Après sept ans d'absence au cinéma, la saga Star Wars revient sur grand écran avec The Mandalorian and Grogu. Prolongement de la série TV, le film de Jon Favreau avec Pedro Pascal en chasseur de prime casqué montre-t-il le chemin (this is the way ?) pour le développement d'une franchise ? Réponse sans spoiler.
La traque de Rotta le Hutt
Accompagné de Grogu dont il est devenu le père adoptif, le Mandalorian a été engagé par la Nouvelle République pour traquer les hauts gradés de l'Empire. Pour sa nouvelle mission, il doit se mettre au service des jumeaux Hutt, les cousins de Jabba le Hutt, qui veulent retrouver le fils de ce dernier : Rotta, kidnappé et dont ils sont sans nouvelles. En échange du retour de leur neveu, les jumeaux, qui règnent sur un gang de hors-la-loi, indiqueront où trouver le général Coin, recherché par les forces de la Nouvelle République.
Un démarrage décevant
Si le film de Jon Favreau se place en tête du box-office américain avec "81,96 millions de dollars de recettes sur 4.300 écrans en trois jours", il réalise le "plus faible démarrage de la franchise Lucasfilm depuis son rachat par Disney, derrière celui de Solo : A Star Wars Story en 2028 (84,4 M$ sur trois jours)", pointe Box-Office Pro. Il n'atteint pas la vitesse de la lumière, note pour sa part le Wall Street Journal. Pour son premier jour d'exploitation en France, The Mandalorian and Grogu a attiré 83.500 spectateurs, poursuit Box-Office Pro, soit le sixième meilleur démarrage de l'année. Déception.
Quel avenir pour Star Wars ?
Ce n'est pas une bonne nouvelle pour les cinémas, qui attendaient ce blockbuster avec un nouvel espoir (z'avez la ref), ni pour les fans des deux personnages qui espéraient le lancement d'une franchise sur grand écran. Ni pour Lucasfilm et Disney : même si plusieurs projets sont dans les tuyaux - dont le Star Wars Starfighter de Shawn Levy ou les films de James Mangold et Taika Waititi -, il semble confirmé que la saga Star Wars peine à retrouver un second souffle, aussi bien auprès des fans de la première heure qui l'ont découverte enfants que chez les nouvelles générations. Et c'est rageant, tant George Lucas a réussi à créer une mythologie aux possibilités infinies. Disney va devoir analyser les raisons de ce relatif désamour : la surexploitation du concept ? le trop grand contrôle artistique du studio au détriment de la vision des cinéastes (mais Favreau semblait avoir les clés du vaisseau) ? Enfin, ce démarrage poussif n'est pas non plus une bonne nouvelle pour Pedro Pascal, après l'échec (injuste aux yeux de nombreux critiques et des miens) des 4 Fantastiques Premiers pas. L'acteur est-il encore capable de porter une franchise sur ses épaules, à l'instar du Mandalorian avec Grogu ?
Les Hutt déclassent
Comment expliquer ce revers ? Personnellement, j'ai bien aimé The Mandalorian and Grogu mais je pense que le film pêche par l'absence d'un ennemi iconique. Or, comme l'a souvent répété Hitchcock, plus un vilain est réussi et plus le film le sera. Dans le cas de The Mandalorian, Jon Favreau, qui a co-écrit le script avec Dave Filoni (qui apparaît dans le rôle d'un pilote de X-Wing) et Noah Kloor, a misé sur les Hutt. Or ces grosses limaces repoussantes peinent à inquiéter ou effrayer : leurs expressions comme leurs mouvements sont limitées, surtout lorsqu'elles sont réalisées en CGI. A mon sens, le Jabba du Retour du Jedi était beaucoup plus impressionnant. Et quand Rotta - doté d'abdominaux ! - combat, ses roulades ne sont pas loin de faire rire. Il y a bien quelques autres monstres mais là encore, leur design est assez pauvre. Un méchant sort toutefois du lot : le chasseur de primes Embo, accompagné de son "chien de l'enfer". Certains personnages auraient mérité d'être fabriqués à l'ancienne. C'est la cas également de Zeb Orellios, le sparring partner du Mandalorian, réalisé entièrement par ordinateur. Toutes ces créatures finissent par manquer d'âme. A part celle à laquelle Martin Scorsese prête sa voix, d'ailleurs.
Peut-être aurait-il aussi fallu montrer davantage le visage de Pedro Pascal. C'est entendu que son personnage ne peut pas l'exposer impunément mais chaque fois qu'il enlève son casque, l'acteur donne la pleine mesure de son talent. Au-delà du clin d'oeil, la présence de Sigourney Weaver apporte aussi cette présence humaine bienvenue, qui ajoute de la densité au récit.
Habité par l'esprit de la série
Pour autant, The Mandalorian and Grogu reste un bon divertissement. Je l'ai vu en Imax 3D et j'en ai pris plein les yeux. On retrouve dans le film l'esprit de la série, entre film de sabre (chambara) et western spaghetti, Baby Cart et Pour une poignée de dollars. Les effets spéciaux sont réussis (mis à part ceux pour certaines créatures) et l'action est ancrée dans des décors qui font réels (forêt, plage). Idem pour les bâtiments, vaisseaux et costumes.
L'histoire quant à elle tient la route. La construction dramatique, tout comme les ambiances (cantina, forêt, base...) sont évidemment proches de la trilogie originale mais Favreau limite le fan service à juste ce qu'il faut pour provoquer des sourires de contentement sans que le spectateur sorte du film. Et les séquences d'action sont réussies. N'oublions pas le score de Ludwig Göransson, qui réussit à faire exister une partition qui rend autant hommage à Ennio Morricone qu'à John Williams, tout en réussissant à s'affranchir de son écrasante influence.
J'espère que Lucasfilm saura digérer cette première bataille remportée de justesse, car les personnages sont attachants, Jon Favreau a su respecter l'héritage de George Lucas et il reste de belles histoires à raconter dans une galaxie lointaine.
Anderton
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