui vous énerve le plus ?
La hiérarchie médiatique entre les différentes sections.
Quel est votre plus beau souvenir ?
Mon plus beau souvenir cannois, c'est la Première d'Un Pays en flammes en 2024. Je réalisais enfin qu'on y était, pour de vrai. Qu'un film que j'avais produit était montré à Cannes. Que le premier long métrage de Mona Convert, un documentaire fauché et pas loin d'être expérimental, était projeté sur la Croisette. Ça me semblait irréel et pourtant ça avait bel et bien lieu. Et c'était très simple, très beau. On avait l'impression de faire tache dans le décor — et sans doute qu'on faisait tache, effectivement ! Et cette sensation que notre présence ici était à la fois saugrenue et pourtant tout à fait légitime, c'était quelque chose de tout à fait réjouissant pour moi !
Qu’y a-t-il dans votre valise ?
Des fringues repassées. Qui me connaît sait que ce n'est pas habituel. Et il y aura sûrement Surveiller et Punir [de Michel Foucault, NDLR], que je m'étais promis de relire avant Cannes, pour être un peu aguerri pour les débats. Mais c'est mal engagé...
Quel est votre truc pour tenir le coup pendant la quinzaine ?
Ne venir que 6 jours !
Pour quel(le) artiste redeviendriez-vous un fan de base si vous le/la croisiez sur la Croisette ?
Sans doute pour des cinéastes qu'on n'imagine pas trouver là, des gens "qui font tache", justement. Si Guangyi Yu avait un film à Cannes, par exemple, c'est certain que je donnerais tout pour y être et le rencontrer.
Votre fête cannoise la plus délirante, c’était où et quand ?
La fête de Ne change rien, de Pedro Costa, en 2009. Parce qu'on n'en revenait pas d'être là, on trouvait ça complètement fou. Ça n'avait pourtant rien d'extraordinaire, quand on y pense. Mais on était jeunes et rien que le fait qu'on ait pu s'y incruster était une joie ! Et puis j'y étais avec mon meilleur ami : on avait décidé d'aller à Cannes ensemble et on ne l'oubliera jamais. J'y repense à chaque fois que je reviens.
Quelle est votre Palme d’or préférée ?
La Palme d'or spéciale inédite pour Le Livre d'image de Jean-Luc Godard, en 2018.
Quel est votre programme après le Festival ?
J'imagine qu'on se retroussera les manches en vue de la future sortie salles !
Photo : © Serena Porcher-Carli
Anderton

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