Dossier

jeudi 25 avril 2019

Jean-Pierre Marielle en 18 rôles

La Valise / Gaumont

Artistes : Jean-Pierre Marielle s’en est allé. J’aime à croire que le Grand duc a fini sa tournée au coin d’une rue éclairée au lampadaire, criant aux volets clos sa haine de la vie bourgeoise, dans un éclat de voix chargé de gouaille et de poésie, avant de finir seul chez lui, et de lâcher gravement un aphorisme mélancolique sur notre condition humaine. Marielle était un seigneur, qui transcendait les rôles de beaufs auxquels il a souvent été cantonné à un moment de sa carrière. 

Théâtre, télévision, cinéma, il a tout joué. Rôles fantasques ou graves auxquels il insufflait sensibilité et coups de folie. Voix de stentor à la diction remarquable, regard d'acier, sourire en coin, moustache qui frise. Sa filmographie alternait films d’auteur et comédies plus ou moins franchouillardes. Ce qui a longtemps empêché son génie d’être pleinement reconnu par la critique. Et pourtant, je n’ai pas vu tous ses films mais j'en ai regardés beaucoup et je ne l’ai jamais vu mauvais à l’écran. Marielle a été omniprésent à la maison, via des rediffusions télévisées et magnétoscopées. J'ai tenté de compiler ses rôles les plus marquants à mes yeux. Un panthéon tout personnel.


Le Diable par la queue (Philippe de Broca, 1969)
Marielle y incarne un play-boy de prime abord pathétique - un personnage qu'il interprétera souvent - qu’il drape ici d’une mélancolie complètement raccord avec l’univers de Philippe de Broca. "Le mystère, c'est la courbe."



Sans mobile apparent (Philippe Labro, 1971)
Un film que j’ai découvert récemment grâce à sa sortie en Blu-ray. Il y joue à un peintre, anglais (!), amoureux fou et frustré. Peignoir en soie mais lits séparés avec Madame... toute la tristesse du monde dans son regard. Une prestation sombre et étonnante.

La Valise (Georges Lautner, 1973)
Espion israélien planqué dans une malle convoyée par un collègue français. Les deux hommes aiment la même femme. Se la disputent même. Pour le coup, c'est Michel Constantin qui incarne le Français un peu beauf tandis que Marielle joue le commandant Bloch, amoureux transi, mélancolique. Géniaux échanges verbaux et manuels entre les deux grandes gueules, face à une Mireille Darc rayonnante. Il faut entendre Marielle lâcher de sa belle voix grave des "oyoyoyoï" depuis sa cellule en cuir. Un grand Lautner, servi par de remarquables dialogues de Francis Veber et une somptueuse musique signée Philippe Sarde (lire notre chronique).




Comment réussir quand on est con et pleurnichard (Michel Audiard, 1974)
Encore un play-boy. Cette fois-ci à gapette et fourrure. Un gigolo qui se fait entretenir avant de craquer pour le personnage joué par Jane Birkin. Par amour, le séducteur récite du Baudelaire en se travestissant. Et qu'il dit bien Baudelaire, Marielle.


Dis moi que tu m’aimes (Michel Boisrond, 1974)
Là, j'ai bien conscience que ce film n'a rien d'un sommet. L'histoire : deux couples qui se séparent, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre, sur fond d'émancipation féminine. Rien d'exceptionnel si ce n'est un happy end autour d'un piano, avec le quatuor qui pousse la chansonnette, sur une jolie mélodie de Claude Bolling. Marielle crooner.



Que la fête commence (Bertrand Tavernier, 1975)
Marielle incarne un indépendantiste breton durant la Régence. Le voici enragé, exalté, ourdissant une révolte... et ramené sur le sol granitique de sa terre lorsqu’un local lui parle en breton et qu’il ne comprend rien.



