Et si on prenait le temps de ralentir un peu et d'apprécier la beauté de la nature qui nous entoure ? Une beauté fragile, fugace, à découvrir autant par le regard qu'avec l'ouïe. C'est ce que nous proposent deux oeuvres magnifiques : Le Chant des forêts, que Blaq Out sort en vidéo, et La Montagne d'encre, un album de BD publié par Dargaud.
Le Chant des forêts, la transmission selon Vincent Munier
Depuis quelques décennies maintenant, le photographe Vincent Munier nous invite à nous émerveiller devant la beauté de la nature. Dans une autre vie, alors journaliste, il y a vingt ans de cela, j'ai eu le plaisir de l'interviewer sur son approche. J'avais été frappé par son humilité, aussi bien sur son travail que sur sa place et celle de l'homme au sein de l'écosystème terrestre. Il n'a pas changé. Le générique de fin du Chant des forêts fait défiler les noms des "protagonistes" par ordre d'apparition : les Munier, père, grand-père et fils, y apparaissent aux côtés des oiseaux, mammifères et insectes croisés au cours de leurs sorties dans les bois. La nature n'est pas qu'un spectacle, insiste le photographe-réalisateur dans un entretien éclairant proposé en bonus, elle est aussi le lieu où tous les êtres vivants ont leur place et doivent apprendre à vivre ensemble.
C'est cette idée simple et pourtant trop souvent oubliée que Munier veut nous transmettre. Son film est aussi l'illustration d'une autre transmission : celle d'un père, amoureux et protecteur de la nature, à son fils photographe et à son petit-fils. Car pour Vincent, Michel n'est pas uniquement un géniteur, c'est un guide dont il veut nous faire profiter de la sagesse. Et c'est vrai que l'homme sait traduire en mots simples l'émotion d'une rencontre avec le règne animal, l'émerveillement devant un paysage préservé des appétits de l'homme et les enjeux de préserver la part sauvage de notre planète. Nous sommes comme le jeune Simon, qui accompagne son père Vincent et son grand-père Michel : nous buvons les paroles du sage, intégrons les conseils de l'artiste et découvrons de nos grands yeux, avec les oreilles grandes ouvertes, la beauté de la nature. Trois générations qui commentent, questionnent ou font silence, instaurant un émouvant dialogue avec la forêt des Vosges qu'ils chérissent.
La nature est un tout
Spectateurs, nous voici immergés dans une forêt qui "chante" : craquements des arbres, souffle du vent, grognements, feulements et chants des bêtes sauvages, qui semblent se répondre. Des bêtes qui ne se laissent pas facilement voir. On les devine à travers les feuillages ou la brume. Silhouettes fugaces, trop lointaines ou trop proches, que la caméra ne parvient pas à saisir. Jusqu'à ce que le miracle se produise : le cerf imposant, le lynx au regard envoûtant, le grand tétras si rare nous apparaissent dans toute leur splendeur.
Pour autant, Munier ne s'intéresse pas uniquement à ces "stars" des forêts. Il pose son regard sur la mousse d'un arbre mort, le fil d'une araignée qui danse entre deux plantes, l'envol d'un insecte, la course d'un écureuil, les mains de son père qui se referment sur une tasse fumante. Il filme la brume qui jaillit de la montagne, donne à voir les particules dorées de l'air au coucher du soleil. Munier est un peintre tantôt impressionniste, tantôt pointilliste. C'est aussi un poète. Son Chant des forêts est un hymne à la beauté du vivant.
La Montagne d'encre, les sensations de Nicolas Debon
Nicolas Debon a aussi décidé de partager sa fascination pour les paysages d'une montagne de l'est de la France. Avec ses pinceaux, ses crayons, il reproduit la nature aux différentes saisons. Sous sa main, des arbres sortent du brouillard, une tempête de neige brouille un massif de conifères, une roche révèle les incroyables détails de sa forme. Les ondulations des gouttes de pluie sur un lac, les ailes d'un papillon, le vol d'un corbeau. Autant de sensations, d'instantanés foudroyants de beauté. Magnifique travail sur les couleurs ou le noir et blanc. Chaque case est un ravissement (découvrez les premières planches).
Avec La Montagne d'encre, le dessinateur livre un long poème qui semble répondre au film de Vincent Munier. Les deux artistes chantent un monde aux portes de nos villes qu'ils nous invitent à admirer et à entendre, encore plus qu'à écouter.
Anderton

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