Naître dans une famille heureuse, c'est un peu la loterie. Et gagner à la loterie peut paradoxalement faire exploser ce bonheur aléatoire. C'est le postulat de Chers parents, comédie mordante désormais disponible chez M6 Vidéo.
Chers parents, pauvres enfants
Jeanne et Vincent sont des parents heureux. Retraités de l'Education nationale, ils vivent dans une belle maison au pied des Alpilles où ils aiment recevoir leurs enfants, Pierre, Louise et Jules. Il les ont d'ailleurs invités pour leur annoncer une grande nouvelle. Ils vont partir au Cambodge pour y ouvrir un orphelinat. Un projet rendu possible par un sacré coup de chance : ils ont gagné au loto. L'étonnement des enfants fait place à la joie avant de virer à la colère. Car Jeanne et Vincent n'ont pas l'intention de partager le magot avec leurs rejetons.
Une histoire de famille
Chers parents, c'est l'histoire d'une famille et aussi une histoire de famille puisqu'Emmanuel Patron, le réalisateur, et son épouse Armelle Patron ont coscénarisé le film à partir de la pièce de théâtre qu'ils ont créée en 2021. Ils ont d'ailleurs confié deux petits rôles aux comédiens qui ont interprété Jeanne et Vincent sur les planches : Frédérique Tirmont et Bernard Alane (que de souvenirs, Hibernatus ! Mon Oncle Benjamin !).
Au fil des cinq années de représentations et de tournées, les Patron ont eu le temps d'affiner leur matériau de base, d'en tester les répliques, d'assurer la tenue de chaque scène et d'en maîtriser le rythme. Le film séduit justement par son tempo enlevé et ses dialogues qui font mouche. Les personnages sont bien brossés, interprétés par un formidable casting : André Dussolier en papa gâteau au sourire canaille, Miou-Miou qui transpire la bonté et la fermeté maternelles, Arnaud Ducret en grand frère plein d'assurance, Pauline Clément en soeur qui en manque cruellement, Thomas Solivérès en chouchou irresponsable (et ça tombe bien parce que c'est aussi notre chouchou - lire l'entretien que Thomas Solivérès nous avait accordé pour la sortie des Gamins).
Pour 250 briques, t'as plus rien
Avec jubilation, les Patron font exploser ce modèle de réussite économique et social. L'argent pourrit les gens, comme l'a si bien résumé le Suprême NTM. Les masques tombent, les failles de chacun deviennent des gouffres desquels jaillissent envie, mesquinerie et méchanceté. Pour autant, pas question ici de vitriol, juste un bon cru qui aurait tourné vinaigre. Les Patron se sont bien gardés de tomber dans la caricature : ce billet de loterie agit comme un révélateur mais n'efface pas complètement l'amour qui a uni la famille. On lâche des mots durs mais on les regrette aussitôt. J'ai aimé cette approche nuancée. Une férocité bienveillante, qui n'empêche pas l'émotion de s'exprimer. C'est ce qui rend ces personnages touchants bien qu'ils soient appâtés par le gain. Ou justement parce qu'ils le sont. Mais qui ne le serait pas ?!
Pas de numéro complémentaire
L'édition vidéo propose le strict minimum. A savoir : le film. Il y avait pourtant de quoi proposer des bonus intéressants, notamment comment on adapte une pièce de théâtre au cinéma. Et j'aurais aimé voir les comédiens partager leur expérience du tournage, car c'est une belle équipe qu'on avait envie de retrouver. Tant pis. Reste l'essentiel : le film, une comédie mordante et touchante à la fois.
Anderton

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