Dupont Lajoie (Yves Boisset, 1975) 
Un présentateur de jeu télé débarque avec son barnum dans un camping quand une adolescente est retrouvée assassinée. Sautant sur ce fait-divers, le saltimbanque devient grave, joue avec l'émotion, manipule son public, attise la haine. Un sommet de veulerie. L'animateur s'appelle Léo Tartaffionne. 



Les Galettes de Pont Aven (Joël Séria, 1975)
Son rôle culte. Celui d’un VRP du pebroque qui quitte le foyer pour assouvir son art de la peinture - et il n’y a pas que ce pinceau qu’il maîtrise. Scènes inoubliables, dans lesquelles Marielle laisse exploser sa folie lorsqu'il vante les atouts de sa gamme de parapluies de la maison Godineau ("poignée java gaînée cuir"), qu’il s’enivre des senteurs intimes d’une cliente ou qu’il s’extasie devant un cul de jeune fille.


On aura tout vu (Georges Lautner, 1976)
Bob Morlock, un producteur de film X truculent et roublard. Du pur Marielle comme on l’aime.



Un moment d’égarement (Claude Berri, 1977)
La crise de la quarantaine à la plage. Des petits seins de bakélite qui s'agitent et voilà un daron qui craque pour la fille de son meilleur pote (Victor Lanoux). Le Français moyen a aussi des sentiments. Même s’ils sont déplacés.



L'Entourloupe (Gérard Pirès, 1980)
Un patron d'une équipe de VRP qui tentent de fourguer des livres à d'innocents Provinciaux. Une leçon de vente mémorable.


Signes extérieurs de richesse (Jacques Monnet, 1983)
La France découvre l'alternance et les professions libérales sont dans le viseur du fisc. Illustration avec cette comédie dans laquelle Marielle interprète un comptable pas si expert que ça. A ses côtés, Claude Brasseur, Josiane Balasko, Charlotte de Turckheim, Roland Giraud, Pascale Ogier, le regretté Xavier Saint-Macary et son frère Hubert. Chanson du générique interprétée par Johnny Halliday. Pour la promo du film chez Drucker, Marielle fait un "strip-tease des impôts". REP A SA FABIUS !





Tenue de soirée (Bertrand Blier, 1986)
Un rôle sombre de bourgeois désabusé qui, pour tromper son ennui et celui de sa femme, propose à ses cambrioleurs (Depardieu, Blanc et Miou-Miou), une "jolie petite partie". Avec un flingue à la main.



Quelques jours avec moi (Claude Sautet, 1988)
Raoul Fonfrin, patron de supermarché à Limoges. Un bourgeois de Province dont Marielle révèle toute la sensibilité.



Tous les matins du monde (Alain Corneau, 1991)
Jean-Pierre Marielle transmet sa gravité à Monsieur de Sainte-Colombe, maître gambiste austère. Formidable interprétation pour un film "japonisant", qui fera redécouvrir au public la musique baroque.



La Controverse de Valladolid (Jean-Daniel Verhaeghe, 1992)
Un téléfilm dans lequel le comédien interprète Las Casas, défenseur des Indiens, face à l'implacable Gines de Sepulveda, lors d'un débat au XVIe siècle. Auteur du scénario, Jean-Claude carrière offre à Marielle et Trintignant deux rôles magnifiques et des dialogues ciselés. 



Ratatouille (Brad Bird, 2007) / Phantom Boy (Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli, 2015)
Sa belle voix, Marielle l'a mise aussi au service de films d'animation. Dans Ratatouille, il campe un chef Gusteau chaleureux et gourmand. Dans Phantom Boy, il joue un méchant au visage digne d'un portrait de Picasso.



Evidemment, il manque beaucoup de films. Parce que je ne les ai pas tous vus, y compris certains de ses films-clés (Calmos, Sex-shop, Les Acteurs... oui, j'ai honte) et parce qu'il fallait faire des choix. Même si je le répète, je n'ai jamais vu un mauvais Marielle. Allez, tenez, quelques bonus :









Un seigneur.

Anderton

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