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lundi 29 juin 2026

Le Cuirassé Potemkine : 5 bonnes raisons de revoir la version Pet Shop Boys au cinéma

Le Cuirassé Potemkine version Pet Shop Boys CINEBLOGYWOOD

Cent ans après sa sortie, Le Cuirassé Potemkinele chef-d'œuvre de Sergueï Eisenstein, revient dans les salles françaises, distribué par Potemkine Films – qui d’autre ? Et il ne revient pas seul : il est accompagné d'une partition signée par le duo pop britannique Pet Shop Boys, disponible en parallèle de la version originale avec la musique originale d'Edmund Meisel. Voici cinq raisons de retourner (ou d'aller pour la première fois) à la rencontre de ce monument du cinéma muet.


Une partition en harmonie avec l’architecture du film

Neil Tennant et Chris Lowe n'ont pas simplement composé une musique d'ambiance pour accompagner les images. Leur partition mêle textures synthétiques, pulsations électroniques et envolées orchestrales. Le résultat évoque par endroits le travail de Vangelis sur Blade Runner : tension suspendue entre beauté et menace, qui finit par se libérer dans des crescendos d'une grande intensité dramatique. La musique suit les cinq actes du récit et épouse chaque rupture du montage d'Eisenstein, sans en contredire l’architecture en 5 actes.

Une commande inédite sur grand écran en France

Cette partition n'est pas une nouveauté absolue : elle a été composée dès 2003-2004, à la demande de l'Institute of Contemporary Arts de Londres, et créée le 12 septembre 2004, en plein conflit irakien, devant 25 000 personnes sur Trafalgar Square, le film projeté sur écran géant pendant que Tennant, Lowe et l'orchestre jouaient en direct. Vingt ans plus tard, c'est l'occasion pour le public français de découvrir (ou redécouvrir) cette rencontre entre pop électronique britannique et cinéma soviétique des années 1920, cette fois dans les conditions d'une vraie salle de cinéma. 

Et qui pourra rappeler à certains d’entre vous le sort funeste qu’avait réservé le maestro du disco Giorgio Moroder à Metropolis, le film de Fritz Lang, dans une version tronquée et colorisée en 1982. Mais ici, point de colorisation – hormis celle du drapeau soviétique hissé en tête de mât du cuirassé – ni de version remontée ou raccourcie.

Centenaire d'un film qui a changé la grammaire du cinéma

Le Cuirassé Potemkine sort en URSS le 24 décembre 1925, pour le vingtième anniversaire de la révolution de 1905. Le deuxième film de Sergei M. Eisenstein, alors âgé de 27 ans, retrace la mutinerie des marins d'Odessa et sa répression sanglante par l'armée tsariste. Il s'est imposé dans l'histoire du cinéma par la radicalité de son montage, devenu une référence absolue, étudiée dans toutes les écoles, et par la puissance de séquences entrées dans la légende — au premier rang desquelles le massacre de l'escalier d'Odessa, citée à maintes reprises au cinéma – notamment Les Incorruptibles, de Brian de Palma. 

Voir ce film aujourd'hui, sur grand écran, c'est se confronter directement à la source d'un langage visuel que le cinéma entier a ensuite intégré à sa propre grammaire. Voir devancé : j’en veux pour preuve ce plan sur la foule dévalant un escalier monumental d’Odessa, filmé subitement en mode portrait, d’une étonnante modernité, préfigurant à lui seul les formats TikTok de nos chères têtes blondes...

Une œuvre longtemps interdite

Le film est arrivé en France pour la première fois le 12 novembre 1926, avant d'être interdit et censuré pendant 27 ans. Cette ressortie célèbre donc aussi une œuvre qui a longtemps payé pour sa charge politique et sa radicalité formelle. La revoir aujourd'hui, en version restaurée, permet de mesurer à quel point ce qui a pu effrayer les censeurs reste, un siècle plus tard, une expérience de cinéma d'une intensité rare.

Un film à la rage et l’émotion intactes

Sous la propagande soviétique et l'idéologie de commande, il y a dans Potemkine une colère plus universelle : celle de ceux qu'on écrase, et qui ne se démode pas. Et une émotion tout aussi universelle : vous ne pourrez pas ne pas pleurer une énième fois la mort du héros Vakoulintchouk – présentant une étrange ressemblance avec Staline - avec la foule d’Odessa, sublimée par une série de gros plans de visages sur hommes et femmes qui réclament justice pour leur camarade. Les questions d'oppression, de résistance collective et de rapport de force entre le peuple et le pouvoir conservent aujourd’hui des échos et des résonances avec notre XXIe siècle. 

La partition des Pet Shop Boys, avec sa mélancolie propre aux révolutions qui savent d'avance ce qui les attend, donne à ce chef d’œuvre, parfois alourdi de sa réputation de film-qu’il-faut-absolument-avoir-vu-dans-sa-vie une résonance inattendue pour un public de 2026. 

Travis Brickle


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