Dossier

mardi 14 juillet 2015

La Valise - Le Téléphone rose : deux Veber sinon rien !

En Blu-ray : Poursuivant la mise en valeur de son exceptionnel patrimoine, Gaumont sort deux magnifiques éditions Blu-ray de comédies des années 70, dont le scénario est signé Francis Veber. A savoir : La Valise et Le Téléphone Rose. Des mécaniques bien huilées qui visent dans le mille.



La Valise (1973) de Georges Lautner

En mission à Tripoli, un agent secret israélien se réfugie à l'ambassade de France après avoir été grillé par la faute d'une artiste de cabaret - du moins le pense-t-il. Pour ne se fâcher ni avec Israël, ni avec les pays arabes, l'ambassadeur décide d'exfiltrer discrètement l'espion dans une (grande) valise diplomatique, sous la protection discrète d'un agent français. Mais une grève à l'aéroport chamboule le programme. Direction l'hôtel... où officie l'artiste dont l'Israélien est éperdu, bientôt rejoint par le Français, lui aussi sous le charme.

C'est à un ménage/bagage à trois auquel nous convie George Lautner. Une femme envoûtante et deux machos amoureux. Forcément, les sentiments viennent perturber la mission et les rapports militaires entre les deux hommes. Jean-Pierre Marielle, qui a tant incarné le beauf franchouillard, interprète cette fois-ci le major Bloch, l'Israélien mélancolique, fou d'amour et pessimiste dans l'âme - "Oyoyoyoyoï", lâche-t-il régulièrement quand le cours des événements prend une tournure défavorable. C'est qu'il se voit déjà prisonnier à jamais dans sa valise, tel le Juif errant. Son gardien, et parfois bourreau, c'est le capitaine Augier, un bourrin bas du front, limite antisémite, auquel donne vie avec gouaille Michel Constantin. Quel bonheur de voir ces deux grandes gueules se disputer, se rabibocher, se balancer des pains, partager un petit lit grinçant ou se faire des coups de pute pour une portion de frites... Autant de situations très drôles. Face à eux, Mireille Darc, tout en douceur et sex-appeal, qui fait l'amour, pas la guerre.

Dans un entretien en bonus, Lautner avoue d'ailleurs avoir été très marqué par le mouvement hippie. D'où sa volonté d'envoyer balader drapeaux et religions. L'accueil fut frais, comme il le raconte. Pourtant, La Valise est une comédie d'aventures drôle et rythmée. Lautner fait montre de tout son talent de metteur en scène, aidé par son premier assistant, Robin Davis, qui a réalisé l'intro : un western spaghetti que n'aurait renié ni Sergio Leone, ni Ennio Morricone, auquel rend hommage Philippe Sarde. Outre ce pastiche, sa composition, somptueuse, apporte du souffle (Générique) et de l'émotion (Le Commandant) à l'ensemble. Le récit s'enchaîne sans temps mort, pimenté par un dialogue ciselé. Du grand Veber.


Le Téléphone rose (1975) d'Edouard Molinaro

Même mécanique imparable dans le script du Téléphone rose, mêmes répliques qui claquent : Francis Veber est décidément au sommet de son art dans les années 70. Cette fois-ci, il s'intéresse à la prostitution dans les affaires. Benoît Castejac, un industriel toulousain, est contraint de vendre son entreprise familiale mal en point au groupe américain Fielding. Lors de la signature du contrat à Paris, l'équipe de Fielding l'invite à dîner en compagnie de la "nièce" du responsable des relations publiques du groupe US. Castejac est sous le charme et couche avec la nièce. C'est en fait une call-girl. Mais Castejac n'y voit que du feu et tombe amoureux...

Veber dresse le tableau d'une France à une époque charnière, en voie de modernisation mais encore engluée dans des rapports sociaux d'un autre âge (comme dans Adieu Poulet, sorti en 1975 aussi, dont il signe le scénar) : Castejac le paternaliste face aux Américains cyniques. Première claque de la mondialisation. Encore un rôle de séductrice pour Mireille Darc : l'actrice est magnifique et jamais le jouet de sa plastique. Au contraire ! Reste qu'elle interprète encore une femme dont la liberté repose sur sa capacité à séduire les hommes... Face à elle, Pierre Mondy est excellent dans le rôle du patron plein de caractère qui voit l'oeuvre de sa vie s'écrouler avant de se faire doublement rouler dans la famille. Le naïf trompé, humilié qui prend sa revanche... un personnage classique dans l'oeuvre de Veber et il faut tout le talent de Mondy pour l'incarner de manière crédible. A côté de ce duo, Veber crée une galerie de personnages qui ont toute l'épaisseur psychologique pour exister. Leurs interprètes sont formidables : Michael Lonsdale, Daniel Ceccaldi, Gérard Hérold (la "p'tite fleur des champs" dans La 7e Compagnie au clair de lune), André Valardy (vu également dans La Chèvre), Pierre Maguelon (l'inspecteur Terrasson dans Les Brigades du Tigre).

Là encore, le film est servi par un réalisateur qui sait placer sa caméra : Edouard Molinaro. Comme Lautner, il a le sens du tempo et son inventivité n'est jamais gratuite. Deux reproches néanmoins : les zooms approximatifs (la plaie du cinéma français) et une photo avec un filtre de boulard chic. A noter le thème catchy signé Vladimir Cosma - le bonhomme sait y faire !

Deux comédies de la grande époque Alain Poiré, avec Robert Sussfeld à la direction de prod, que Gaumont met en valeur via deux belles éditions. 

Anderton 

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