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lundi 24 avril 2017

11 Minutes : onze fragments d’une chronologie du hasard

En salles : Présenté au Festival de Venise en 2015, 11 Minutes, le dernier opus du maître polonais Jerzy Skolimovski, n’arrive que maintenant sur nos écrans. On se demande pourquoi. Issu de la fameuse école de Lodz, de la même génération que Roman Polanski, pour lequel il écrivit le scénario de son premier long métrage Le Couteau dans l’eau, Jerzy Skolimovski ne bénéficie pas de la même popularité. Pour autant c’est également une cinéaste virtuose, aussi à l’aise dans le thriller, le drame psychologique ou la reconstitution historique, adaptateur de Nabokov ou Gombrowicz, à la carrière internationale, qui l’a mené de la Pologne aux Etats-Unis en passant par la Grande-Bretagne et l’Italie. A 78 ans, le réalisateur de Travail au noir et de Deep end livre une œuvre majeure qui contient plus de cinéma que n’importe quel blockbuster.

mardi 2 juin 2015

Le Cri du sorcier : Théorème, façon Roeg



En DVD et Blu-ray : Quatre ans après la réédition triomphale de Deep End, voici un autre film singulier du Polonais Jerzy Skolimovski qui sort des limbes, Le Cri du sorcier (The Shout). Pourtant auréolé du Grand Prix du Jury à Cannes en 1978, il était resté tapi dans un coin de la cinéphilie mondiale, comme encore de trop nombreux films du réalisateur, très difficilement visibles – Travail au noir, Le Bateau-phare ou Le Succès à tout prix. Avec Le Cri du sorcier, le cinéaste s'inscrit dans le sillage d'un Nicolas Roeg, pour livrer une fable fantastique, unique en son genre, à la fois perturbante et dérangeante qui mêle folie, chamanisme, Angleterre et autopsie d'un couple. Pas moins. Décryptage.

dimanche 26 mai 2013

Festival de Cannes : Gilles Jacob se souvient de délibérations qui dérapent


Artistes : Autour de son président Steven Spielberg, le jury du Festival de Cannes 2013 délibère.  En général, les débats se déroulent dans une ambiance cordiale mais parfois, cette belle harmonie peut être troublée...

A l'occasion de la publication de son joli livre de souvenirs, Les Pas perdus (Flammarion), "Citizen Cannes" a accordé un entretien à Cineblogywood fin avril. Nous lui avons demandé s'il se souvenait de la dernière fois où il avait empêché un jury cannois d’imploser au moment des délibérations finales. Découvrez sa réponse ci-dessous.

samedi 1 octobre 2011

Nuit blanche ? Soleil de Nuit !

En DVD et Blu-ray : Ce soir, c'est la nuit blanche. Et cela m'a fait penser à White Nights - Soleil de Nuit (1986) en français. Réalisé par Taylor Hackford (Ray), le film raconte l'histoire d'un danseur-étoile passé à l'Ouest (rappel : l'histoire se déroule avant la chute du Mur) qui se retrouve contraint de débarquer en URSS. Le KGB veut l'obliger à danser à des fins de propagande. Il est coaché par un Américain passé à l'Est pour échapper à la guerre du Vietnam.

Soleil de Nuit donne lieu à quelques superbes séquences de danse. Et pour cause, les deux acteurs principaux sont Mikhail Baryshnikov et Gregory Hines, entourés de Helen Mirren, Jerzy Skolimowski et Isabella Rossellini dans un de ses premiers rôles. Découvrez le trailer d'époque, la somptueuse intro (sur le ballet Le Jeune Homme et la Mort) et un duo entre les deux danseurs.

Anderton

vendredi 15 juillet 2011

Deep End : dans le tumulte des eaux printanières


En salles : C’est un film vraiment singulier qui nous revient là, de loin, très loin, tel un diamant longtemps enfoui sous la neige… Pour découvrir l’œuvre de son réalisateur Jerzy Skolimovski, plongez à la découverte de ce bijou qu’est Deep End qui ressort grâce à Carlotta ces jours-ci dans une copie canon. Un film qui se laisse appréhender peu à peu, dont la puissance visuelle marque la rétine. Durablement.


Ne vous fiez pas à l’intrigue. Racontée comme ça - les aventures sentimentales d’un ado, employé en CDD dans un établissement de bains, dans le swingin’ London - on pourrait penser immédiatement à A nous les petites Anglaises ! Ou bien à une version UK d’Antoine Doisnel. Oubliez tout ça. Car c’est d’abord un film signé Skolimovski.

La piscine comme espace mental

1 - Sens de l’espace et qualité picturale font du lieu principal – une piscine aux allures de bassin Molitor décrépit - un véritable espace mental, celui d’un ado de 15 ans, sur le point de basculer dans l’âge adulte, en proie aux affres du désir et de la mort. Les murs rouges, verts, le cirée jaune, la neige sale et maculée, autant de taches visuelles qui témoignent d’une lutte constante entre la frustration adolescente et les murs du réel. Et qui témoignent d’une force visuelle peu commune.

2 - Paradoxe : l’intégralité du film a été tournée à… Munich ! D’où cette impression tenace de voir Londres filmée comme une capitale d’Europe centrale des 70’s, terne, brumeuse, délabrée. Grâce à l’exceptionnel travail du décorateur Tony Pratt, cette piscine, filmée comme un refuge où se confrontent eros et thanatos rejoint les grands espaces claustrophobiques du cinéaste : les steppes enneigées de Essential Killing, ou la demeure en cours de restauration de Travail au noir, ou le bateau-phare éponyme du film du cinéaste polonais.

Poème sur l’adolescence, jaillissements de couleurs et de musiques

3 – Gros plans sur des visages d’adultes sarcastiques, jeune fille sexy, ado pris dans les affres de son âge : le film porte en lui la trace ironique et charmante, grotesque et désenchantée, claustrophobique et kafkaienne des oeuvres de ses confrères d’Europe de l’Est, Roman Polanski ou Milos Forman. Mais qui constitue la patte de Skolimovski, qu’on redécouvre enfin en France depuis quelques mois. Après l’intégrale dont il a été l’objet au Festival de Paris et la présentation triomphale d’Essential Killing à la dernière Mostra de Venise, espérons que quelques distributeurs atront l’audace de diffuser Le Bateau-phare, Le Cri du sorcier, Travail au noir, Les Eaux printanières ou bien Le Succès à tout prix, invisibles depuis trop longtemps, et qui rassemblent pêle-mêle Alan Bates, Robert Duvall, Jeremy Irons ou Michael York.

4 – Au-delà de la maîtrise dont il fait preuve, la film n’apparaît jamais maîtrisé, ou conscient de son discours. Non, il ressemble plutôt à un vaste poème parsemé de violentes saccades de couleurs, d’émotions et de musique (Cat Stevens et Can, svp !). Une forme unique, qui en fait un film singulier, tenace et surprenant. Et dont la fraîcheur tient en grande partie au casting idéal : John Moulder-Brown, dans le rôle de l’ado, mi-Jean-Pierre Léaud, mi Benjamin Biolay, toujours en mouvement, et dont les échappées à vélo évoquent celles de Jérémie Rénier à mobylette dans cet autre chef-d’œuvre sur l’adolescence qu’est La Promesse ; et la splendide rousse Jane Asher, alors girlfriend de Paul Mc Cartney, dans le rôle capital de l’initiatrice aux jeux de l’amour et de désir - tous deux dans les rôles de leur vie.

Travis Bickle